Du Sou­dan à la danse du ventre

Fin d’an­née rime tou­jours avec les tra­di­tion­nels bi­lans qui res­sassent la­dite an­née. Mais notre loupe ne va s’at­tar­der que sur quelques points de vue d’édi­to­ria­listes qui lancent un re­gard in­tros­pec­tif sur l’ac­tua­li­té.

Al Ahram Hebdo - - Egypte -

Dans le genre in­tros­pec­tif, il y a le com­men­taire as­sez dur d’un édi­to­ria­liste du quo­ti­dien Al-Shou­rouk qui dé­verse son amertume sur l’état du monde arabe. « D’au­cuns rê­vaient de l’union du Sou­dan et de l’Egypte, sur la base que nous sommes une grande na­tion arabe qui a un mes­sage éternel, nous voi­là nus alors que la barre de l’union baisse à tel point de co­gner nos têtes, et nous voi­là en train de ten­ter de gar­der le Sou­dan uni­fié », lance Waël Qan­dil. Et d’ajou­ter : « La so­lu­tion la plus fa­cile est de lan­cer les ac­cu­sa­tions contre le co­lo­nia­lisme, l’Oc­ci­dent meur­trier et les forces étran­gères mal­veillantes ou contre le sio­nisme in­ter­na­tio­nal qui ont in­té­rêt à gar­der le monde arabe di­vi­sé, ce qui est vrai. Mais de­meure la ques­tion : qu’avons-nous fait pour mé­ri­ter une vie meilleure ? ». Et de conclure amè­re­ment : « Dé­so­lé, mais nous sommes une pa­trie qui mé­rite d’être égor­gée par le cou­teau de la sé­pa­ra­tion ! ». Une page plus loin, Fa­rouq Go­wei­da, poète et écri­vain, écrit : « Le plan de di­vi­sion du Sou­dan est, du point de vue du dan­ger et des consé­quences, comme la mih­na (épreuve) de la Pa­les­tine, avec une dif­fé­rence dans les ré­sul­tats et les rai­sons … La di­vi­sion du Sou­dan ne s’ar­rê­te­ra pas à la créa­tion d’un Etat in­dé­pen­dant au Sud et le tour d’autres ré­gions du monde arabe vien­dra un jour ou l’autre … ». Et lui aus­si conclut dans le pes­si­misme : « A l’ombre d’une réa­li­té arabe en crise et di­vi­sions, non seule­ment entre les gou­ver­ne­ments, mais aus­si entre les membres d’un seul peuple ».

Dans Al-Mas­ry Al-Youm, le cri­tique de ci­né­ma Sa­mir Farid écrit : « Ce qui existe entre l’Egypte et l’Al­gé­rie est plus grand et plus pro­fond, et il est temps que cette mas­ca­rade cesse ». Et c’est à un autre bi­lan d’une crise qui a écla­té il y en­vi­ron un an, suite à un match de foot. Le cri­tique de ci­né­ma dé­plore que l’Al­gé­rie ait dé­cli­né une in­vi­ta­tion à par­ti­ci­per en tant qu’in­vi­té d’hon­neur au Fes­ti­val du Caire des mé­dias. La rai­son qui a été in­vo­quée est que « les ar­tistes égyp­tiens ont hu­mi­lié le peuple al­gé­rien dans cette crise ». Cer­tains ar­tistes se sont lais­sé en­traî­ner der­rière le trou­peau qui a dé­clen­ché la crise et que les chaînes sa­tel­lites ont pous­sée à l’ex­trême, comme si une équipe de foot était une ar­mée qui dé­fend la pa­trie. Mais on ne peut pas dire que ces ar­tistes ont hu­mi­lié le peuple al­gé­rien. Et ceux qui re­pré­sentent l’Al­gé­rie le savent, comme le ro­man­cier Wa­cy­ni La­redj, qui était l’in­vi­té de la Bi­blio­thèque d’Alexan­drie et ceux qui re­pré­sentent vrai­ment l’Egypte le savent aus­si, comme l’ac­teur Kha­led Aboul-Na­ga, qui était au Fes­ti­val d’Oran.

L’heb­do­ma­daire Al-Fa­gr consacre une page à ce su­jet avec pour titre « La pre­mière en­quête jour­na­lis­tique sur les pertes du Caire un an après la crise du match de foot ». Le jour­na­liste re­vient après un sé­jour en Al­gé­rie avec un long re­por­tage. « Dans un ma­ga­sin de CD, je n’ai trou­vé au­cun CD égyp­tien à part Oum Kal­soum ou Ab­del-Ha­lim Ha­fez. Pour­quoi ? Parce que l’Egypte s’est dé­par­tie de son propre gré de son rôle cultu­rel et po­li­tique dans le monde arabe … », conclut-il. Le jour­na­liste a en­suite poin­té du doigt les mé­dias égyp­tiens, qui se sont at­ta­qués par igno­rance à des sym­boles de l’Al­gé­rie, comme les mar­tyrs de la ré­vo­lu­tion. Et qui dit Al­gé­rie, dit l’homme d’af­faires Na­guib Sa­wi­rès, qui a ob­te­nu la li­cence de té­lé­pho­nie mo­bile Djez­zy. « L’Al­gé­rie n’est pas un pays tra­di­tion­nel, elle est convoi­tée par plu­sieurs forces ré­gio­nales et in­ter­na­tio­nales … Et mal­gré ce­la, l’Egypte a eu une place pri­vi­lé­giée qui a per­mis à Sa­wi­rès d’ob­te­nir la li­cence de por­table pour la somme de 737 mil­lions de dol­lars seule­ment alors qu’une so­cié­té fran­çaise a ache­té 50 % d’une so­cié­té de por­table au Ma­roc pour plus d’un mil­liard de dol­lars ».

Dans le genre bi­lan, nous re­le­vons ce­lui du rap­port de la si­tua­tion de la femme en 2010 éma­nant du Centre égyp­tien des droits de la femme mis en re­lief par le quo­ti­dien AlMas­ry Al-Youm. Se­lon ce dit rap­port, « les crimes de har­cè­le­ment sexuel sont les actes de vio­lences les plus ré­pan­dus contre la femme avec du­rant l’an­née un taux de 71 % sur les cas re­le­vés par le centre ». Sur un autre plan, la di­rec­trice du centre, Ni­had Aboul-Qom­sane, a aus­si an­non­cé que les pré­vi­sions de la py­ra­mide de la po­pu­la­tion an­noncent que le nombre des hommes va en aug­men­tant par rap­port aux femmes dans la tranche d’âge des moins de 40 ans.

Autre bi­lan, ce­lui de Saout Al-Omma, où le ton n’est pas à l’op­ti­misme non plus, puis­qu’il af­fiche une man­chette avec un titre dé­pri­mant : « Les se­crets de l’an­née de la dé­ca­dence et du re­tour en ar­rière ». Dans Coupures, on se conten­te­ra, en guise de clin d’oeil, du bi­lan qu’il fait en der­nière page his­toire de mettre un point à cette dé­prime. Il an­nonce que 2010 est l’an­née de l’avan­cée des dan­seuses du ventre étran­gères, pour « do­mi­ner la danse orien­tale en Egypte ». Il y a Sa­brya la Turque, Lei­la l’Amé­ri­caine et Joa­na la Por­tu­gaise. « La dan­seuse égyp­tienne au­rait-elle dis­pa­ru pour re­cou­rir à des étran­gères qui viennent de par­tout ? », a de­man­dé la cé­lèbre dan­seuse égyp­tienne Di­na. Op­ti­miste, elle se dit ne pas être in­quiète, car « l’Egypte de­meu­re­ra la terre de la danse orien­tale, c’est une his­toire qui ne peut être niée ... »

Na­jet Bel­ha­tem

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