La for­mule était la sui­vante : site maxi­mal égale zé­ro ar­chi­tec­ture

Ta­rek Na­ga, en charge du plan d’ur­ba­ni­sa­tion du pla­teau de Gui­za pour le compte du Conseil Su­prême des An­ti­qui­tés (CSA), est un ar­chi­tecte de re­nom­mée mon­diale. Adepte d’une ar­chi­tec­ture d’avant-garde, il nous em­mène dans un voyage dans l’es­pace et le tem

Al Ahram Hebdo - - L ’entretien -

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Al-Ah­ram Hebdo : On ne sait pas grand ose s r e p an d r ani­sa­tion d p atea de ia part e es dé ara­tions o i ie es o s en tes ar ite te en arge

e e était otre ap­pro e ar i te t ra e

Ta­rek Na­ga : Le pro­jet, du point de vue de l’es­pace et de la por­tée his­to­rique, est énorme. Il est pos­sible de ré­amé­na­ger le site en le ren­dant plus propre et plus or­don­né en tant que site tou­ris­tique et c’est tout. Quand l’ar­chi­tecte est face à un pro­jet d’une telle gran­deur, il ne peut pas le lais­ser au même ni­veau mis sur la table au dé­part. Ce genre de pro­jet vous force à al­ler au-de­là. Nous avons donc tra­vaillé sur les ma­cro et mi­cro-échelles. Le pla­teau des Py­ra­mides est ce que moi j’ap­pelle le site maxi­mal. Un site com­plexe et pro­fond, his­to­ri­que­ment et mé­ta­phy­si­que­ment, et l’ar­chi­tec­ture doit s’y adap­ter. Et donc, la for­mule était la sui­vante : site maxi­mal égale zé­ro ar­chi­tec­ture.

éro ar ite t re — Tra­di­tion­nel­le­ment, en ar­chi­tec­ture, j’ai un site et je dois y pla­cer une construc­tion quelle qu’elle soit. Il est de­man­dé qu’elle adhère à ce site, au contexte alen­tour, mais il n’en de­meure pas moins qu’elle est là avec sa propre per­son­na­li­té et exis­tence. Dans notre cas pré­cis, il est né­ces­saire, pour être en har­mo­nie avec le site, que la construc­tion, d’un point de vue ar­chi­tec­tu­ral, n’existe pas. Elle ne doit pas être là. Le concept à ce mo­ment-là est qu’elle se fonde dans la to­po­gra­phie du lieu, qu’elle ne fasse qu’un avec cette der­nière, et par consé­quent, qu’elle ne soit pas vi­sible. Et sur la ma­cro-échelle, la pro­fon­deur ma­té­rielle de cette to­po­gra­phie va jus­qu’au Maghreb. o ent a to­po­grap ie des ides po rrait e e a oir n e on ea e e ag re

— Le contexte du pla­teau des Py­ra­mides, de­puis l’At­lan­tique jus­qu’au fleuve du Nil, est ap­pe­lé par Gilles De­leuze le plus vaste es­pace lisse de la Terre ; son op­po­sé se trouve entre la Chine et l’Inde, où l’es­pace est strié. Donc cet im­mense es­pace lisse du dé­sert ren­contre, après ce vaste par­cours, le plus long fleuve du monde, et il y a, à ce mo­ment-là, un fan­tas­tique chan­ge­ment des condi­tions géo­gra­phiques à l’ex­trême, à sa­voir l’eau du Nil. Notre ap­proche du pla­teau des Py­ra­mides a donc com­men­cé par une vue de l’es­pace, pour com­prendre le contexte dans son sens le plus large, et en­suite s’en rap­pro­cher une autre fois pour voir ce qui se passe au mo­ment de cette ren­contre, où l’autre chan­ge­ment re­le­vé, no­tam­ment par l’Ex­pé­di­tion fran­çaise de Bo­na­parte, est que le fleuve trans­forme sa condi­tion d’une seule ligne en del­ta. C’est à cette in­ter­sec­tion ma­jeure que se trouvent les Py­ra­mides. Les An­ciens Egyp­tiens ont ap­pe­lé ce lieu « ce­lui qui lie pour don­ner la vie ». Son équi­valent mo­derne c’est comme Wa­shing­ton DC, ce n’est pas un Etat fé­dé­ral, mais il re­lie tous les Etats.

Si vous la re­gar­dez de haut cette li­mite, vous ver­rez que le large es­pace lisse s’ar­rête net par une dé­pres­sion. Et le gé­nie ar­chi­tec­tu­ral des pha­raons est d’avoir construit les Py­ra­mides à cette li­mite-là. Si la grande py­ra­mide avait été pous­sée 10 mètres plus loin, ce­la n’au­rait pas mar­ché vu la chute de l’angle de la py­ra­mide.

No s par ons d ne ap­pro e géo spa­tia e po r o prendre a di en­sion géo­grap i e d site ais o ent es p araons a raient i s e a s es don­nées

— Il s’agit de dé­duc­tions, mais qui sont fon­dées parce qu’en re­le­vant toutes ces don­nées, il est im­pos­sible d’ima­gi­ner qu’ils n’aient pas eu conscience de tout ce­la. Si l’on re­vient à la carte éla­bo­rée par les Fran­çais lors de la cam­pagne de Bo­na­parte, on re­marque une chose étrange, et il n’est pas pos­sible que ce­la ait été for­tuit, à sa­voir que sur l’axe des Py­ra­mides, quand la dé­pres­sion ar­rive au Del­ta, c’est le point exact de la tan­gente où l’Egypte ren­contre la Mé­di­ter­ra­née à Bo­rol­los. C’est le point le plus haut où le fleuve touche la Mé­di­ter­ra­née. Le point le plus maxi­mum au nord. Quand ils ont ana­ly­sé ces don­nées, ils ont trou­vé que ce point est dans le pro­lon­ge­ment de l’axe des Py­ra­mides. Ils ont aus­si trou­vé que le fleuve, dans son par­cours à droite et à gauche entre Ro­sette et Da­miette, est à égale dis­tance du centre des Py­ra­mides. Ils en ont ti­ré des dé­duc­tions et nous en avons ti­ré aus­si, se­lon les nou­veaux moyens tech­no­lo­giques. Il est im­pos­sible que tout ce­la se soit fait par ac­ci­dent ou soit une sé­rie de simples coïn­ci­dences. Les An­ciens Egyp­tiens n’avaient certes pas ac­cès aux sa­tel­lites, mais ils avaient ap­pa­rem­ment d’autres vi­sions « de lec­tures des cartes » dif­fé­rentes des nôtres. Leurs no­tions mé­ta­phy­siques étaient com­plè­te­ment dif­fé­rentes, leur sens du cos­mos aus­si.

Dans la re­pré­sen­ta­tion sym­bo­lique de l’Egypte an­cienne, le pla­teau des Py­ra­mides est au centre entre la haute et la basse-Egypte re­liées par un noeud. C’est le coeur du coeur de cette union.

Et est dans ette di en­sion étap si e e s ins rit otre ision ar ite t ra e — Oui, car pour tou­cher ce site au XXIe siècle, il faut en­trer dans la peau du grand prêtre d’alors avec les ou­tils de notre époque, mais dans l’es­prit de son époque. La Py­ra­mide est ap­pe­lée chez les pha­raons Ben ben, et c’est le point où Horus met le corps du dé­funt pour que s’éla­bore le pas­sage à Osi­ris. C’est le point où les deux mondes se re­joignent. Le Ben ben c’est le point de sor­tie de ma­tière du grand océan du Noun et la pre­mière ma­tière de la créa­tion qui en est sor­tie avait la forme, se­lon les pha­raons, d’une py­ra­mide, et à l’in­té­rieur se trouve Be­nu, ou le phoe­nix, l’oi­seau de la ré­sur­rec­tion. Cette struc­ture qu’est la py­ra­mide a donc une fonc­tion pu­re­ment mé­ta­phy­sique. Le tout est de res­ti­tuer à tra­vers ce pro­jet de ré­amé­na­ge­ment le pla­teau des Py­ra­mides le contexte mé­ta­phy­sique.

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— Là où il y a une vo­lon­té po­li­tique de dé­pla­cer le quar­tier de Naz­let AlSem­mane à la fron­tière des Py­ra­mides où ce quar­tier de­meure, et là, le pro­jet reste en­tier mal­gré ce­la. Il faut aus­si se po­ser la ques­tion de sa­voir que si le quar­tier est dé­pla­cé, que va-t-on ré­in­té­grer à la place ? Dans les deux cas, nous de­vons trou­ver des com­pro­mis. Com­ment ? Nous avons le site de Dah­chour qui est res­té vierge et qui est le plus proche exemple de ce qu’étaient les Py­ra­mides avant l’ur­ba­ni­sa­tion. Un site plus ou moins pré­ser­vé qui donne les mêmes ca­rac­té­ris­tiques qui pré­va­laient à Gui­za.

Je sais que la réa­li­té en Egypte ne va pas me per­mettre de res­ti­tuer ces ca­rac­té­ris­tiques à 100 %. Si je peux en res­ti­tuer 40 %, c’est un mi­racle. Et c’est là un deuxième pro­jet que nous es­sayons de mettre sur les rails en pa­ral­lèle avec ce­lui du pla­teau de Gui­za.

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— Notre man­dat avec le CSA se li­mite au sein du pla­teau. Par contre, le deuxième man­dat pa­ral­lèle avec l’Unes­co s’étend du pla­teau jus­qu’à Dah­chour.

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ir ait — Oui, même trois. D’abord, ce­lui que nous exé­cu­tons sur le pla­teau. Le deuxième avec l’Unes­co et le CSA comme je l’ai dit. Au dé­but, ils ne vou­laient tra­vailler que sur Dah­chour, mais j’ai fi­ni par les convaincre, je ne sais com­ment, qu’on ne peut pas tra­vailler sans in­té­grer toutes les né­cro­poles de Mem­phis et qu’il fal­lait res­ti­tuer l’uni­té de ces sites. Le pro­jet com­prend une équipe de cinq or­ga­ni­sa­tions onu­siennes, telles l’Unes­co, l’UNDP et 5 mi­nis­tères égyp­tiens, comme le mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment. Le troi­sième pro­jet se fait avec le mi­nis­tère du Lo­ge­ment, et concerne le nou­veau mu­sée égyp­tien, pour gé­rer la ques­tion du quar­tier Naz­let Al-Sem­mane et les zones anar­chiques qui s’y trouvent et qui sont li­mi­trophes aux Py­ra­mides. Mais ce sont là des pro­jets à long terme.

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— Il a été ap­prou­vé et nous avons com­men­cé à exé­cu­ter les in­fra­struc­tures et des par­ties concer­nant le cir­cuit de la vi­site à l’in­té­rieur du pla­teau. Le tout de­vrait être ter­mi­né pour 2012.

o ent a e it de a isite — La vi­site ne se dé­rou­le­ra plus de ma­nière anar­chique. A l’in­té­rieur du cir­cuit que nous avons éla­bo­ré, il y a un cer­tain nombre d’étapes qui illus­trent le gé­nie de l’ali­gne­ment des trois Py­ra­mides. Elles se­ront dé­sor­mais abor­dées par l’est. Il fal­lait dans l’éla­bo­ra­tion de ce cir­cuit trou­ver un point de dé­part pour ce­lui qui vient de cette ville bouillon­nante qu’est Le Caire. Lui faire un la­vage de cer­veau. Il y a un point unique sur tout le pla­teau où on peut les voir en­semble ali­gnées, et plus on bouge vers l’est, elles se dé­gagent l’une de l’autre, c’est comme si c’était une ap­proche ci­né­ma­to­gra­phique du pla­teau. On ar­rive face au Sphinx qui est la conscience du lieu. Et c’est sous la plate-forme en des­sous que se si­tue­ra toute l’ins­tal­la­tion ar­chi­tec­tu­rale que nous exé­cu­tons ac­tuel­le­ment. Il est ques­tion de se fondre dans la to­po­gra­phie du lieu sur la base de couches de la même na­ture du sol qui at­tein­dront à peu près la hau­teur des construc­tions dans le quar­tier de Naz­let Al-Sem­mane, du coup, elles le ca­che­ront de la vue. A l’in­té­rieur, il y au­ra les res­tau­rants, le théâtre des son et lu­mière, les ba­zars. On ne voit rien de l’ex­té­rieur et tout de l’in­té­rieur. C’est ce que j’ap­pelle le zé­ro ar­chi­tec­ture. C’est comme si j’avais juste ti­ré la cou­ver­ture du dé­sert sur la construc­tion

o s é a oré e

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