Les Su­distes se pré­parent à la par­ti­tion

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - Inès Eis­sa

AL’AP­PROCHE du ré­fé­ren­dum d’au­to­dé­ter­mi­na­tion du Sud-Sou­dan du 9 jan­vier, des di­zaines de mil­liers de Su­distes chré­tiens vi­vant dans le nord du pays sont ren­trés au Sud, un re­tour sou­vent dif­fi­cile pour ceux qui ont dé­si­ré pen­dant deux dé­cen­nies une terre qui a chan­gé sans eux.

Des mil­liers d’autres Su­distes en­vi­sagent de suivre ce mou­ve­ment après le scru­tin qui de­vrait me­ner à la par­ti­tion du plus vaste pays d’Afrique, di­vi­sé entre un Nord mu­sul­man et un Sud en grande par­tie chré­tien.

« Les sta­tis­tiques di­saient qu’il y avait en­vi­ron 500 000 chré­tiens à Khar­toum, soit 10 % de la ville, mais il y en a moins main­te­nant », re­lève le père Danièle, ve­nu ré­con­for­ter les fi­dèles su­distes in­quiets pour ce qui pour­rait être leur der­nier Noël dans un Sou­dan uni­fié.

De­puis la fin de la guerre en 2005, 2 mil­lions de Su­distes vi­vant au Nord ont re­ga­gné le Sud. Une nou­velle vague d’émi­gra­tion a com­men­cé en au­tomne à l’ap­proche du ré­fé­ren­dum. Et Khar­toum, ville de 5 mil­lions d’ha­bi­tants aux fau­bourgs sans fin, se vide pro­gres­si­ve­ment de ses Su­distes, qui forment la ma­jo­ri­té des chré­tiens de la ca­pi­tale, où vit aus­si une com­mu­nau­té copte.

Le pré­sident sou­da­nais Omar Al-Bé­chir, un is­la­miste qui n’hé­site pas à s’af­fi­cher avec des di­gni­taires chré­tiens, a af­fir­mé que la cha­ria ( loi is­la­mique) se­rait « l’unique source » de la loi au Nord-Sou­dan en cas de sé­ces­sion du Sud.

Après la guerre ci­vile, Nor­distes et Su­distes avaient pro­mul­gué une Cons­ti­tu­tion in­té­ri­maire qui re­con­nais­sait le ca­rac­tère « mul­tieth­nique », « mul­ti­cul­tu­rel » et « mul­ti­con­fes­sion­nel » du Sou­dan. Mais le texte n’est va­lable que jus­qu’à l’été 2011. Les pro­pos du pré­sident Bé­chir ont fait trem­bler de nom­breux chré­tiens, et même des mu­sul­mans, qui craignent la re­nais­sance d’un Etat is­la­mique.

« J’es­père seule­ment que les mots du pré­sident res­te­ront des mots, et qu’ils ne se­ront pas tra­duits en actes » , ré­sume Cor­ne­lius, un jeune Su­diste de Khar­toum.

Le Mou­ve­ment po­pu­laire de li­bé­ra­tion du Sou­dan (SPLM), an­cien groupe re­belle, est dé­sor­mais le par­ti au pou­voir dans le Sud et le deuxième par­ti du pays. Il s’op­pose à la po­li­tique d’is­la­mi­sa­tion du pays prô­née par le pré­sident sou­da­nais Omar Has­san Al-Bé­chir. Le SPLM a aus­si des sou­tiens au Nord, dans les ré­gions du Nil bleu et des monts Nouba. « Ce se­ra une force po­li­tique avec la­quelle il fau­dra comp­ter. Le Nord est une ré­gion très di­verse », a dit Yas­ser Ar­man, un di­ri­geant du SPLM. « Le SPLM va res­ter au Nord et se­ra une force po­li­tique qui de­vra être consi­dé­rée. Nous comp­tons sur de so­lides ap­puis au Nord. La vi­sion du nou­veau Sou­dan conti­nue­ra à être la vi­sion du SPLM au Nord », a-t-il ajou­té.

La sec­tion nord du SPLM se trans­for­me­ra alors en par­ti po­li­tique au­to­nome au Nord-Sou­dan et conser­ve­ra l’idéal d’un « Nou­veau Sou­dan » dé­mo­cra­tique, laïque, fé­dé­ral, et s’op­pose à l’is­la­misme po­li­tique pré­co­ni­sé par le pré­sident Omar Al-Bé­chir.

« La voie pro­po­sée par le pré­sident Bé­chir n’est pas la voie qui amè­ne­ra une paix du­rable » au NordSou­dan, a sou­li­gné M. Ar­man, pré­ci­sant que le nou­veau par­ti au Nord de­vra élire son chef, choi­sir son nom, et se­ra in­dé­pen­dant du SPLM au Sud-Sou­dan.

Lors des élec­tions na­tio­nales d’avril der­nier, le SPLM avait ré­col­té des di­zaines de mil­liers de voix dans les Etats nor­distes du Nil Bleu et du Kor­do­fan-Sud, si­tués à la li­sière du Sud-Sou­dan.

La nou­velle for­ma­tion po­li­tique compte aus­si tis­ser des liens étroits avec le Dar­four, ré­gion de l’ouest du Sou­dan en proie de­puis 2003 à une guerre ci­vile com­plexe, mais pas avec la ré­bel­lion si celle-ci conserve les armes.

« Nous par­ta­geons avec les Dar­fou­ris l’es­poir d’un nou­veau Sou­dan, parce que sans un chan­ge­ment po­li­tique à Khar­toum, il ne peut y avoir de paix per­ma­nente », a fait va­loir M. Ar­man

Le compte à re­bours a com­men­cé pour le ré­fé­ren­dum d’au­to­dé­ter­mi­na­tion du Sud-Sou­dan.

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