Après les élec­tions, le dé­ve­lop­pe­ment

Al Ahram Hebdo - - Opinion -

APRÈS les pré­ten­tions ali­men­tées par les mé­dias et se­lon les­quelles les der­nières élec­tions lé­gis­la­tives au­raient été fal­si­fiées, voi­là que de nou­velles pré­ten­tions se per­mettent de dire que l’Egypte est de­ve­nue une terre sèche sans eau ni vie. Or, l’Egypte est en plein mou­ve­ment. De grands chan­ge­ments géo­gra­phiques, dé­mo­gra­phiques et tech­no­lo­giques y ont lieu ain­si qu’au ni­veau de l’in­ves­tis­se­ment, des mé­dias, de la pen­sée et des com­mu­ni­ca­tions.

Nous avons pré­cé­dem­ment abor­dé la ques­tion de l’aug­men­ta­tion de la su­per­fi­cie des terres ha­bi­tées et des terres culti­vées. De plus, nous avons à maintes re­prises ci­té des chiffres pré­cis concer­nant les chan­ge­ments dans la po­li­tique du lo­ge­ment et des nou­velles ag­glo­mé­ra­tions. Il ya quelques jours, le quo­ti­dien AlAh­ram a pu­blié le bi­lan dé­taillé du Dr Os­mane Mo­ha­mad Os­mane, mi­nistre du Dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, sur les zones de dé­ve­lop­pe­ment ur­bain en Egypte. Toutes ces zones ont été créées dans une même pers­pec­tive, à sa­voir mettre l’Egypte sur la voie de l’ur­ba­ni­sa­tion et du dé­ve­lop­pe­ment. Ce n’est pas un simple rêve, mais un grand pro­jet dont les bases ont été éta­blies dans 23 villes mo­dernes qui abritent au­jourd’hui 4 mil­lions d’ha­bi­tants. Outre les ré­seaux rou­tiers qui re­lient la vallée du Nil à la mer et au dé­sert. Pa­ral­lè­le­ment, on pré­voit la créa­tion de 44 nou­velles villes sur la côte.

Les choses bougent donc en Egypte. Pour preuve : les dis­cus­sions ac­tuelles sur la terre égyp­tienne, qui jus­qu’à un temps proche n’était pas un su­jet de dis­cus­sion po­li­tique. La der­nière fois que cette ques­tion a été évo­quée re­monte peut-être aux an­nées 1980 à cause du ra­vi­ne­ment exa­gé­ré des terres agri­coles dû à l’igno­rance. Au cours des 2 der­nières an­nées, des dis­cus­sions élar­gies ont eu lieu au­tour des pro­cé­dures à adop­ter. Il s’agit de, pre­miè­re­ment, faire face au phé­no­mène des construc­tions sur les ter­rains agri­coles. Mal­gré les sanc­tions strictes ap­pli­quées sur ces construc­tions illé­gales, le pro­blème existe tou­jours, en par­ti­cu­lier dans les cam­pagnes.

Deuxiè­me­ment, af­fron­ter le phé­no­mène des zones d’ur­ba­ni­sa­tion sau­vage. Des ef­forts énormes ont été der­niè­re­ment en­tre­pris à ce ni­veau. L’Egypte est ac­tuel­le­ment l’un des 20 meilleurs pays au monde en ce qui a trait aux ef­forts vi­sant à amé­lio­rer les condi­tions de vie dans les zones sau­vages. L’Egypte fi­gure aus­si à la cin­quième place sur la liste des pays qui ont réus­si à ré­duire la den­si­té dé­mo­gra­phique des zones sau­vages.

Troi­siè­me­ment, l’ex­ploi­ta­tion des terres par le sec­teur pri­vé égyp­tien ou les in­ves­tis­seurs étran­gers pour construire de pe­tites villes, où co­ha­bitent lo­ge­ment, di­ver­tis­se­ment et tou­risme. ce ni­veau, nous sommes dans une nou­velle phase d’im­plan­ta­tion de nou­velles villes pou­vant ac­cueillir des mil­lions d’ha­bi­tants, que ce soit sur la côte ou au fond du dé­sert.

Il faut rap­pe­ler qu’à un cer­tain mo­ment, l’in­té­rêt ac­cor­dé aux ter­rains en Egypte se li­mi­tait au pro­jet de la ci­té Tahrir (un pro­jet de bo­ni­fi­ca­tion des terres). Le pré­sident Sa­date a peut-être se­mé les graines de l’ex­ploi­ta­tion des terres en pro­po­sant des pro­jets de construc­tion de villes nou­velles. La phase ac­tuelle ne

Até­moigne pas seule­ment de l’épa­nouis­se­ment de ces villes, mais aus­si de leur im­pli­ca­tion dans un grand pro­ces­sus de dé­ve­lop­pe­ment.

Les villes ne sont pas de simples lo­ge­ments muets. Elles re­flètent l’ap­pa­ri­tion de cer­taines classes so­ciales, en par­ti­cu­lier la classe moyenne qui a conti­nué à croître du­rant les 3 der­nières dé­cen­nies, à tel point de s’ac­ca­pa­rer de 62 % du PNB. De nom­breux fac­teurs ont contri­bué à l’évo­lu­tion de cette classe, comme la tech­no­lo­gie in­for­ma­tique, le dé­ve­lop­pe­ment des com­mu­ni­ca­tions, l’in­ter­ac­tion avec le mar­ché mon­dial, la pri­va­ti­sa­tion, la ré­forme éco­no­mique et le phé­no­mène des uni­ver­si­tés étran­gères.

C’est ain­si qu’un chan­ge­ment est ap­pa­ru dans la na­ture des em­plois oc­cu­pés par ces nou­velles gé­né­ra­tions qui pré­fèrent le sec­teur pri­vé au sec­teur pu­blic, en par­ti­cu­lier dans le do­maine des banques, de la Bourse, des so­cié­tés d’in­ves­tis­se­ment, des agences de voyages, de la té­lé­pho­nie mo­bile et de la tech­no­lo­gie. De plus, une nou­velle gé­né­ra­tion d’hommes d’af­faires a émer­gé. Leur nombre est éva­lué à 4 mil­lions et leur âge va­rie entre 25 et 45 ans. Le Fonds so­cial pour le dé­ve­lop­pe­ment a contri­bué à ce phé­no­mène en pré­sen­tant des prêts et en for­mant les pe­tits in­ves­tis­seurs à la créa­tion et la à ges­tion des mi­cro­pro­jets.

L’Egypte ne com­prend pas seule­ment des pro­grès éco­no­miques et so­ciaux. Il y a aus­si des pro­grès po­li­tiques. Le congrès du PND s’est te­nu sa­me­di der­nier. Ce congrès as­sume la res­pon­sa­bi­li­té de re­cons­truire la coa­li­tion ci­vile-po­li­tique et de la ra­me­ner à ce qu’elle était avant les élec­tions. Il est au­tant im­por­tant d’al­ler vers de nou­veaux ho­ri­zons de dé­ve­lop­pe­ment et de chan­ge­ment en par­tant d’un point es­sen­tiel, qui est l’in­ves­tis­se­ment qui per­met à la classe moyenne de s’élan­cer dans un pro­ces­sus de construc­tion et de dé­ve­lop­pe­ment dans tout le ter­ri­toire. Il est temps d’apla­nir tous les obs­tacles qui en­travent cette dé­marche. Les hommes d’af­faires et les in­ves­tis­seurs font face à des com­pli­ca­tions ad­mi­nis­tra­tives dues à la bu­reau­cra­tie, la cen­tra­li­sa­tion et les pro­cé­dures rou­ti­nières de l’ad­mi­nis­tra­tion.

D’autre part, il y a un manque dans les ter­rains consa­crés aux ac­ti­vi­tés in­dus­trielles. Les moyens de trans­port ont be­soin d’être mo­der­ni­sés. Il ya aus­si un manque de main-d’oeuvre qua­li­fiée et une sa­tu­ra­tion du mar­ché par les pro­duits im­por­tés de Chine en par­ti­cu­lier. Il faut re­mé­dier à ces fai­blesses le plus ra­pi­de­ment pos­sible pour ne pas perdre les op­por­tu­ni­tés d’in­ves­tis­se­ment, ce qui en­gen­dre­ra une baisse des offres d’em­plois et une hausse du chô­mage.

Au cours de la pro­chaine phase, l’Egypte a be­soin d’au moins 100 mil­liards de L.E. pour dé­ve­lop­per et amé­lio­rer les ser­vices pu­blics comme l’en­sei­gne­ment, la san­té, l’eau po­table, le drai­nage sa­ni­taire, etc. Et le tré­sor pu­blic ne peut as­su­rer que 30 à 40 % de cette somme. Il est évident que le sec­teur pri­vé se char­ge­ra du reste grâce à la créa­tion d’un cli­mat fa­vo­rable à l’in­ves­tis­se­ment.

C’est ce que le ci­toyen égyp­tien at­tend du PND et même de tous les autres par­tis, c’est-à-dire que la pen­sée, l’ac­tion et la po­li­tique ne doivent pas être des slo­gans creux, mais un grand ap­pel au chan­ge­ment et à la construc­tion

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