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Al Ahram Hebdo - - Voyages -

A 843 ki­lo­mètres du Caire se si­tue la ville d'As­souan. C’est une ville du sud de l’Egypte, si­tuée sur la rive droite du Nil, en aval de la pre­mière ca­ta­racte et proche du lac Nas­ser. C’est le chef-lieu d’un gou­ver­no­rat qui porte le même nom.

L’his­toire de cette ville re­monte à l’An­cien Em­pire. Après le dé­clin d’Elé­phan­tine, l’ac­ti­vi­té com­mer­ciale et ad­mi­nis­tra­tive qui était cen­tra­li­sée sur l’île se dé­lo­ca­li­sa sur la rive droite et une nou­velle ville fut créée que les pha­raons ap­pe­lèrent « » qui si­gni­fie la «

» ; plus tard, les Grecs lui don­nèrent le nom de « ».

Syène était cé­lèbre pour son ac­ti­vi­té com­mer­ciale, mais aus­si pour la proxi­mi­té des car­rières qui lui four­nis­saient le gra­nit gris et sur­tout le gra­nit rose ap­pe­lé « » né­ces­saire à la construc­tion des temples et des mo­nu­ments pha­rao­niques. La ville de­vint alors la ca­pi­tale du pre­mier nome (pro­vince) qui por­ta le nom de « » qui si­gni­fie la terre de Sa­tis. Plus tard, le nom de la ville s’est trans­for­mé en « » puis « ».

A 1 km au sud de la ville, après le ci­me­tière des Fa­ti­mides, se trouve l’une de ces car­rières de gra­nit rose avec un obé­lisque in­ache­vé. Cet obé­lisque a été aban­don­né à cause d’une fê­lure dans le gra­nit. Il me­sure 42 m de long et pèse en­vi­ron 1 197 tonnes ; s’il avait été ache­vé et ex­trait de sa car­rière, il au­rait été le plus grand obé­lisque que les pha­raons aient bâ­ti. Ce qui est in­té­res­sant, c’est de consta­ter les tech­niques et les moyens que les an­ciens Egyp­tiens em­ployaient pour dé­li­mi­ter et ex­traire cet énorme bloc de gra­nit de sa car­rière, puis de conce­voir tout le tra­vail de po­lis­sage, de dé­co­ra­tion et sur­tout l’in­ima­gi­nable voyage que les obé­lisques ef­fec­tuaient à tra­vers le Nil pour ar­ri­ver à leur des­ti­na­tion fi­nale. La car­rière est ou­verte et l’en­trée est payante. Dans un pas­sé plus ré­cent, ces blocs de gra­nit ont aus­si ser­vi à la construc­tion de l’an­cien bar­rage d'As­souan réa­li­sé par les An­glais en 1902. Lorsque ce der­nier s’est avé­ré in­suf­fi­sant pour maî­tri­ser les eaux du Nil, un deuxième bar­rage aux di­men­sions co­los­sales a été construit. Ce grand pro­jet a vu le jour en 1970, il fut nom­mé

ce qui si­gni­fie le Haut-Bar­rage. As­souan n’est pas uni­que­ment un centre in­dus­triel, elle est sur­tout un grand centre tou­ris­tique, c’est un point de ren­contre pour toutes les na­tio­na­li­tés du monde. d'As­souan, les tou­ristes peuvent re­mon­ter le Nil et dé­cou­vrir les ma­gni­fiques temples qui ont été sau­vés des eaux et ins­tal­lés sur les îles voi­sines. As­souan est aus­si un ma­gni­fique ta­bleau digne des plus grands peintres, le pay­sage y est d’une ex­trême beau­té, à l’image de la dou­ceur du Nil, il compte par­mi les plus beaux du monde. Si vous avez l’oc­ca­sion de vous rendre à As­souan, na­vi­guez sur ce noble fleuve qu’est le Nil, pro­me­nez-vous en ca­lèche ou à pied sur sa cor­niche au mo­ment du cré­pus­cule, vi­si­tez les souks aux cou­leurs et aux sen­teurs exo­tiques, ad­mi­rez les éta­lages de van­ne­rie, de po­te­rie, d’épices et de « », cette jo­lie fleur sé­chée de cou­leur pourpre qui pu­ri­fie le sang et que les ci­toyens d'As­souan pré­parent si bien en bois­son chaude ou froide et qu’ils vous servent dans un pe­tit verre do­ré en signe de bien­ve­nue.

Le mu­sée nu­bien est in­té­res­sant et mé­rite bien d’être vi­si­té. Il contient près de 2 000 pièces re­tra­çant l’his­toire de la Nu­bie de­puis l’époque pré­his­to­rique jus­qu’à l’époque chré­tienne. Il pos­sède une salle de confé­rences, une ca­fé­té­ria et un ma­gni­fique jar­din avec des ruis­seaux.

Après avoir vi­si­té le mu­sée, une fe­louque vous mène pour al­ler voir le mau­so­lée de l’Aga Khan III Mo­ha­mad Shah sur la rive gauche. Il a été construit sur une crête de sable qui do­mine le Nil, le corps du dé­funt re­pose à l’in­té­rieur de l’édi­fice dans un sar­co­phage de marbre blanc dé­co­ré par plu­sieurs ver­sets du Co­ran.

L’Aga Khan était le chef re­li­gieux des mu­sul­mans is­maé­liens au Pa­kis­tan et dont le noyau se trouve en Inde, ce sont de très riches mu­sul­mans. L’Aga Khan pas­sait une grande par­tie de l’hi­ver dans sa vil­la d'As­souan, il ai­mait tel­le­ment cette ville que dans son tes­ta­ment il a ex­pri­mé le voeu d’y être en­ter­ré. Son mau­so­lée est bâ­ti dans un style fa­ti­mide, la mai­son de cou­leur blanche plus en aval est celle de sa femme qui ve­nait le vi­si­ter chaque hi­ver jus­qu’à sa mort.

Sur le bief entre les deux bar­rages, l’île de Phi­lae, sur la­quelle se trou­vait un temple d’Isis, fut sub­mer­gée lors de la construc­tion du Haut-Bar­rage, en­traî­nant la re­cons­truc­tion du temple par l’Unes­co sur l’île Aguil­kia, 300 m plus au nord, lors du grand pro­jet du sau­ve­tage de la Nu­bie. Phi­lae est sur­tout connue pour le temple d’Isis que ren­ferme cette pe­tite île près d'As­souan. Construit tar­di­ve­ment, il est aus­si l’un des mieux conser­vés d’Egypte. Phi­lae, grâce au (plus) cé­lèbre temple d’Isis, pos­sé­dait à une époque énor­mé­ment de terres. Les édi­fices ac­tuels (temple d’Isis, kiosque et porte d’Ha­drien, temple de Maât-Ha­thor, Mam­mi­sii, por­tique …) re­montent au cré­pus­cule de la ci­vi­li­sa­tion égyp­tienne, étant com­men­cés par les der­niers pha­raons au­toch­tones (Nec­ta­né­bo Ier) et ter­mi­nés par les em­pe­reurs ro­mains, mal­gré les pe­tites touches coptes. Phi­lae était fré­quen­tée jus­qu’au VIe siècle par les Blem­myes, peuple de la loin­taine Nu­bie. Vers l’an 550, l’em­pe­reur Jus­ti­nien in­ter­dit le culte d’Isis au temple de Phi­lae, qui se­ra trans­for­mé en église.

A 290 km au sud-ouest d'As­souan se trouve la ville an­tique d’Abou-Sim­bel. C’est un site ar­chéo­lo­gique de Basse-Nu­bie sur la rive gauche du Nil dans la ré­gion d'As­souan mon­dia­le­ment connu. De l’an­cienne ville sub­sistent presque in­tacts deux temples que Ram­sès II fit creu­ser dans le grès de la mon­tagne oc­ci­den­tale, face au Nil. Le grand temple, pré­cé­dé de quatre co­losses as­sis re­pré­sen­tant le pha­raon, était consa­cré à Rê, Amon et Ram­sès. Le pe­tit temple ou temple d’Ha­thor est pré­cé­dé de six sta­tues de­bout fi­gu­rant le pha­raon et sa femme Né­fer­ta­ri. Me­na­cés eux aus­si d’être sub­mer­gés en rai­son de la construc­tion du Haut-Bar­rage d'As­souan, ces temples ont été dé­cou­pés bloc par bloc et re­mon­tés 64 mètres au-des­sus de leur em­pla­ce­ment pri­mi­tif sur un es­car­pe­ment ar­ti­fi­ciel à la suite d’une cam­pagne de pro­tec­tion lan­cée par l’Unes­co entre 1963 et 1968.

A 100 km à l’ouest se trouve aus­si un ob­ser­va­toire as­tro­no­mique pré­his­to­rique sur le site de Nab­ta Playa. Cet ob­ser­va­toire se­rait, se­lon la Na­sa, l’un des plus an­ciens exis­tant au monde.

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