Une lé­gère pro­gres­sion

BI AN Se­lon le mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment, l’an­née 2010 a té­moi­gné d’un mo­deste re­cul de la pol­lu­tion de l’air et de l’eau. Mais plus d’ef­forts sont requis en ma­tière de chan­ge­ments cli­ma­tiques et de bio­di­ver­si­té.

Al Ahram Hebdo - - Environnement - Pêche Plan vert

La 22e session du Conseil des mi­nistres arabes de l’En­vi­ron­ne­ment a eu lieu la se­maine der­nière au siège du se­cré­ta­riat gé­né­ral de la Ligue arabe. Le mi­nistre d’Etat égyp­tien pour les Af­faires de l’en­vi­ron­ne­ment, Ma­gued Georges, ain­si que le di­rec­teur du bu­reau exé­cu­tif du Conseil des mi­nistres arabes pour l’en­vi­ron­ne­ment, l’émir Tor­ky bin Na­ser bin Ab­del-Aziz, ont as­sis­té à cette session. L’agen­da a in­clus l’exa­men des dé­ci­sions du conseil prises lors de la session pré­cé­dente et les ac­ti­vi­tés du Ré­seau arabe pour l’en­vi­ron­ne­ment et le dé­ve­lop­pe­ment. Dans son dis­cours, Ma­gued Georges a sou­li­gné que l’ac­cord de Can­cun sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques, conclu au Mexique du 29 no­vembre au 10 dé­cembre, a in­clus quelques de­mandes par­mi celles re­quises par les pays arabes. Le mi­nistre a dé­cla­ré que l’ac­cord-cadre de Can­cun porte sur l’adap­ta­tion des pays en dé­ve­lop­pe­ment afin qu’ils puissent pla­ni­fier et réa­li­ser les pro­jets vi­sant à faire face aux chan­ge­ments cli­ma­tiques. Le res­pon­sable des af­faires de l’en­vi­ron­ne­ment en Egypte a pré­ci­sé qu’il existe des ini­tia­tives pour ai­der les pays les plus vul­né­rables aux chan­ge­ments cli­ma­tiques, mais qu’elles n’im­pliquent ni en­ga­ge­ments clairs de la part des pays dé­ve­lop­pés ni ca­len­driers. Par­mi les dé­ci­sions prises lors de cette session fi­gure l’adop­tion du deuxième rap­port ré­gio­nal sur la mise en oeuvre de l’ini­tia­tive du dé­ve­lop­pe­ment du­rable dans la ré­gion arabe. Les par­ti­ci­pants à cette session ont éga­le­ment par­lé des pré­pa­ra­tions de la confé­rence (Rio + 20) qui au­ra lieu en 2012.

L’Al­gé­rie a me­na­cé la se­maine der­nière la Com­mis­sion In­ter­na­tio­nale pour la Conser­va­tion des Tho­ni­dés de l’At­lan­tique (CICTA) de me­sures ex­trêmes al­lant jus­qu’à un re­trait de l’or­ga­ni­sa­tion si son quo­ta de pêche au thon de 418 tonnes n’est pas ré­ta­bli. Lors de leur réunion à Paris la se­maine der­nière, les pays membres de la com­mis­sion s’étaient mis d’ac­cord sur une qua­si-sta­bi­li­té des quo­tas de pêche pour 2011, mais avec une lé­gère re­dis­tri­bu­tion des quo­tas entre les pays, en par­ti­cu­lier entre l’Al­gé­rie, la Li­bye, la Tur­quie et l’Egypte. Lors de la réunion, les 48 Etats pê­cheurs de la CICTA ont adop­té une li­mite de la pêche au thon rouge en Mé­di­ter­ra­née à 12 900 tonnes en 2011, contre 13 500 tonnes en 2010, au déses­poir des ONG éco­lo­gistes qui ré­cla­maient une ré­duc­tion dras­tique pour sau­ve­gar­der l’es­pèce.

L’Union Eu­ro­péenne (UE) va ac­cor­der 70 mil­lions d’eu­ros au Ma­roc pour le fi­nan­ce­ment d’un pro­gramme gou­ver­ne­men­tal d’ap­pui à l’agri­cul­ture so­li­daire tou­chant quelque 800 000 ex­ploi­tants, soit en­vi­ron 3 mil­lions de ru­raux. Ce fi­nan­ce­ment de l’UE a été conçu pour ap­puyer no­tam­ment le Plan Ma­roc Vert, une ré­forme mise en place par le royaume au pro­fit du monde rural. ’IN­DICE de du­ra­bi­li­té en­vi­ron­ne­men­tale (EPI) place en 2010 l’Egypte à la 68e place mon­diale (sur un to­tal de 163) et à la 5e place dans la ré­gion du Moyen-Orient (sur un to­tal de 21 pays) en ma­tière de pré­ser­va­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Cet in­dice est réa­li­sé par le Cen­ter for In­ter­na­tio­nal Earth Science Net­work (CIESIN) de l’Uni­ver­si­té de Co­lum­bia, en col­la­bo­ra­tion avec le Centre sur les lois et les po­li­tiques en­vi­ron­ne­men­tales de l’Uni­ver­si­té de Yale. Il est ba­sé sur des in­di­ca­teurs so­cioé­co­no­miques, en­vi­ron­ne­men­taux et ins­ti­tu­tion­nels, re­pré­sen­ta­tifs à une échelle na­tio­nale. L’in­dice sert à me­su­rer les per­for­mances en­vi­ron­ne­men­tales des dif­fé­rents pays. On en­tend par du­ra­bi­li­té en­vi­ron­ne­men­tale la ca­pa­ci­té d’af­fi­cher un haut ni­veau de ren­de­ment dans cinq sec­teurs de ma­nière du­rable (sys­tèmes en­vi­ron­ne­men­taux, ré­duc­tion du stress en­vi­ron­ne­men­tal, ré­duc­tion de la vul­né­ra­bi­li­té hu­maine, ca­pa­ci­tés so­ciales et ins­ti­tu­tion­nelles, ain­si qu’une bonne in­ten­dance mon­diale). Toutes ces don­nées sont en­suite com­bi­nées pour don­ner une image glo­bale de la du­ra­bi­li­té en­vi­ron­ne­men­tale des dif­fé­rents pays. En 2008, l’Egypte oc­cu­pait la 71e place mon­diale et la 8e dans la ré­gion, se­lon l’in­dice EPI. L’Egypte a donc fait un pe­tit pro­grès com­pa­ré à 2008.

En ce qui concerne la qua­li­té de l’air, les sta­tis­tiques pu­bliées par les sta­tions d’ob­ser­va­tion éta­blies dans le Grand Caire ont en­re­gis­tré en 2010 une lé­gère ré­gres­sion du taux de pol­lu­tion. Cette an­née, 700 000 tonnes de paille de riz ont été col­lec­tées dans les dif­fé­rents gou­ver­no­rats. Cinq com­pa­gnies du sec­teur pri­vé ont été créées pour re­cy­cler cette paille et la trans­for­mer en four­rage. Tou­jours dans le do­maine de la qua­li­té de l’air, 25 000 an­ciens taxis très pol­luants ont été rem­pla­cés par de nou­veaux vé­hi­cules. Ré­sul­tat : une di­mi­nu­tion des gaz d’échap­pe­ment dans l’at­mo­sphère. Ce pro­jet de rem­pla­ce­ment des an­ciens taxis a été lan­cé par le mi­nis­tère des Fi­nances en co­opé­ra­tion avec le gou­ver­no­rat du Caire. « Il n’y a pas que les an­ciens taxis qui ont été rem­pla­cés. Il y a aus­si les au­to­bus du trans­port en com­mun. 500 au­to­bus sur les 4 000 an­ciens qui cir­culent dans le Grand Caire ont été rem­pla­cés par de nou­veaux vé­hi­cules. 200 autres se­ront rem­pla­cés l’an­née pro­chaine. Outre ces me­sures, il n’y a pas eu d’in­ci­né­ra­tion de dé­chets cette an­née sur la grande route cir­cu­laire », ex­plique Ah­med Aboul-Seoud, de l’Agence Egyp­tienne pour les Af­faires de

Ll’En­vi­ron­ne­ment (AEAE). Et d’ajou­ter que ces me­sures ont per­mis d’amé­lio­rer la qua­li­té de l’air. Dans le do­maine de la pol­lu­tion de l’eau, il y a eu éga­le­ment une amé­lio­ra­tion. Se­lon les rap­ports de l’AEAE, 69 éta­blis­se­ments in­dus­triels ont ar­rê­té de dé­ver­ser des dé­chets in­dus­triels dans le Nil. Ce genre de dé­chets se­ra donc soit je­té dans le ré­seau du drai­nage sa­ni­taire soit trai­té. 24 autres éta­blis­se­ments vont se confor­mer aux normes en­vi­ron­ne­men­tales. Il existe 8 autres éta­blis­se­ments qui traitent eux-mêmes leurs dé­chets. En­fin, du­rant l’an­née 2010, 3 éta­blis­se­ments ont été fer­més par les au­to­ri­tés car ils n’étaient pas conformes aux normes.

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Outre cette amé­lio­ra­tion de la qua­li­té de l’air et de l’eau, l’an­née 2010 a té­moi­gné d’ef­forts plus sou­te­nus pour faire face aux ef­fets du chan­ge­ment cli­ma­tique. L’Egypte fait par­tie des pays les plus vul­né­rables aux chan­ge­ments cli­ma­tiques et elle risque de perdre une grande su­per­fi­cie de ter­rains arables. La ques­tion des chan­ge­ments cli­ma­tiques fi­gure sur l’agen­da de toutes les réunions de haut ni­veau. « Une nou­velle ad­mi­nis­tra­tion, l’Ad­mi­nis­tra­tion cen­trale des chan­ge­ments cli­ma­tiques, qui re­lève de l’AEAE, est en­trée en vi­gueur en 2010. Des cher­cheurs et des spé­cia­listes ont été en­ga­gés par cette en­ti­té. Cette ad­mi­nis­tra­tion doit trai­ter toutes les ques­tions re­la­tives aux chan­ge­ments cli­ma­tiques, comme les pro­grammes d’adap­ta­tion, les éma­na­tions de Co2 et le dé­ve­lop­pe­ment propre. Un co­mi­té scien­ti­fique a été éga­le­ment créé en 2010 et en­tre­ra en vi­gueur en 2011. Com­po­sé d’aca­dé­mi­ciens, ce co­mi­té a pour tâche d’étu­dier les pro­blèmes cau­sés par les chan­ge­ments cli­ma­tiques comme l’éro­sion et la sa­li­ni­té du sol. Les so­lu­tions pro­po­sées par ce co­mi­té se­ront sou­mises au pre­mier mi­nistre », as­sure Sayed Sa­bri, di­rec­teur du pro­jet de la com­mu­ni­ca­tion na­tio­nale, dont l’AEAE est res­pon­sable. Et de pré­ci­ser : « Il est im­por­tant de dé­ployer plus d’ef­forts pour pro­mou­voir les ca­pa­ci­tés, ré­ha­bi­li­ter et for­mer de nou­veaux cadres scien­ti­fiques ».

Se­lon les spé­cia­listes, des ef­forts de­vraient être dé­ployés dans les an­nées à ve­nir pour sen­si­bi­li­ser le pu­blic aux dan­gers des chan­ge­ments cli­ma­tiques, et l’en­cou­ra­ger à ra­tio­na­li­ser l’eau, à lut­ter contre la pol­lu­tion de l’air et à pré­ser­ver la bio­di­ver­si­té.

Le der­nier dos­sier re­la­tif à l’en­vi­ron­ne­ment est ce­lui des ré­serves na­tu­relles. Le dé­par­te­ment des ré­serves na­tu­relles de l’AEAE cherche à pla­cer de nou­velles zones sous pro­tec­tion. C’est la po­li­tique qui a été sui­vie en 2010. Plu­sieurs en­droits dans la zone des Oa­sis ma­ri­times si­tuée au gou­ver­no­rat du 6 Oc­tobre ont été dé­cla­rés ré­serves na­tu­relles. Des dé­cla­ra­tions faites sans pour au­tant pen­ser aux cadres et aux ran­gers qui de­vraient suivre de près la si­tua­tion dans ces zones. « Les ré­serves na­tu­relles re­pré­sentent en­vi­ron 11 % de la su­per­fi­cie de l’Egypte. Il existe seule­ment 750 ran­gers qui les pro­tègent et qui, en grande ma­jo­ri­té, ne sont pas of­fi­ciel­le­ment ti­tu­la­ri­sés. Dans ce sec­teur en par­ti­cu­lier, il y a un manque au ni­veau des équi­pe­ments qui aident les ran­gers à bien me­ner leur tra­vail dans le pro­tec­to­rat. On crée des ré­serves na­tu­relles sans pos­sé­der ni les plans ni les gens qui les pro­tègent. Pire en­core, les gens qui ha­bitent dans les ré­serves na­tu­relles ou à leurs alen­tours ne s’adaptent pas aux règles de ces ré­serves. Les in­ci­dents re­la­tifs aux requins à Charm Al-Cheikh en sont la preuve. Tuer les requins est de­ve­nu au­jourd’hui un tra­vail de hé­ros sans qu’au­cune at­ten­tion ne soit por­tée à la bio­di­ver­si­té. Pour­tant, il s’agit d’une ré­serve na­tu­relle ! », in­dique fu­rieu­se­ment Sa­mer Al-Mouf­ti, se­cré­taire gé­né­ral de l’As­so­cia­tion des amou­reux des ré­serves na­tu­relles, qui a or­ga­ni­sé ré­cem­ment une confé­rence in­ter­na­tio­nale sur les ré­serves. Se­lon lui, l’his­toire des requins montre bien le manque de sen­si­bi­li­sa­tion sur ce qu’est une ré­serve na­tu­relle et la bio­di­ver­si­té en Egypte. Mais il es­père tout de même un chan­ge­ment de po­li­tique de la part des res­pon­sables pour amé­lio­rer cette si­tua­tion

Ra­cha Ha­na­fi

Réunion

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