A lla rre­cherr che d’’une ent­tr­rée surr scène

Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine -

LES FRÈRES MU­SUL­MANS, la Ga­maa is­la­miya, le Dji­had et les sa­la­fistes sont les noms des dif­fé­rents mou­ve­ments is­la­mistes qu’on ne cesse d’évo­quer par­tout après la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier. Après leur qua­si-ab­sence de la scène pen­dant l’ère Mou­ba­rak, pré­sident dé­chu, les membres de ces mou­ve­ments sont de­ve­nus des « hé­ros ». Ils sont de­ve­nus des ve­dettes de tous les pro­grammes télévisés sur la ma­jo­ri­té des chaînes sa­tel­lites. Aus­si sont-ils sol­li­ci­tés par les jour­naux de dif­fé­rentes ten­dances, don­nant des in­for­ma­tions et des in­ter­views. Une nou­velle place leur est sou­dain ac­cor­dée alors qu’ils étaient mis au banc. Même le Con­seil su­prême des forces ar­mées, à la tête du pays, a de­man­dé leur aide dans la crise qui a eu lieu entre les mu­sul­mans et les coptes au village de Soul dans le gou­ver­no­rat de Hé­louan, suite à la des­truc­tion d’une église. Leur pré­sence est très vi­sible à tel point qu’ils semblent s’im­po­ser sur la scène. Une cen­taine d’is­la­mistes que l’an­cien ré­gime dé­te­nait tou­jours même après avoir pur­gé leur peine pré­tex­tant qu’ils re­pré­sentent un dan­ger ont été li­bé­rés. Par­mi eux, Ab­boud et Ta­req Al-Zo­mor, im­pli­qués dans l’as­sas­si­nat du pré­sident Anouar Al-Sa­date le 6 oc­tobre 1981 lors de l’at­ten­tat connu sous le nom de Al-Ma­nas­sa (la tri­bune). Ab­boud et Ta­req AlZo­mor ont pur­gé leur peine de­puis plu­sieurs an­nées, mais l’ac­cueil qui leur a été ré­ser­vé après leur li­bé­ra­tion a pro­vo­qué une cer­taine crainte chez des mil­lions d’Egyp­tiens mo­dé­rés, mu­sul­mans et chré­tiens. Ils étaient trai­tés comme des hé­ros re­ve­nant après une vic­toire ou des mes­sies. Les ha­bi­tants de leur village na­tal, Na­hia, à Gui­za, ont or­ga­ni­sé des fêtes pour ac­cueillir ces deux ex-dé­te­nus. Deux jours après, une autre li­bé­ra­tion a sur­pris les

Ab­boud Al-Zo­mor a dit que les chré­tiens doivent payer la gué­zia et qu’ils ne doivent pas faire le ser­vice mi­li­taire pour leur évi­ter de par­ti­ci­per à des guerres contre des en­ne­mis de leur propre re­li­gion », s’étonne Za­kher. La gué­zia est un tri­but payé au­tre­fois par les non-mu­sul­mans pour les exemp­ter du ser­vice mi­li­taire, afin de ne pas com­battre les gens de leur propre re­li­gion. Ce­ci est contraire ac­tuel­le­ment à l’es­prit de la citoyenneté. Se­lon Za­kher, cet état de fait est une dé­cla­ra­tion ac­cu­sant les chré­tiens qu’ils peuvent tra­hir leur pays, ce qui est une ac­cu­sa­tion in­ac­cep­table. Ega­le­ment, dans une ré­ponse à une autre ques­tion, Al-Zo­mor a af­fir­mé que le pre­mier mi­nistre Es­sam Cha­raf est un col­la­bo­ra­teur. « Qu’est-ce qu’il veut dire par col­la­bo­ra­teur ? Col­la­bore-t-il avec le mou­ve­ment is­la­miste ? », se de­mande Ka­mal Za­kher. Ce der­nier pense que la pré­sence exa­gé­rée des dif­fé­rents mou­ve­ments is­la­mistes est une sorte de contre­ré­vo­lu­tion. « Chré­tiens et mu­sul­mans mo­dé­rés doivent se ré­veiller », af­firme-t-il.

L’ac­cueil ré­ser­vé à la fa­mille Al-Zo­mor n’est pas le seul fac­teur à sou­le­ver les craintes, l’aide de­man­dée au cheikh sa­la­fiste Mo­ha­mad Has­san pour al­ler au village de Soul et apai­ser les mu­sul­mans de ce village qui em­pêchent les tra­vaux de re­cons­truc­tion de l’église a po­sé beau­coup de ques­tions. Et ce n’est pas tout. Amr Kha­led, une fi­gure très proche des Egyp­tiens. Il s’agit cette fois-ci de la li­bé­ra­tion de Mo­ha­mad, frère d’Ay­mane Al-Za­wah­ri, le nu­mé­ro 2 d’Al-Qaë­da. « On ne peut rien dire des li­bé­ra­tions qui ont eu lieu dans un cadre ju­ri­dique, sur­tout après la ré­vo­lu­tion qui avait pour slo­gan le res­pect des droits de l’homme et l’éga­li­té », af­firme l’avo­cat chré­tien Ka­mal Za­kher. Ce­pen­dant, il cri­tique plu­tôt leur ac­cueil mé­dia­tique in­jus­ti­fié sur les chaînes sa­tel­lites comme des hé­ros. « jeunes mu­sul­mans, avait un rôle aus­si dans cette crise de Soul.

Où est Al-Az­har ? Tous ces évé­ne­ments se sont dé­rou­lés en l’ab­sence d’Al-Az­har. Il est vrai que ce der­nier souffre ac­tuel­le­ment de conflits ad­mi­nis­tra­tifs et de grèves, mais ce­la ne l’au­rait pas em­pê­ché d’in­ter­ve­nir dans des in­ci­dents aus­si graves, sur­tout que pen­dant toute la pé­riode de la ré­vo­lu­tion, chré­tiens et mu­sul­mans étaient unis. « Il faut bien ou­vrir les yeux, sur­tout que les amen­de­ments de la Cons­ti­tu­tion donnent la chance à Ab­boud de se pré­sen­ter comme can­di­dat aux pré­si­den­tielles et l’in­ter­dit au prix No­bel Ah­mad Zo­weil, qui est ma­rié à une étran­gère », s’étonne Ka­mal Za­kher.

Mais fi­na­le­ment, quelle est la dif­fé­rence entre tous ces mou­ve­ments et qu’est-ce qui em­pêche leur union ? Les Frères mu­sul­mans sont le groupe le plus an­cien. Ce mou­ve­ment est né en 1928 sous man­dat bri­tan­nique par Has­san Al-Ban­na, qui pen­sait que l’Egypte était trop in­fluen­cée par l’Oc­ci­dent. Ain­si, il sou­hai­tait im­po­ser les va­leurs mu­sul­manes en s’ap­puyant sur le pou­voir po­li­tique. Les Frères savent très bien s’in­fil­trer au sein de la population. Cette der­nière compte en­vi­ron 40 % d’Egyp­tiens vi­vant en des­sous du seuil de pau­vre­té. Les Frères dis­tri­buent des aides per­ma­nentes à ces pauvres, no­tam­ment en l’ab­sence to­tale de l’Etat et de ré­formes. Les Frères mu­sul­mans, qui ont bien com­pris le jeu de la po­li­tique, ont conclu que pour rem­por­ter les élec­tions, il suf­fit de pro­mou­voir les oeuvres so­ciales. La Ga­maa is­la­miya, par contre, est un mou­ve­ment fon­da­men­ta­liste égyp­tien créé en 1973 dans l’ob­jec­tif de ren­ver­ser le ré­gime et d’en ins­tau­rer un autre is­la­mique. En 1980, le cheikh Omar Ab­del-Rah­mane, son chef spi­ri­tuel, pu­blie une fat­wa qui condamne à mort le pré­sident dé­funt Anouar Al-Sa­date après la si­gna­ture de l’ac­cord de paix avec Is­raël. L’iro­nie du sort a vou­lu que ce soit le pré­sident Sa­date lui-même qui donne une cer­taine li­ber­té aux groupes is­la­mistes, pour lut­ter contre les mou­ve­ments nas­sé­rien ou de gauche. En 1997, Na­gueh Ibra­him, membre de la Ga­maa, a lan­cé à par­tir de sa cel­lule l’ini­tia­tive de l’ar­rêt de la vio­lence. Mais au cours de la même an­née, et comme ré­ponse à cette ini­tia­tive, un at­ten­tat san­glant a eu lieu à Lou­q­sor, au sud du Caire, dans le temple de Hat­chep­sout, et qui a pro­vo­qué la mort de plus de 45 tou­ristes étran­gers. Cette ini­tia­tive n’a pas été ac­cep­tée par le Dji­had, un mou­ve­ment fon­dé en 1979 par Ab­del-Sa­lam Fa­rag et di­ri­gé par Ab­boud Al-Zo­mor. Quant au sa­la­fisme, c’est le mou­ve­ment wah­ha­bite saou­dien qui se cache der­rière et qui n’a ja­mais réus­si à s’im­plan­ter en Egypte. Mal­gré tous les obs­tacles dres­sés par l’an­cien ré­gime face à ces mou­ve­ments is­la­mistes, ils ont émer­gé comme un dé­luge. Cer­tains es­timent que la plu­part de ces groupes se targue de tra­vailler sous cou­vert de l’is­lam alors qu’ils donnent un mau­vais exemple du mu­sul­man.

« Ces mou­ve­ments fi­ni­ront par se mettre en conflit », af­firme Amr Ha­chem, cher­cheur au Centre des Etudes Po­li­tiques et Stra­té­giques (CEPS) d’Al-Ah­ram. Il ex­clut qu’ils ar­rivent à la tête du pays. « Le maxi­mum que les is­la­mistes puissent faire c’est de rem­por­ter 40 % des sièges du Par­le­ment. Il existe un vrai mou­ve­ment po­li­tique au sein de la so­cié­té et ils n’ont plus leur po­pu­la­ri­té d’an­tan », ajoute Ha­chem. « Je pense qu’on va avoir plus de mou­ve­ments is­la­mistes face à la li­ber­té of­ferte par le Con­seil su­prême des forces ar­mées », ex­plique pour sa part Ha­ni Sem­ra, un po­li­to­logue.

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.