Cou­purres de pr­resse

Les édi­to­ria­listes dis­cutent sur les rai­sons du oui mas­sif. Les is­la­mistes sont poin­tés du doigt pour avoir in­fluen­cé les élec­teurs en usant de la re­li­gion. Les confré­ries sou­fies les ac­cusent de s’en prendre aux mau­so­lées. Et des ONG des droits de l’homm

Al Ahram Hebdo - - Egypte - Na­jet Bel­ha­tem

Dans le quo­ti­dien Al-Mas­ry Al-Youm, So­li­man Gou­da écrit dans sa chronique que si le ré­fé­ren­dum n’a pas connu de fraudes, il a néan­moins connu des pres­sions pour in­fluen­cer les élec­teurs, « sur­tout de la part des Frères mu­sul­mans et du cou­rant is­la­miste en gé­né­ral … Et étant, le Con­seil mi­li­taire peut ima­gi­ner la di­men­sion de cette in­fluence lors des élec­tions lé­gis­la­tives. Le Con­seil doit trou­ver une brèche, si l’on peut dire, pour un double ob­jec­tif : d’abord em­pê­cher que ce­la ne se re­pro­duise plus, et en­suite re­mettre le pays à un pré­sident ci­vil élu ».

Cet avis ré­sume le point de vue de beau­coup, sur­tout les adeptes du non aux amen­de­ments consti­tu­tion­nels. Ils ont poin­té du doigt les agis­se­ments des Frères mu­sul­mans qui ont usé de la re­li­gion pour convaincre les gens en leur fai­sant croire que dire oui est une obli­ga­tion re­li­gieuse et une dé­fense de l’ar­ticle 2 de la Cons­ti­tu­tion, qui sti­pule que la cha­ria est la source prin­ci­pale de la lé­gis­la­tion. Al-Mas­ry Al-Youm et d’autres jour­naux ont rap­por­té que les or­ga­ni­sa­tions des droits de l’homme re­grou­pées dans « Ob­ser­va­teurs sans fron­tières » ont sou­li­gné que « 40 % des ir­ré­gu­la­ri­tés concernent les Frères mu­sul­mans et les cou­rants is­la­mistes ». Mais un ar­ticle pa­ru dans Al-Ba­dil on­line re­met les choses dans le cadre du prag­ma­tisme po­li­tique. Son jeune au­teur Ah­mad Sa­mir ex­plique que ce sont les in­té­rêts qui ex­pliquent l’ac­tion po­li­tique. « Ceux de la tranche qui a dit oui étaient plus com­plexes et plus im­por­tants que ceux de la tranche du non. Se­lon lui, les Frères avaient tout in­té­rêt au oui, car il per­met un ca­len­drier pré­cis pour le dé­part des est de­meu­rée ou­verte. Des in­jec­tions an­ti-dou­leurs aux per­sonnes ar­rê­tées après des séances de tor­tures ». En ré­ac­tion à cet ar­ticle, une ma­jo­ri­té d’in­ter­nautes ont re­fu­sé de croire que l’ar­mée puisse pro­cé­der ain­si, d’autres ont ac­cu­sé les or­ga­ni­sa­tions et les plai­gnants de vou­loir ré­pandre la zi­za­nie entre le peuple et l’ar­mée. Seule une in­fime mi­no­ri­té a de­man­dé ti­mi­de­ment qu’une en­quête soit ou­verte pour connaître la vé­ri­té !

Pour re­ve­nir aux cou­rants is­la­mistes, on ap­prend par le jour­nal Al-Sho­rouk que même les confré­ries sou­fies qui réunissent, rap­pe­lons-le, 10 mil­lions d’adeptes, se sentent me­na­cées par les ex­cès de zèle des pre­miers. « Elles ont aver­ti, lors d’une réunion à huis clos, qu’elles ne per­met­traient pas que ces cou­rants s’at­taquent à leurs mos­quées et mau­so­lées. Dans un com­mu­ni­qué, le Con­seil su­prême des confré­ries a dé­cla­ré qu’il est en réunion per­ma­nente pour faire face aux at­taques des cou­rants fon­da­men­ta­listes ». Il est à no­ter que ces cou­rants consi­dèrent toute vé­né­ra­tion des saints et des per­son­na­li­tés re­li­gieuses comme un acte illi­cite re­le­vant de l’apos­ta­sie. « Le ré­dac­teur en chef de la re­vue Al-Sou­fiya a ap­pe­lé à ex­ploi­ter le mou­led d’Al-Hus­sein pour or­ga­ni­ser une ma­ni­fes­ta­tion mi­lio­niya qui réunit un mil­lion de per­sonnes pour stop­per le mas­sacre contre les mau­so­lées »! C’est l’Egypte après 30 ans de mu­se­lière, un vol­can d’avis et d’avis contraires. De quoi faire peur par­fois ? Peut-être. Mais qui a dit que la li­ber­té était un long fleuve tran­quille ?

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