L’uni­té nationale après la ré­vo­lu­tion égyp­tienne

Al Ahram Hebdo - - Opinion -

QUELQUES se­maines avant l’in­cen­die cri­mi­nel de l’église du village de Soul et le sit-in des coptes de­vant le bâ­ti­ment de la té­lé­vi­sion à Mas­pe­ro, le lec­teur Mé­gal­li Guir­guis m’a écrit : « Nous sommes là, nous les coptes ». Il fai­sait ain­si al­lu­sion à ce que j’ai écrit sur les mis­sions pres­santes de l’Egypte après la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier, qui se ré­sument en l’ins­tau­ra­tion d’un ré­gime po­li­tique dé­mo­cra­tique et d’un Etat non-mi­li­taire et non-re­li­gieux. Ce­la, en com­men­çant par l’ap­pro­ba­tion d’une nou­velle Cons­ti­tu­tion qui pro­tège les droits ci­toyens, in­cluant les li­ber­tés et les de­voirs po­li­tiques, éco­no­miques, sociaux et cultu­rels.

Dans ce contexte, il ne faut pas ces­ser de ré­pé­ter que l’usur­pa­tion des droits de citoyenneté a été la prin­ci­pale force mo­trice de la ré­vo­lu­tion de la di­gni­té égyp­tienne du 25 jan­vier. Cette ré­vo­lu­tion a concré­ti­sé l’uni­té nationale égyp­tienne de­puis qu’elle a été lan­cée par les jeunes, adop­tée par le peuple et pro­té­gée par l’ar­mée. Par ailleurs, ce qui ex­plique le plus les ten­ta­tives qui ne cessent d’en­flam­mer la sé­di­tion confes­sion­nelle après la ré­vo­lu­tion c’est le sen­ti­ment des chré­tiens d’Egypte qu’ils ne jouissent pas de tous les droits de la citoyenneté. Ce sen­ti­ment est nour­ri en par­tie par des vé­ri­tés et en ma­jo­ri­té par des in­ci­ta­tions ma­lignes, ain­si que par la pen­sée adop­tée par les groupes de l’is­lam po­li­tique. Ce­la, bien que cette pen­sée soit contrée par la so­li­di­té de l’uni­té nationale égyp­tienne.

La dé­ci­sion des forces ar­mées égyp­tiennes d’en­ga­ger un dia­logue avec les re­pré­sen­tants des coptes d’Egypte a ré­fu­té leur pré­ten­du par­ti pris pour les forces de l’is­lam po­li­tique dans la for­ma­tion de la com­mis­sion des amen­de­ments consti­tu­tion­nels. Ce­pen­dant, l’ins­tau­ra­tion de la pro­tec­tion de la citoyenneté égyp­tienne et celle de l’uni­té nationale né­ces­sitent que la nou­velle loi des par­tis soit ra­di­cale dans l’in­ter­dic­tion de la fon­da­tion de par­tis ba­sés sur des fon­de­ments re­li­gieux, in­vi­tant à un Etat re­li­gieux ou por­tant at­teinte aux prin­cipes des droits ci­toyens. La pro­tec­tion de la ré­vo­lu­tion nationale dé­mo­cra­tique égyp­tienne né­ces­site donc l’ac­ti­va­tion du rôle des cher­cheurs, pen­seurs, in­tel­lec­tuels et hommes de mé­dias pour lut­ter contre l’igno­rance des fon­de­ments de l’uni­té nationale. J’avais dé­jà contri­bué à cette mis­sion avant la ré­vo­lu­tion à tra­vers de nom­breux ar­ticles, où j’ai écrit que le cé­lèbre slo­gan des Egyp­tiens « la re­li­gion pour Dieu et la na­tion pour tous » n’est pas né de la Ré­vo­lu­tion de 1919 mais est plu­tôt le fon­de­ment de la com­po­si­tion de l’Egypte il y a plus de 5 000 ans. C’est-à-dire lorsque les Egyp­tiens ont fon­dé, mal­gré la di­ver­si­té de leurs croyances, le pre­mier Etat cen­tral et la pre­mière na­tion unie dans l’histoire de l’hu­ma­ni­té. Ac­cep­ter et res­pec­ter l’autre étaient le fon­de­ment de l’union entre la Haute-Egypte et le Del­ta.

Les jeunes de la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier, mu­sul­mans et coptes ain­si, que le peuple qui a adop­té la ré­vo­lu­tion et l’ar­mée qui l’a pro­té­gée doivent se sou­ve­nir de trois réa­li­tés im­por­tantes.

D’abord, il est in­con­tes­table que les prin­cipes re­li­gieux ont tou­jours été le prin­ci­pal com­po­sant des va­leurs égyp­tiennes, même avant qu’ils ne de­viennent mu­sul­mans ou coptes. Ce­pen­dant, l’Egypte n’a ja­mais connu d’Etat re­li­gieux, c’est-à-dire un pou­voir des hommes de re­li­gion ou un pou­voir au nom de la re­li­gion, si ce n’est à l’époque pha­rao­nique sous la XXIe dy­nas­tie lorsque les prêtres ont gou­ver­né l’Egypte au nom d’Amoun-Rê. Quant à la re­li­gion, ses prin­cipes et va­leurs, les Egyp­tiens les connaissent de­puis la nuit des temps, lorsque les Egyp­tiens ont cru en la ré­sur­rec­tion et le ju­ge­ment der­nier des mil­liers d’an­nées avant les re­li­gions cé­lestes. Rap­pe­lons que c’est en Egypte, qui a adop­té le chris­tia­nisme, que l’Eglise d’Alexan­drie a été le foyer de la ré­sis­tance nationale contre l’oc- cu­pa­tion ro­maine et que c’est l’Egypte qui a adop­té l’is­lam d’Al-Az­har au Caire qui est de­ve­nu le mi­na­ret contre les croi­sades et les conquêtes mon­goles.

En­suite, l’Egypte, tout au long de son histoire chré­tienne et mu­sul­mane, a été ré­gie par un Etat ci­vil. Nous ne de­vons pas éva­luer les di­ri­geants, étran­gers ou na­tio­naux, se­lon leurs pré­ten­tions sur la pro­tec­tion ap­por­tée au chris­tia­nisme ou sur l’ap­pli­ca­tion de la cha­ria is­la­mique. Nous de­vons plu­tôt les éva­luer se­lon le bien ou le mal qu’ils ont ap­por­té au pays et la jus­tice ou l’in­jus­tice avec les­quelles ils ont gou­ver­né les ci­toyens. L’uni­té nationale et po­li­tique de la na­tion égyp­tienne n’a ja­mais connu de di­vi­sion, car le slo­gan « la re­li­gion pour Dieu et la na­tion pour tous »a tou­jours été le fon­de­ment de sa com­po­si­tion jus­qu’à cette der­nière ré­vo­lu­tion. N’ou­blions pas les as­pects d’uni­té nationale qu’a connus la place Tah­rir, mal­gré les ten­sions confes­sion­nelles qu’avait connues le pays avant la ré­vo­lu­tion. L’Egypte de l’ave­nir qui se forme de­vant nos yeux avec le sang des mar­tyrs de la ré­vo­lu­tion ne se re­lè­ve­ra que sur les prin­cipes de la citoyenneté.

En­fin, l’Egypte n’a ja­mais connu de fa­na­tisme re­li­gieux, ni de guerres re­li­gieuses san­glantes ou de mas­sacres confes­sion­nels comme ceux qu’a connus l’Eu­rope par exemple. La per­sé­cu­tion re­li­gieuse ain­si que l’adop­tion de la secte chiite, bien qu’ex­trê­me­ment rares, nous ve­naient tou­jours de l’ex­té­rieur et dis­pa­rais­saient ra­pi­de­ment. L’Egypte n’a ja­mais connu de vé­ri­table sé­di­tion confes­sion­nelle. C’est la di­ver­si­té des re­li­gions qui a anéan­ti le fa­na­tisme re­li­gieux, en­gen­dré la co­exis­tence et ap­por­té la to­lé­rance comme une né­ces­si­té vi­tale. Si les crises sont un vé­ri­table test pour l’uni­té nationale, les coptes ont prou­vé qu’ils ne sont pas moins égyp­tiens, ni moins pa­trio­tiques que les mu­sul­mans.

Pré­ci­sons pour ter­mi­ner que l’Egypte ne souffre ni d’un pro­blème confes­sion­nel ni d’un pro­blème de mi­no­ri­té. Ce sont là des pré­ten­tions fa­bri­quées de toutes pièces par le co­lo­nia­lisme ou par les po­li­tiques dé­chues, comme l’a écrit Ga­mal Ham­dane dans son livre, La per­son­na­li­té de l’Egypte

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