La nou­velle Cons­ti­tu­tion

Al Ahram Hebdo - - Opinion -

J’ AI ÉTÉ par­mi les pre­miers à ap­pe­ler à l’ins­tau­ra­tion d’une nou­velle Cons­ti­tu­tion dé­mo­cra­tique en Egypte. Il faut rem­pla­cer la Cons­ti­tu­tion de 1971. Je l’ai fait de­puis 2002 quand j’étais char­gé, avec un groupe d’ex­perts de la Banque mon­diale, d’éla­bo­rer un rap­port sur le pou­voir dans le monde arabe.

Puisque mon rôle était d’écrire sur l’Egypte, ma pre­mière re­com­man­da­tion concer­nait la né­ces­si­té d’ins­tau­rer une nou­velle Cons­ti­tu­tion. Quelques jours avant le dé­but du dé­bat au­tour de l’amen­de­ment de l’ar­ticle 76 de la Cons­ti­tu­tion, j’ai écrit dans AlAh­ram un ar­ticle in­ti­tu­lé « La ré­vi­sion de la Cons­ti­tu­tion en Egypte ». J’ai aus­si écrit d’autres ar­ticles sur le même thème, po­sant le prin­cipe de l’im­por­tance de la Cons­ti­tu­tion, comme dans toutes les dé­mo­cra­ties réelles. Il est évident qu’une nou­velle Cons­ti­tu­tion consti­tue un pas im­por­tant pour l’Egypte dans son che­min vers un meilleur ave­nir.

Au­jourd’hui, le dé­bat a été ou­vert une nou­velle fois à l’oc­ca­sion du ré­fé­ren­dum sur les amen­de­ments consti­tu­tion­nels. Mais les cir­cons­tances ac­tuelles sont dif­fé­rentes. D’un cô­té, nous sommes en pleine ré­vo­lu­tion et la ques­tion prin­ci­pale est de sa­voir com­ment pas­ser d’une phase tran­si­toire — di­ri­gée par le Con­seil su­prême des forces ar­mées — à une di­rec­tion ci­vile dans un cli­mat plus calme. D’un autre cô­té, l’ins­tau­ra­tion d’une nou­velle Cons­ti­tu­tion né­ces­site un consen­sus na­tio­nal au­tour de nom­breux points en­core en sus­pens. Ces pro­blèmes né­ces­sitent la du­rée d’un man­dat pré­si­den­tiel en­tier pour être ré­glés. Les amen­de­ments ac­tuels consti­tuent un che­min vers un ré­gime ci­vil apte à ins­tau­rer une nou­velle Cons­ti­tu­tion.

Je ne sais pas pour­quoi il y a eu tant de dis­cus­sions au­tour de l’im- por­tance his­to­rique de l’amen­de­ment de l’ar­ticle 77 si nous al­lons nous mettre d’ac­cord sur un ré­gime ré­pu­bli­cain par­le­men­taire. En ef­fet, dans un ré­gime po­li­tique par­le­men­taire, le faible poids du pré­sident fait que la li­mi­ta­tion à deux man­dats ne pos­sède pas d’im­por­tance si­gni­fi­ca­tive. Dans le ré­gime par­le­men­taire, la per­son­na­li­té prin­ci­pale de l’Etat est le pre­mier mi­nistre : c’est le re­pré­sen­tant de la ma­jo­ri­té par­le­men­taire. Dans ce sys­tème rien n’em­pêche, au moins théo­ri­que­ment, que le pre­mier mi­nistre conti­nue à oc­cu­per son poste sans li­mi­ta­tion tem­po­relle. Quant au chan­ge­ment du pré­sident tous les quatre ou huit ans au maxi­mum, ce­la ne si­gni­fie pas grand-chose dans un ré­gime par­le­men­taire, car la pré­si­dence n’est qu’un poste ho­no­ri­fique et sym­bo­lique.

La li­mi­ta­tion à deux man­dats est

pha­rao­nique

seule­ment un avan­tage dans un ré­gime po­li­tique ré­pu­bli­cain dé­mo­cra­tique, comme aux Etats-Unis, dans la plu­part des Etats de l’Amé­rique du Sud et dans cer­tains Etats d’Eu­rope de l’Est. Là, le pré­sident de la ré­pu­blique a de fortes pré­ro­ga­tives : il pré­side le pou­voir exé­cu­tif et oc­cupe en même temps une po­si­tion sym­bo­lique et exé­cu­tive. Ses pré­ro­ga­tives sont ce­pen­dant li­mi­tées par le Par­le­ment, la Haute Cour et l’opi­nion pu­blique.

En Egypte, la culture po­li­tique « pha­rao­nique » ne re­con­naît le di­ri­geant ou le leader que s’il pos­sède des pou­voirs forts. Le ré­gime par­le­men­taire égyp­tien — avant la Ré­vo­lu­tion de 1952 — a échoué pour de nom­breuses rai­sons, dont une est le li­tige entre la lé­gi­ti­mi­té de la tête de l’Etat (c’est-àdire le roi) et celle du pre­mier mi­nistre élu. J’ap­pelle donc les Egyp­tiens à ne pas for­mer deux lé­gi­ti­mi­tés qui s’op­posent au sein même d’un seul Etat et à choi­sir un ré­gime pré­si­den­tiel dé­mo­cra­tique

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.