La ré­vo­lu­tion sur les planches

FES­TI­VAL Fa­nane men al-mi­dane (un ar­tiste de la place) est un fes­ti­val de mu­sique, chant, théâtre et drame cé­lé­brant la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier sur les planches du théâtre pri­vé Hou­sa­peer. La ma­ni­fes­ta­tion re­groupe jeunes ama­teurs et pro­fes­sion­nels.

Al Ahram Hebdo - - Arts - May Sé­lim

DE­PUIS UNE SE­MAINE, le théâtre pri­vé le Hou­sa­peer, au centre-ville, re­prend vie. Chaque soir à 18h, on est au ren­dez-vous. Au gui­chet, un jeune pu­blic ve­nu des quatre coins d’Egypte fait la queue pour ré­ser­ver des billets. On cé­lèbre la ré­vo­lu­tion avec Fa­nane men al­mi­dane (un ar­tiste de la place) par al­lu­sion à la place Tah­rir, un fes­ti­val or­ga­ni­sé par la so­cié­té Ra­wa­na. « La ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier a don­né nais­sance à de nou­veaux ta­lents et ar­tistes. L’idée est de les sou­te­nir et de mon­trer leurs arts au pu­blic », ain­si s’ex­prime Ol­fat Al-Gret­li, par­mi les or­ga­ni­sa­teurs du fes­ti­val. Et d’ajou­ter :« En co­opé­ra­tion avec Ar­wa Ka­dou­ri, pro­duc­trice, et Hos­sam AlG­ha­ra­baoui, homme de théâtre, nous nous sommes mis d’ac­cord afin de lan­cer un ap­pel aux jeunes. D’une cen­taine de can­di­dats, nous avons choi­si les meilleurs sur les planches ».

Des spec­tacles théâ­traux, du stand-up co­mé­die, des concerts, des ca­ri­ca­tures, des pein­tures, des courts mé­trages et des do­cu­men­taires. Les jeunes s’ex­priment de dif­fé­rentes ma­nières.

Le fes­ti­val a dé­bu­té par une soi­rée as­sez spé­ci­fique sous le titre Al-Ba­lad ba­lad­na (le pays est le nôtre), ani­mée par Ma­her Fayez et la cho­rale chré­tienne et Ali Al-Hel­baoui, fils du cheikh des moun­chi­dines Al-Hel­baoui et sa troupe Char­qi char­qi (orien­tal, orien­tal). Ain­si les voix de so­li­da­ri­té et de l’uni­té nationale chantent « Ô yeux tristes de l’Egypte », « Notre Egypte, mère du monde » …, des chan­sons où la voix de Fayez et sa mu­sique du luth se mêlent à celle mé­lo­dieuse du jeune Hel­baoui et aux airs orien­taux. « Ce n’est pas la pre­mière co­opé­ra­tion entre Ma­her Fayez et moi-même. On se ren­contre via la mu­sique pour lan­cer un mes­sage de paix et d’union nationale », sou­ligne Al-Hel­baoui.

Ma­her Fayez, qui a dé­jà ac­com­pa­gné les ré­vo­lu­tion­naires sur la place Tah­rir et qui a chan­té avec eux des can­tiques chré­tiens et des chan­sons pa­trio­tiques, s’est joint aux jeunes ar­tistes de cette ma­ni­fes­ta­tion. « Par­ti­ci­per à un fes­ti­val pa­reil nous rap­proche en­core des jeunes et du peuple et nous per­met de mieux com­mu­ni­quer avec eux ». Suite au suc­cès una­nime de ce concert, les or­ga­ni­sa­teurs du fes­ti­val ont pro­gram­mé une deuxième ren­contre Hel­baoui-Fayez pour la clô­ture.

Les chan­sons de la ré­vo­lu­tion, connues ou nou­velles, sont de mise. Le pro­gramme com­mence sou­vent par une sé­quence vi­déo, dif­fu­sée sur deux écrans ci­né­ma­to­gra­phiques, re­grou­pant les vi­déo­clips des chan­sons Ezay, Sout al­hor­riya, Ka­ra­met al-mas­ry, Eh­lam maaya et autres. Mal­gré les pro­blèmes tech­niques, la pro­jec­tion in­tro­duit les chan­sons et nou­velles com­po­si­tions des jeunes troupes et mu­si­ciens, comme le chan­teur Ah­mad Ta­na­ni qui dé­nonce la pas­si­vi­té d’au­cuns vis-à-vis de la ré­vo­lu­tion, ou les groupes mu­si­caux Be­gad, Ba­chayer, etc.

Neuf troupes théâ­trales sont aus­si au ren­dez­vous, pré­sen­tant des spec­tacles en rap­port avec la ré­vo­lu­tion. On adopte un lan­gage cri­tique et opte pour un théâtre en­ga­gé.

Et l’on re­trouve alors les troupes théâ­trales de la fa­cul­té de droit et de la fa­cul­té de com­merce de l’Uni­ver­si­té de Aïn-Chams. Leurs créa­tions sont sol­li­ci­tées par les jeunes, la troupe re­li­gieuse de l’Eglise évan­gé­lique et d’autres troupes plus in­dé­pen­dantes ou se­mi-pro­fes­sion­nelles, telles Soue ta­fa­hom.

Al-Ta­gro­ba, spec­tacle don­né par la troupe de la fa­cul­té de droit, évoque la vie des pri­son­niers et leurs gar­diens et le rap­port entre eux. Les bar­rières sont par­tout et contri­buent à créer une vraie plate-forme pour la pièce.

Dans Soue ta­fa­hom, de la troupe por­tant le même nom, l’idée est plu­tôt de pa­ro­dier les mé­dias qui ont cou­vert les évé­ne­ments de la ré­vo­lu­tion d’une ma­nière faus­sée.

Quant à Ea­tes­sam fa­nane (la grève d’un ar­tiste) de l’Eglise évan­gé­lique de Qo­la­ly qui se pro­dui­ra le 24 mars, il s’agit d’un mo­no­drame joué et mis en scène par Dany Ga­mal qui re­vient en­core sur l’idée de l’uni­té nationale et l’état du pays avant et après la ré­vo­lu­tion. « L’idée du fes­ti­val est as­sez im­por­tante. On a l’oc­ca­sion de faire quelque chose pour le pays. La plu­part d’entre nous n’étant pas cé­lèbres, le fes­ti­val per­met de se pro­duire sur scène et de cé­lé­brer la ré­vo­lu­tion, cha­cun à sa ma­nière », sou­ligne Ga­mal.

En co­opé­ra­tion avec le met­teur en scène Amr Ka­bil, Hou­sa­peer a or­ga­ni­sé un ate­lier de for­ma­tion pour les jeunes ama­teurs. Il s’agit de jeunes ve­nus des pro­vinces ou des aca­dé­mies ar­tis­tiques et qui n’ont ja­mais fait ap­pa­ri­tion sur scène. « J’étais ému de voir le grand nombre de jeunes ta­lents ve­nus pour jouer. Ils sont tous très en­thou­siastes et per­sistent à faire quelque chose en rap­port avec la ré­vo­lu­tion », évoque Amr Ka­bil. Cet ate­lier, com­men­cé il y a quelques se­maines, clô­tu­re­ra le fes­ti­val le 28 mars par le spec­tacle L’histoire de la place. En plus, l’ate­lier a don­né nais­sance à un nou­veau groupe ar­tis­tique di­ri­gé par Ka­bil, à sa­voir « Ar­tistes égyp­tiens » qui vise à réunir dif­fé­rents ar­tistes et à par­ti­ci­per à des ren­contres ar­tis­tiques par­tout en Egypte Jus­qu’au 28 mars, à par­tir du 18h au théâtre Hou­sa­peer, de la rue Al-Ga­laa, centre-ville. Tél. : 2578 0784

Al-Ta­gro­ba, entre pri­son­niers et gardes.

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