De l’eau avant tout

Al Ahram Hebdo - - Egypte - Ché­rif Al­bert

LA PRIO­RI­TÉ va aux voi­sins du Sud. Lors d’un pre­mier dé­pla­ce­ment à l’étran­ger après la chute du pré­sident Hos­ni Mou­ba­rak, le pre­mier mi­nistre Es­sam Cha­raf a ren­con­tré, lors d’une vi­site de trois jours, en­ta­mée di­manche, des hauts res­pon­sables du Nord et du Sud-Soudan en vue d’amé­lio­rer la co­opé­ra­tion po­li­tique et éco­no­mique entre Le Caire, Khar­toum et Ju­ba.

Cha­raf était ac­com­pa­gné des mi­nistres des Af­faires étran­gères, de l’Elec­tri­ci­té, de la Co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale, de l’Edu­ca­tion su­pé­rieure, de l’Agri­cul­ture et de l’In­dus­trie. L’ac­cent a été mis sur la si­gna­ture d’ac­cords de par­te­na­riat éco­no­mique et de re­la­tions bi­la­té­rales. Il s’agit de huit ac­cords qui concernent les do­maines du trans­port flu­vial et ter­restre, des in­ves­tis­se­ments, de l’élec­tri­ci­té et du pé­trole. Plu­sieurs firmes égyp­tiennes vont éga­le­ment ex­plo­rer les pos­si­bi­li­tés de créa­tion de nou­veaux pro­jets à Khar­toum et à Ju­ba dans cer­tains de ces do­maines.

M. Cha­raf a in­di­qué que l’Egypte était le troi­sième in­ves­tis­seur au Soudan (5,4 mds de US$), un chiffre « en-des­sous des am­bi­tions », et a évo­qué un ac­cord pour dé­ve­lop­per la sé­cu­ri­té ali­men­taire à tra­vers dif­fé­rents pro­jets agri­coles au Soudan. Le pre­mier mi­nistre égyp­tien a éga­le­ment dis­cu­té d’un cer­tain nombre de pro­jets de dé­ve­lop­pe­ment conjoints et a sou­li­gné la né­ces­si­té de res­ser­rer les liens sociaux entre les Egyp­tiens et les peuples du Nord et du SudSou­dan.

Dé­crite comme une preuve de la « vo­lon­té de l’Egypte de ren­for­cer ses liens avec ses frères arabes et afri­cains, et un té­moi­gnage des re­la­tions his­to­riques entre l’Egypte et ses voi­sins du sud », cette vi­site, se­lon les ob­ser­va­teurs, tra­dui­rait avant tout l’in­quié­tude de l’Egypte sur l’ave­nir de ses ré­serves d’eau.

Chan­ge­ment de stra­té­gie « Sous l’ex-pré­sident Hos­ni Mou­ba­rak, l’Egypte a si­gné 19 ac­cords de par­te­na­riat avec le Soudan. Les deux pays ont for­mé de hauts co­mi­tés et des com­mis­sions conjointes, mais rien de tout ce­la n’a eu de ré­sul­tat concret sur le ter­rain », es­time Ha­ni Ras­lane, spé­cia­liste de l’Afrique au Centre des Etudes Po­li­tiques et Stra­té­giques (CEPS) d’Al-Ah­ram, mi­ni­mi­sant ain­si les vi­sées dites de par­te­na­riat de cette vi­site. Se­lon lui, « les eaux du Nil ré­sument l’ob­jec­tif prin­ci­pal de cette vi­site. C’est un sou­ci com­mun pour l’Egypte et le Soudan, sur­tout après la si­gna­ture par le Bu­run­di — pen­dant que l’Egypte était oc­cu­pée par sa ré­vo­lu­tion — du nou­vel ac­cord sur le par­tage des eaux du Nil, per­met­tant ain­si son en­trée en vi­gueur ». Ras­lane sou­ligne l’in­clu­sion du Sud-Soudan dans cette vi­site of­fi­cielle, pour étayer son ana­lyse.

A ce pro­pos, le mi­nistre des Af­faires étran­gères, Na­bil Al-Ara­bi, a af­fir­mé que l’Egypte re­con­naî­tra le Sud-Soudan comme Etat in­dé­pen­dant. Jus­qu’à pré­sent, les au­to­ri­tés sud-sou­da­naises n’ont pas dé­voi­lé leur po­si­tion sur la ques­tion des eaux du Nil. Mais la plu­part des ana­lystes es­timent que le Sud-Soudan de­vrait être proche de ses al­liés est-afri­cains, qui ont si­gné un nou­veau trai­té qui doit as­su­rer, se­lon eux, une plus juste ré­par­ti­tion des eaux du plus grand fleuve afri­cain.

La construc­tion, en sus­pens de­puis près de 30 ans, du ca­nal de Jon­glei dans le Sud-Soudan était l’un des su­jets qui ont été dis­cu­tés à Ju­ba. « Nous vou­lons com­men­cer la construc­tion du ca­nal de Jon­glei parce que c’est une prio­ri­té ma­jeure. Il peut four­nir 4 mil­liards de m3 d’eau du Nil » par an, a ex­pli­qué le porte-pa­role du ca­bi­net, Mag­di Ra­di.

Les tra­vaux de creu­se­ment du ca­nal (360 km), qui drai­ne­rait l’eau des ma­rais dans l’Etat de Jon­glei et ache­mi­ne­rait l’eau vers le Nil Blanc, avaient dé­bu­té en 1978, avant d’être aban­don­nés six ans plus tard, suite à un raid de re­belles su­distes sur le chan­tier.

D’après Ras­lane, la stra­té­gie de l’Egypte — qui consis­tait à faire pres­sion sur les do­na­teurs pour em­pê­cher les pays si­tués en amont du Nil de construire des pro­jets hy­drau­liques, tout en conti­nuant à dis­sua­der ces pays de si­gner le nou- vel ac­cord de par­tage des eaux — a mon­tré ses li­mites. « Une nou­velle stra­té­gie — que confirme la vi­site au Soudan — de­vient in­dis­pen­sable. Mais ses traits ne sont pas en­core iden­ti­fiables », ajoute le cher­cheur.

Dé­jà, le pre­mier mi­nistre a an­non­cé que sa vi­site au Soudan al­lait être sui­vie par d’autres vi­sites dans des pays afri­cains, no­tam­ment ceux du Bas­sin du Nil. « Nous al­lons faire une nou­velle pro­po­si­tion aux pays du Bas­sin du Nil (...) et nous es­pé­rons trou­ver une so­lu­tion qui ne lèse au­cune na­tion », a dé­cla­ré sans plus de dé­tails à Khar­toum le mi­nistre égyp­tien des Res­sources hy­drau­liques et de l’Ir­ri­ga­tion, Hus­sein Eh­san Al-At­fi. L’eau est une res­source vi­tale pour l’Egypte, mais son droit à uti­li­ser la ma­jeure par­tie des eaux du Nil est for­te­ment re­mis en cause de­puis plu­sieurs an­nées. L’ac­cord est ju­gé in­équi­table par les pays en amont du fleuve, mais l’Egypte ne peut se pas­ser de cette res­source. Les fu­turs ar­ran­ge­ments de­vront te­nir compte de cette né­ces­si­té

A Jon­glei, un pro­jet de ca­nal est des­ti­né à drai­ner l’eau des ma­rais vers le Nil Blanc.

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