Cou­purres de pr­resse

Coup de pro­jec­teur sur la post-ré­vo­lu­tion avec son dé­luge d’in­for­ma­tions re­prises par une presse qui ne rate pas le moindre dé­tail. Et aus­si sur la contre-ré­vo­lu­tion. Cette se­maine, voi­ci quelques échan­tillons pris au vo­let.

Al Ahram Hebdo - - Egypte - Na­jet Bel­ha­tem

Ce­lui qui a qua­li­fié les ré­vo­lu­tions dans le monde arabe de prin­temps arabe avait to­ta­le­ment tort. D’abord, parce que ces ré­vo­lu­tions ont com­men­cé en hi­ver ; en­suite, qui dit prin­temps dit bour­geon­ne­ment et éclo­sion joyeuse, or l’arbre porte une su­perbe fleur ap­pe­lée li­ber­té mais seul pro­blème : elle peine en­core à dif­fu­ser son par­fum ! Pes­si­miste, di­rez-vous. Pas du tout, plu­tôt réa­liste et pas du tout idéa­liste. Les ré­vo­lu­tions, on l’a bien com­pris sur­tout en Tu­ni­sie et en Egypte, sont ro­man­tiques, por­tées par le rêve qui, pour une fois dans ce monde arabe tant ha­bi­tué à la dé­cep­tion et l’avor­te­ment, a abou­ti. Ce­pen­dant, comme dans un ma­riage après les amours, les ébats et le ro­man­tisme, il faut gé­rer le quo­ti­dien. Et vous l’au­rez com­pris, ce n’est pas une si­né­cure. A suivre la presse, les ré­seaux sociaux, les dé­ve­lop­pe­ments po­li­tiques, c’est un foi­son­ne­ment d’in­for­ma­tions, de dé­cla­ra­tions, de ré­vé­la­tions de nou­velles lois. Le cou­vercle est le­vé et tout dé­borde. Et dans tout ce mag­ma, un nou­veau terme : la contre-ré­vo­lu­tion, vient pe­tit à pe­tit vo­ler la ve­dette à la ré­vo­lu­tion. Il y a des groupes contre-ré­vo­lu­tion, des ar­ticles en sé­rie et des ré­vé­la­tions comme celles pu­bliées par le quo­ti­dien Al-Sho­rouk en dé­but de se­maine : « Des sources gou­ver­ne­men­tales nous ont ap­pris que des ré­vé­la­tions sont dé­voi­lées chaque jour sur l’in­fluence des pro contre-ré­vo­lu­tion. L’ac­ti­vi­té de ces der­niers ne se li­mite plus à dé­clen­cher les ma­ni­fes­ta­tions et les grèves, mais s’est éten­due à l’in­té­rieur de cer­tains mi­nis­tères ». Le jour­nal rap­porte que le chef du gou­ver­ne­ment, Es­sam Cha­raf, se plaint de la len­teur et de la fai­blesse de l’ac­tion de ces mi­nis­tères et que le feu co­mi­té des po­li­tiques, pré­si­dé à l’époque par Ga­mal Mou­ba­rak, a im­plan­té des cadres au sein de plu­sieurs mi­nis­tères qui au­jourd’hui di­rigent la contre-ré­vo­lu­tion. Le ci­toyen lamb­da di­rait aus­si­tôt et il le dit vrai- ciers de la po­lice dont ceux de la garde per­son­nelle. Le jour­nal fait éga­le­ment état de plu­sieurs dé­pas­se­ments en ce qui concerne l’en­voi de chei­khs à l’étran­ger et même les fonds de l’au­mône lé­gale. « Un état de bouillon­ne­ment règne à Al-Az­har », com­mente Al-Wafd.

Et comme si ce lot d’in­for­ma­tions dé­ver­sé quo­ti­dien­ne­ment par les mé­dias et la presse ne suf­fi­sait pas, les mou­ve­ments sa­la­fistes en­trés en jeu avec force ces der­nières se­maines se sont taillés un cer­tain nombre des unes de jour­naux. Après le cheikh Yaa­coub qui a qua­li­fié le oui du ré­fé­ren­dum comme un oui pour l’ap­pli­ca­tion de la re­li­gion et qui a in­vi­té ceux qui ne sont pas contents de de­man­der un vi­sa pour un autre pays, il y a eu la nou­velle de l’homme (copte en l’oc­cur­rence) qui a vu son oreille cou­pée par un groupe de sa­la­fistes dans le gou­ver­no­rat de Qé­na en Haute-Egypte pour mau­vaises moeurs. Dans Al-Ah­ram, on ap­prend cette se­maine que le cheikh d’Al-Az­har a dé­ci­dé de le soi­gner à ses frais et que ce ci­toyen, qui a dé­po­sé une plainte au dé­part, a re­mis un do­cu­ment de ré­con­ci­lia­tion avec ses bour­reaux. Com­men­taire du cher­cheur Amr AlC­hou­ba­ki dans Al-Mas­ry Al-Yom :« Le dan­ger ac­tuel­le­ment ne ré­side pas dans l’exis­tence de quelques fon­da­men­ta­listes mais dans l’in­ca­pa­ci­té de l’Etat à les pu­nir. C’est l’ab­sence de la vo­lon­té et de l’ima­gi­na­tion. Comme si nous vi­vions en­core sous Mou­ba­rak ! ». Les sa­la­fistes n’ont pas tar­dé à ré­ci­di­ver. « 350 sa­la­fistes ont en­cer­clé la mai­son d’une femme (ac­cu­sée de moeurs lé­gères) à Mé­nou­fiya. Ils l’ont chas­sée, je­té ses meubles et ont brû­lé sa mai­son. Ils l’ont me­na­cée de mort si ja­mais elle es­saye de re­ve­nir sur les lieux », a rap­por­té Al-Mas­ry Al-Yom de di­manche. De quoi noir­cir d’autres pages de jour­naux et de nour­rir d’autres débats

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