L’in­con­trô­lable ef­fet do­mi­no

SYRIE Le pays est tou­ché par le tsu­na­mi ré­vo­lu­tion­naire qui ra­vage le monde arabe, mais sa mo­saïque eth­nique et re­li­gieuse rend dif­fi­cile l’ana­lyse de l’ave­nir po­li­tique.

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - Inès Eis­sa

Le­pré­sident Ba­char Al-As­sad, confron­té à la plus grande vague de contes­ta­tion de son ré­gime en 11 ans de pou­voir, voit les ma­ni­fes­ta­tions s’étendre dans le pays. S’ins­pi­rant des ré­vo­lu­tions tu­ni­sienne et égyp­tienne, les di­zaines de mil­liers de per­sonnes qui ont par­ti­ci­pé aux obsèques des ma­ni­fes­tants tués cette se­maine ont scan­dé « Li­ber­té » à l’is­sue des prières du ven­dre­di. Les in­for­ma­tions en pro­ve­nance de Lat­ta­quié, im­por­tant port stra­té­gique du nordouest du pays et une des villes les plus pros­pères de Syrie et peu­plée de sun­nites, chré­tiens et al­laouites, laissent pen­ser que les troubles par­tis de De­raa, dans le sud bas­tion de la ma­jo­ri­té sun­nite, se pro­pagent à tra­vers le pays.

Ain­si, après la dé­mo­li­tion de la sta­tue de Ha­fez Al-As­sad, père de l’ac­tuel pré­sident, des membres des forces de l’ordre en ci­vil ont ou­vert le feu sur les ma­ni­fes­tants à par­tir de bâ­ti­ments alen­tour. La foule d’en­vi­ron 3 000 per­sonnes s’est alors dis­per­sée sous une pluie de balles et de gre­nades la­cry­mo­gènes. En outre, il y avait aus­si des troubles à Da­mas et Ha­ma.

Bous­sai­na Chaa­bane, pre­mière col­la­bo­ra­trice du pré­sident As­sad, a dé­cla­ré que « le pays était la cible d’un plan vi­sant à se­mer la discorde entre les com­mu­nau­tés afin de ve­nir à bout du mo­dèle unique de co­exis­tence ». Elle a dit re­gret­ter que les mé­dias jouent le rôle de mo­bi­li­sa­teur contre la Syrie, en ra­con­tant une par­tie et non pas toute la vé­ri­té. De plus, « les au­to­ri­tés sy­riennes al­laient très ra­pi­de­ment ré­pondre aux re­ven­di­ca­tions justes et lé­gi­times du peuple sy­rien », a dé­cla­ré Mme Chaa­bane. Elle a aus­si ac­cu­sé cer­tains ré­fu­giés pa­les­ti­niens du camp de Ra­mel, proche de Lat­ta­quié, d’avoir vou­lu créer la fit­na (dis­sen­sion confes­sion­nelle) en ti­rant sur les forces de sé­cu­ri­té et sur les ma­ni­fes­tants afin de faire mon­ter la ten­sion entre eux.

Evi­ter une confron­ta­tion De son cô­té, le se­cré­taire gé­né­ral du Front Po­pu­laire de Li­bé­ra­tion de la Pa­les­ti­neCom­man­de­ment Gé­né­ral (FPLP-CG) a dé­men­ti toute im­pli­ca­tion de Pa­les­ti­niens du camp de Ra­mel dans les évé­ne­ments de sa­me­di. Se­lon l’In­ter­na­tio­nal Crises Group, As­sad pour­rait faire de nou­velles conces­sions afin d’évi­ter une confron­ta­tion et lan­cer des ré­formes po­li­tiques et éco­no­miques. « La Syrie se trouve à ce qui pour­rait être un tour­nant de son ré­gime », a dit l’or­ga­ni­sa­tion. Se­lon les spé­cia­listes, il existe seule­ment deux op­tions : l’une im­plique une ini­tia­tive im­mé­diate et po­li­ti­que­ment ris­quée qui pour­rait convaincre le peuple sy­rien que le ré­gime sou­haite s’en­ga­ger dans des chan­ge­ments spec­ta­cu­laires. L’autre en­traîne une ré­pres­sion qui a toute les chances de me­ner à une is­sue san­glante et odieuse.

Dans un élan de conces­sions, la Syrie a dé­ci­dé d’abro­ger la loi d’ur­gence en vi­gueur de­puis près de 50 ans qui res­treint les li­ber­tés pu­bliques. « Je ne sais pas quand elle se­ra mise en ap­pli­ca­tion », a ce­pen­dant ré­vé­lé la conseillère de Ba­char, Mme Chaa­bane. En pré­ci­sant qu’aus­si­tôt après l’abro­ga­tion de cette loi, toutes les per­sonnes ar­rê­tées en ver­tu de cette loi se­ront li­bé­rées.

Ab­del­ha­lim Khad­dam, an­cien vice-pré­sident sy­rien, qui a quit­té en 2005 le par­ti Baas et qui n’est pas très po­pu­laire dans l’op­po­si­tion en rai­son de son rôle pas­sé au ser­vice du pou­voir, a dé­cla­ré sa­me­di que le sang des mar­tyrs ba­laie­ra ce ré­gime. Il a de même ap­pe­lé les forces ar­mées à faire un choix pa­trio­tique en di­sant clai­re­ment si elles sont avec le peuple ou avec la fa­mille au pou­voir. Autre fi­gure de l’op­po­si­tion sy­rienne, Maa­moun Al-Hom­si, exi­lé, a ex­hor­té la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale à in­ter­ve­nir pour mettre un terme au mas­sacre des ci­vils. La ré­pres­sion de ma­ni­fes­ta­tions a été condam­née par la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale mais les ob­ser­va­teurs ne croient pas à une in­ter­ven­tion mi­li­taire en Syrie, al­liée de l’Iran et im­pli­quée dans les mul­tiples points chauds de la ré­gion

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