Le chan­ge­ment se fait at­tendre

JOR­DA­NIE Le roi et son pre­mier mi­nistre campent sur leurs po­si­tions, la rue et les mou­ve­ments d’op­po­si­tion pour­suivent leurs de­mandes de ré­formes.

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - Ma­ha Salem

Peu de chan­ge­ment po­li­tique en Jor­da­nie. Le Par­le­ment a an­non­cé di­manche avoir re­je­té les ap­pels à une mo­nar­chie consti­tu­tion­nelle alors que le roi Ab­dal­lah a ap­pe­lé à main­te­nir l’uni­té nationale. « Le roi tient ses pou­voirs de la Cons­ti­tu­tion et la chambre basse veille­ra à ce qu’il reste puis­sant, afin de pré­ser­ver l’iden­ti­té jor­da­nienne et la Cons­ti­tu­tion », ont in­di­qué les dé­pu­tés dans un com­mu­ni­qué. « La chambre basse du Par­le­ment ap­pelle au dia­logue et sou­ligne l’im­por­tance de pro­té­ger la li­ber­té d’ex­pres­sion, mais elle re­jette le chan­tage po­li­tique », pour­suit le texte. Ces dé­ci­sions ont été prises deux jours après des af­fron­te­ments à Am­man entre des ma­ni­fes­tants ap­pe­lant à des ré­formes et des par­ti­sans du pou­voir, qui ont fait un mort et 160 bles­sés. Ces vio­lents af­fron­te­ments étaient les pre­miers de­puis le dé­clen­che­ment des pro­tes­ta­tions en Jor­da­nie il y a trois mois. Après ces vio­lences, 15 membres de la Com­mis­sion de dia­logue na­tio­nal, mise en place par le gou­ver­ne­ment pour lan­cer des ré­formes, ont dé­mis­sion­né. Ils ac­cusent le gou­ver­ne­ment de « mas­sacre » et de « manque de sé­rieux ». En pre­mière ré­ac­tion à ces af­fron­te­ments, la puis­sante op­po­si­tion is­la­miste en Jor­da­nie a ap­pe­lé au dé­part du pre­mier mi­nistre Maa­rouf Ba­khit, le ren­dant res­pon­sable des vio­lences contre des ma­ni­fes­tants. « Ce gou­ver­ne­ment doit dé­mis­sion­ner, un gou­ver­ne­ment qui fait cou­ler le sang de ses ci­toyens perd sa lé­gi­ti­mi­té », a af­fir­mé le cheikh Ham­zeh Man­sour, chef du Front de l’ac­tion is­la­mique, une branche po­li­tique des Frères mu­sul­mans. Un avis par­ta­gé par le groupe des « jeunes du 24 mars », qui oc­cupe une place du centre de Am­man. « Nous de­man­dons que soient li­mo­gés le pre­mier mi­nistre, le chef des ren­sei­gne­ments, le chef de la gen­dar­me­rie et leurs ad­joints, et qu’ils soient ju­gés », a af­fir­mé l’un de leurs re­pré­sen­tants, Fi­ras Ma­had­dine.

In­sis­tant sur ses re­ven­di­ca­tions, l’op­po­si­tion is­la­miste ain­si que des mou­ve­ments de gauche et na­tio­na­listes ré­clament des ré­formes consti­tu­tion­nelles, des ré­formes po­li­tiques pro­fondes et des pour­suites contre les per­sonnes sus­pec­tées de cor­rup­tion. Ils de­mandent no­tam­ment à ce que le pre­mier mi­nistre soit élu et non plus dé­si­gné par le roi, comme le sti­pule la Cons­ti­tu­tion.

Fai­sant la sourde oreille, le roi a sou­li­gné que son pays « avance fer­me­ment et avec en­thou­siasme dans son pro­gramme de ré­formes po­li­tiques ». Le pre­mier mi­nistre a an­non­cé que le gou­ver­ne­ment ne per­met­trait plus de ras­sem­ble­ments. Une ma­nière d’évi­ter que les pro­tes­ta­tions ne de­viennent trop vi­sibles. Jouant pa­ral­lè­le­ment l’apai­se­ment, il a ré­af­fir­mé sa­me­di qu’il sou­hai­tait tou­jours dia­lo­guer avec les is­la­mistes, qui re­fusent de par­ti­ci­per à ces dis­cus­sions tant qu’elles ne portent pas sur de « pro­fondes ré­formes consti­tu­tion­nelles ». M. Ba­khit a par ailleurs ac­cu­sé les Frères mu­sul­mans de « re­ce­voir des ins­truc­tions des di­ri­geants des Frères mu­sul­mans d’Egypte et de Syrie » et a dé­cla­ré que leur re­fus du dia­logue si­gni­fiait leur choix « du chaos ». Une po­si­tion qui peut être qua­li­fiée de « ré­ponse clas­sique » au vu des pré­cé­dents tu­ni­sien et égyp­tien.

Dé­fen­dant sa po­si­tion, le cheikh Ham­zeh Man­sour a in­di­qué que « le mou­ve­ment is­la­miste est connu pour sa mo­dé­ra­tion et son en­ga­ge­ment dans les ques­tions na­tio­nales. C’est pour­quoi nous sommes éton­nés par les pro­pos du pre­mier mi­nistre qui a mis en doute nos in­ten­tions », a-t-il ajou­té.

Dé­but fé­vrier, le roi Ab­dal­lah II de Jor­da­nie avait li­mo­gé le pre­mier mi­nistre, Sa­mir Ri­fao, pour cal­mer la rue. Mais l’op­po­si­tion is­la­miste avait aus­si­tôt cri­ti­qué le choix de son rem­pla­çant

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