Gbag­bo sous pres­sion

Al Ahram Hebdo - - Afrique - Ma­ha Salem

CRAI­GNANT une guerre ci­vile, la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale ac­cen­tue les pres­sions sur le chef de l’Etat ivoi­rien sor­tant, Laurent Gbag­bo, pour l’ame­ner à cé­der sa place à son ri­val Alas­sane Ouat­ta­ra, re­con­nu pré­sident lé­gi­time de la Côte d’Ivoire par la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. Pour­tant, le camp Gbag­bo conti­nue à faire la sourde oreille. Il a mo­bi­li­sé di­manche der­nier des mil­liers de par­ti­sans près du pa­lais pré­si­den­tiel à Abid­jan à l’ap­pel de Charles Bli Gou­di, chef des « pa­triotes » proG­bag­bo.

Face à l’ag­gra­va­tion de la crise, les chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ments de la Com­mu­nau­té Eco­no­mique Des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cé­déao, 15 pays) ont ap­pe­lé l’Onu à im­po­ser des sanc­tions plus contrai­gnantes à l’en­contre de Laurent Gbag­bo. A l’is­sue de son som­met, la Cé­déao a de­man­dé au Con­seil de sé­cu­ri­té des Na­tionsU­nies de « ren­for­cer le man­dat de l’Onu­ci de ma­nière à lui per­mettre d’uti­li­ser tous les moyens né­ces­saires pour pro­té­ger la population et les biens et pour fa­ci­li­ter le trans­fert im­mé­diat du pou­voir à Alas­sane Ouat­ta­ra », se­lon un com­mu­ni­qué de l’or­ga­ni­sa­tion.

Ces dé­cla­ra­tions in­ter­viennent trois mois après que la Cé­déao ait me­na­cé d’em­ployer la force pour chas­ser du pou­voir M. Gbag­bo si ce­lui-ci s’obs­ti­nait à res­ter à la pré­si­dence. Une in­ter­ven­tion mi­li­taire a tou­jours été pré­sen­tée comme un « der­nier re­cours » et a fait l’ob­jet de désac­cords au sein de la com­mu­nau­té ouest-afri­caine. L’Onu­ci, forte de 10 000 hommes, est dans une si­tua­tion dé­li­cate et fait l’ob­jet de cri­tiques du camp Gbag­bo qui exige son dé­part im­mé­diat, la dé­si­gnant comme un « en­ne­mi de la Côte d’Ivoire ». La mis­sion a aus­si es­suyé ré­cem­ment de vi­ru­lentes cri­tiques du camp d’Alas­sane Ouat­ta­ra qui l’ex­horte à « pas­ser à l’ac­tion » et à « user de la force lé­gi­time » pour pro­té­ger les po­pu­la­tions ci­viles prises dans les vio­lences.

Ré­pon­dant aux ap­pels de la Cé­déao, la France et le Ni­ge­ria ont an­non­cé cette se­maine avoir dé­po­sé un pro­jet de ré­so­lu­tion au Con­seil de sé­cu­ri­té de l’Onu en vue de faire ces­ser les tirs à l’arme lourde à Abid­jan. Le pro­jet de­mande le dé­part de M. Gbag­bo qui fait par­tie, avec sa femme Si­mone, des cinq per­son­na­li­tés vi­sées par les sanc­tions du Con­seil de sé­cu­ri­té. Ces sanc­tions sont un gel des avoirs fi­nan­ciers et une in­ter­dic­tion de voya­ger, se­lon le pro­jet de ré­so­lu­tion. L’Union eu­ro­péenne et les Etats-Unis ont dé­jà im­po­sé des sanc­tions si­mi­laires contre Laurent Gbag­bo et son en­tou­rage. Les trois autres per­sonnes ci­tées sont Di­si­ri Ta­gro, se­cré­taire gé­né­ral de la « pré­ten­due pré­si­dence » de Gbag­bo, Pas­cal Af­fi N’Gues­san, pré­sident du Front po­pu­laire ivoi­rien, par­ti de M. Gbag­bo, et Al­cide Djid­ji, proche conseiller du pré­sident sor­tant. Ces cinq per­sonnes sont vi­sées pour obs­truc­tion à la paix et au pro­ces­sus de ré­con­ci­lia­tion, pour re­jet des ré­sul­tats de l’élec­tion pré­si­den­tielle et pour trois d’entre eux (Mme Gbag­bo et MM. Af­fi et Djid­ji), « pour in­ci­ta­tion à la haine et à la vio­lence ».

Ain­si, le texte doit être exa­mi­né dans les pro­chains jours. S’il était vo­té, ce se­rait la pre­mière fois que le Con­seil de sé­cu­ri­té de­mande for­mel­le­ment le dé­part du pré­sident sor­tant, les Quinze s’étant bor­nés jusque-là à re­con­naître in­di­rec­te­ment Alas­sane Ouat­ta­ra.

In­quiète sur l’ave­nir de la Côte d’Ivoire, l’Union Afri­caine (UA) a en­fin nom­mé un haut re­pré­sen­tant à Abid­jan, l’ex-mi­nistre cap-ver­dien des Af­faires étran­gères Jo­si Bri­to. Ce haut re­pré­sen­tant est char­gé d’oeu­vrer à la te­nue de négociations entre les par­ties ivoi­riennes afin d’éla­bo­rer un sché­ma de mise en oeuvre des pro­po­si­tions en­té­ri­nées par l’UA le 10 mars à Ad­dis-Abe­ba. L’Union afri­caine avait alors en­té­ri­né les conclu­sions du pa­nel de chefs d’Etat nom­més sur ce dos­sier, qui re­con­nais­sait Alas­sane Ouat­ta­ra comme pré­sident lé­gi­time, et lui de­man­dait de mettre en place un gou­ver­ne­ment d’ou­ver­ture et d’ai­der à trou­ver « une sor­tie ho­no­rable » pour son ri­val.

Les négociations pré­vues pour mettre en oeuvre ces dé­ci­sions étaient cen­sées s’ou­vrir la se­maine der­nière, se­lon le ca­len­drier ini­tial. En pre­mière ré­ac­tion, Ouat­ta­ra a aus­si­tôt ré­cu­sé M. Bri­to pour ses re­la­tions per­son­nelles et ses ac­coin­tances po­li­tiques avec Laurent Gbag­bo. Dans un com­mu­ni­qué, la pré­si­dence Ouat­ta­ra re­grette vi­ve­ment de ne pas avoir « été consul­tée, ni ap­pro­chée et ex­prime sa sur­prise quant au choix de M. Bri­to, an­cien mi­nistre cap-ver­dien des Af­faires étran­gères, compte te­nu de ses re­la­tions per­son­nelles et de ses ac­coin­tances po­li­tiques, connues de tous en Côte d’Ivoire, avec le pré­sident sor­tant Laurent Gbag­bo ». Le dé­noue­ment de la crise en Côte d’Ivoire pa­raît de plus en plus pro­blé­ma­tique

L’in­sta­bi­li­té en Côte d’Ivoire ali­mente les craintes d’une guerre ci­vile.

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