Le re­tour de Na­dim

Le livre de Ab­del-Mo­neim Al-Gé­méï sur l’histoire d’Ab­dal­lah Na­dim est un mi­roir des re­ven­di­ca­tions so­ciales d’au­jourd’hui. Mi­li­tant pour la jus­tice et l’éga­li­té, le com­bat de Na­dim n’était pas très éloi­gné de ce­lui du 25 jan­vier.

Al Ahram Hebdo - - Livres - Da­lia Fa­rouk d’Ab­del Mo­neim Gé­méï, édi­tions des Pa­lais de la culture 2011.

RÉ­FOR­MA­TEUR, ac­ti­viste et jour­na­liste pion­nier, Ab­dal­lah AlNa­dim a joué un rôle po­li­tique im­por­tant entre les an­nées 1880 et 1890. Après la ré­vo­lu­tion d’Ah­mad Ora­bi en 1881, suivent, quelques mois plus tard, la dé­faite et l’oc­cu­pa­tion du pays par les Bri­tan­niques. Ora­teur de la ré­vo­lu­tion de Ora­bi, Na­dim vient du grand pu­blic, pauvre et dé­mu­ni, ses mal­heurs re­joignent ceux du peuple. Né en 1843 à Alexan­drie, il re­joint la mos­quée Al-Anwar mais com­prend vite que cet en­sei­gne­ment ne lui est pas des­ti­né.

Pro­fon­dé­ment in­fluen­cé par Ga­ma­led­dine Al-Af­gha­ni, Na­dim suit les sa­lons cultu­rels de ce der­nier et de­vient un de ses élèves les plus proches. Il adopte le point de vue d’Af­gha­ni qui parle, avec amer­tume, de la né­ces­si­té de mettre fin à l’in­jus­tice so­ciale, au règne in­di­vi­duel, à l’in­ter­ven­tion étran­gère et à la ty­ran­nie. C’est à par­tir de ce mo­ment que la vie po­li­tique de Na­dim com­mence vé­ri­ta­ble­ment. Con­vain­cu par les idées des Ora­bites qui tour­naient au­tour de la ré­forme et de la li­ber­té du pays, Na­dim les re­joint et de­vient le porte-pa­role des mi­li­taires. « Sa plume im­pres­sion­nante et sa langue élo­quente étaient les pre­miers sup­ports de ce mou­ve­ment qui de­vint, grâce à ses ef­forts, de plus en plus fort », as­sure Gé­méï dans son ou­vrage. C’est grâce à Al-Na­dim que le mou­ve­ment du 4 fé­vrier (qui était à l’ori­gine or­ga­ni­sé contre l’in­jus­tice entre les Egyp­tiens et les Turcs dans l’ar­mée) de­vient un mou­ve­ment pu­blic et mas­sif. « N’im­porte quelle ré­vo­lu­tion a be­soin d’une base po­pu­laire pour s’y ap­puyer. Ain­si, Al-Na­dim en­cou­rage la fon­da­tion d’une as­so­cia­tion, Les Jeunes à Alexan­drie. Cette as­so­cia­tion avait pour ob­jec­tif la sen­si­bi­li­sa­tion pa­trio­tique des jeunes », écrit en­core Gé­méï.

Après la dé­faite des Ora­bites, AlNa­dim passe 9 ans dans la clan­des­ti­ni­té. Per­sé­vé­rant, il pa­rie sur les jeunes étu­diants et choi­sit de pour­suivre le com­bat na­tio­nal pour ob­te­nir l’in­dé­pen­dance, no­tam­ment avec Mous­ta­pha Ka­mel. « Le con­tact entre Na­dim et Mous­ta­pha Ka­mel porte plu­sieurs in­ter­pré­ta­tions dont la plus su­blime est la conti­nui­té des ré­vo­lu­tions et le feu qui se com­mu­nique d’une main à une autre et d’une gé­né­ra­tion à une autre. Il ne s’éteint pas », pour­suit Gé­méï. Iro­ni­ser l’in­éga

li­té entre les classes so­ciales Gé­méï dresse, dans son livre, un por­trait sym­pa­thique de Na­dim comme pion­nier de la ré­forme so­ciale et po­li­tique. Dans la pièce Al-Wa­tan, par exemple, Na­dim avance l’idée que l’anal­pha­bé­tisme est lui-même une forme d’in­jus­tice et que la li­ber­té ne peut être at­teinte sans la gé­né­ra­li­sa­tion de l’en­sei­gne­ment, ce qui ai­de­rait à li­bé­rer les es­prits du joug de l’igno­rance et de la su­per­sti­tion.

Une des par­ties les plus in­té­res­santes de l’ou­vrage de Gé­méï est celle qui met l’ac­cent sur les idées de Na­dim sur la li­ber­té. Il es­time que la li­ber­té de l’in­di­vi­du ne peut pas être exa­mi­née iso­lé­ment de l’idée que cet in­di­vi­du fait par­tie in­té­grante de la so­cié­té dans son en­semble. Pour lui, l’éten­due et les li­mites de la li­ber­té in­di­vi­duelle sont re­la­tives. Ain­si, il ac­corde beau­coup d’in­té­rêts aux va­leurs so­ciales, au dé­tri­ment des pra­tiques qu’il consi­dère comme étant im­por­tées d’Eu­rope, comme l’ivresse, l’athéisme et le sup­port de l’éga­li­té entre les hommes et les femmes. Gé­méï montre pour­tant que les idées d’Al-Na­dim ne pro­viennent pas tel­le­ment de pré­ceptes re­li­gieux, mais re­flètent plu­tôt une éthique de la res­pon­sa­bi­li­té in­di­vi­duelle vis-à-vis de l’épa­nouis­se­ment de la so­cié­té. Dans ses ar­ticles sa­ti­riques, Al-Na­dim s’at­taque aus­si à l’in­éga­li­té entre les classes so­ciales à cette époque, mon­trant le fos­sé qui existe entre les riches et les pauvres. Il s’in­surge contre les pré­ju­gés qui touchent les fel­lahs, dont les condi­tions de vie ont été sou­vent ef­froyables. Il montre que les fel­lahs étaient la source de la ri­chesse des ci­ta­dins qui, pour­tant, les consi­dé­raient avec mé­pris.

Après toutes ces ba­tailles, Na­dim-le-mi­li­tant com­mence à souf­frir de tu­ber­cu­lose et meurt à 50 ans. Pen­dant ces an­nées, il a of­fert à l’Egypte des idées et des oeuvres qui ont in­fluen­cé plu­sieurs gé­né­ra­tions. Au­jourd’hui, ses pro­pos sont plus que ja­mais d’ac­tua­li­té

Suite à l’an­nu­la­tion du Sa­lon du livre du Caire, qui de­vait se te­nir pen­dant la ré­vo­lu­tion, les presses de l’Uni­ver­si­té amé­ri­caine or­ga­nisent leur propre évé­ne­ment. In­ti­tu­lé « Tah­rir Book Fair » en hom­mage au 25 jan­vier, le pro­gramme se dé­roule du 31 mars au 3 avril. In­cluant ac­ti­vi­tés pour en­fants, confé­rences, débats ou ren­contres avec des écri­vains, ces jour­nées portes ou­vertes pro­posent à la vente un large pa­no­ra­ma de pu­bli­ca­tions au­tour de l’Egypte et du Moyen-Orient. L’ac­cent se­ra mis sur les ré­cents bouleversements ayant en­traî­né de pro­fondes mo­di­fi­ca­tions dans un cer­tain nombre de pays. Le rôle de l’écri­vain dans les ré­vo­lu­tions arabes se­ra no­tam­ment mis en exergue. L’en­trée est libre de 10h00 à 18h00, sur le cam­pus du centre-ville de l’Uni­ver­si­té amé­ri­caine.

Le 40e nu­mé­ro de la re­vue Ba­ni­pal vient de sor­tir et consacre son dos­sier prin­ci­pal au ro­man et à la nou­velle en Li­bye. Deux éditoriaux théo­riques pré­facent la re­vue spé­cia­li­sée dans la tra­duc­tion de la lit­té­ra­ture arabe vers l’an­glais. Le pre­mier porte sur la nou­velle en Li­bye par Omar Abul-Qas­sem Al-Kak­ly et le se­cond sur le ro­man par Ibra­him Ham­dan. Avec une sé­rie de ré­cits tra­duits de Az­za Ka­mel, Ah­mad Ibra­him Al-Fa­qih, Mo­ha­mad AlE­nei­zi et d’autres écri­vains li­byens, en plus d’une étude sur la tra­duc­tion de l’écri­vain li­byen Ibra­him AlKou­ni. A vi­si­ter le site In­ter­net : www. ba­ni­pal. co. uk

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