Bra­dage à grande échelle

Al Ahram Hebdo - - Livres - Na­jet Bel­ha­tem de Fa­rouq Go­wei­da, édi­tions Al- Sho­rouk 2011.

«crimes », écrit Fa­rouq Go­wei­da dans son livre pa­ru en 2010. Nous sommes en 2011, et de­puis, beau­coup d’eau a cou­lé sous les ponts : le mi­nistre du Lo­ge­ment est sous les ver­rous, pour avoir oc­troyé illé­ga­le­ment des ter­rains à des hommes d’af­faires.

Le livre de Go­wei­da est une com­pi­la­tion d’ar­ticles qu’il a pu­bliés dans la presse entre 2007 et 2010 sur des mal­ver­sa­tions et des vio­la­tions di­verses. Il com­mence par la ques­tion sen­sible du Si­naï et re­late com­ment cette im­mense par­tie de l’Egypte est res­tée en de­hors de tout pro­ces­sus de dé­ve­lop­pe­ment. Il fait état de plu­sieurs ten­ta­tives is­raé­liennes de s’im­plan­ter dans le Si­naï via des hommes d’af­faires de na­tio­na­li­tés di­verses et de so­cié­tés écrans par l’achat de ter­rains ou de biens im­mo­bi­liers. Il pose la ques­tion de sa­voir « pour­quoi avons-nous lais­sé notre terre sans ha­bi­tants de telle sorte qu’Is­raël peut à tout mo­ment tra­ver­ser ses fron­tières ? Les loups qui convoitent le Si­naï sont nom­breux » . Il fait ré­fé­rence aux vel­léi­tés is­raé­liennes de s’in­tro­duire par tous les moyens et que le Si­naï a tou­jours été pour les Is­raé­liens, et même l’Oc­ci­dent, une pro­bable so­lu­tion au pro­blème pa­les­ti­no-is­raé­lien. L’au­teur rap­porte des pro­pos de Bou­tros-Gha­li : « L’Oc­ci­dent sou­tient cette thèse. C’est ce qu’a af­fir­mé l’ex-mi­nistre bri­tan­nique des Af­faires C’EST un crime com­mis par des res­pon­sables et des hommes d’af­faires contre les gé­né­ra­tions fu­tures. Il n’y a pas pres­crip­tion pour ce genre de étran­gères Da­vid Owen » . Pour l’au­teur, il y a beau­coup de ques­tions au­tour de la non vo­lon­té éta­tique de dé­ve­lop­per le Si­naï, qui ne compte que 450 000 ha­bi­tants pour 60 000 km2. Dans un cha­pitre, il fait état d’une in­fil­tra­tion du Si­naï de l’in­té­rieur et dé­taille l’af­faire des 11 avo­cats égyp­tiens qui ont fal­si­fié 450 ju­ge­ments de jus­tice pour l’en­re­gis­tre­ment de 2 400 uni­tés d’ha­bi­ta­tion à Charm AlC­heikh au pro­fit d’étran­gers alors que la loi égyp­tienne l’in­ter­dit. L’af­faire était en jus­tice l’an­née der­nière. La fal­si­fi­ca­tion s’est faite grâce à la cor­rup­tion et la so­cié­té qui a ven­du, So­cié­té du Si­naï pour le dé­ve­lop­pe­ment tou­ris­tique, en ap­pa­rence égyp­tienne, ap­par­tient en fait à un Ita­lien. Il fait éga­le­ment état des pro­blèmes que vivent les Si­naouis et l’éter­nel pro­blème avec la Sû­re­té de l’Etat. Pro­blème qui a pris toute son am­pleur du­rant la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier, dans la ville de Suez.

Sous l’in­ti­tu­lé Une ri­chesse lé­gale et une ri­chesse frau­du­leuse, il avance que « le fait de concen­trer toute l’ac­ti­vi­té éco­no­mique au­tour de l’in­ves­tis­se­ment im­mo­bi­lier à haut et ra­pide ren­de­ment est une vraie ca­tas­trophe ». Les usines ont été ven­dues en de­çà de leur va­leur réelle pour en­suite être dé­man­te­lée et re­ven­dues comme des ter­rains de construc­tion. « L’Etat s’est trans­for­mé en cour­tier », com­mente Go­wei­da. Cette fièvre de tran­sac­tions im­mo­bi­lières, sou­vent au pro­fit d’hommes d’af­faires et éga­le­ment membres du par­ti au pou­voir ou du gou­ver­ne­ment, n’a presque rien épar­gné. Du cen­te­naire jar­din zoo­lo­gique que l’on a vou­lu dé­pla­cer jus­qu’aux im­meubles hauss­man­niens du centre-ville que l’on a vou­lu dé­truire. Le tout pour ré­cu­pé­rer des ter­rains à un prix es­ti­mé plus bas que leur va­leur. En 2009, le gou­ver­ne­ment s’est même pen­ché sur les ci­me­tières ! « Après avoir dis­tri­bué d’im­menses sur­faces de ter­rain aux chan­ceux et aux hommes d’af­faires le long de la route dé­ser­tique Le Cai­reA­lexan­drie ou Is­maï­liya - Port-Saïd, voi­là que le gou­ver­ne­ment, comme ceux qui l’ont pré­cé­dé, re­met sur la table une vieille idée : celle de trans­for­mer les ci­me­tières du Grand Caire en sur­faces d’ha­bi­ta­tion … Je ne sais pas si le mi­nis­tère du Lo­ge­ment a conscience du fait que ces sites contiennent la mé­moire de l’Egypte de­puis 1 000 ans. Dans ces ci­me­tières, il y a des cen­taines de sa­vants, d’hommes po­li­tiques, d’ar­tistes et de mau­so­lées … Pour­quoi alors ne pas avoir pen­sé dans le cadre de ces pro­jets de ré­amé­na­ge­ment ur­bain à vi­der le pla­teau des pyramides et dé­truire les Pyramides et les vieux tom­beaux pha­rao­niques et les trans­for­mer en ter­rain de golf ? ».

Dans cette course ef­fré­née des gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs à bra­der les ter­rains de l’Etat, il y a un pro­blème de taille qui s’est po­sé, à sa­voir ce­lui des dom­mages et in­té­rêts quand la tran­sac­tion est an­nu­lée par la jus­tice pour non-confor­mi­té avec la loi. Ain­si, l’homme d’af­faires Siag, qui a bé­né­fi­cié de ter­rains d’une sur­face de 650 000 m2 à Ta­ba à des prix au rabais, à sa­voir 150 piastres le m2, a ob­te­nu pour cause d’an­nu­la­tion du contrat des dom­mages et in­té­rêts de l’ordre de 400 mil­lions de L.E. !

Idem pour l’af­faire Tah­rir, où le gou­ver­ne­ment a conclu un contrat de vente de 7 000 m2 à 10 000 L.E. le m2 à une so­cié­té fran­çaise alors que le prix réel est de 50 000 L.E. le m2.

Tah­rir est dé­sor­mais le sym­bole de toute une ré­vo­lu­tion dont le but est de stop­per ce genre d’abus et tant d’autres. Et il fau­dra beau­coup de temps pour net­toyer ce nid de mal­ver­sa­tions po­li­ti­co-fi­nan­cières, dont les ter­rains de l’Etat n’en est qu’une par­tie

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