Des le­çons po­li­tiques à don­ner

Al Ahram Hebdo - - Opinion -

JE CROIS QU’IL faut sa­luer tous ceux qui sont sor­tis pour dire oui ou non au ré­fé­ren­dum sur les amen­de­ments consti­tu­tion­nels. Ce pas po­si­tif in­carne un exemple élec­to­ral dé­mo­cra­tique qui doit nous don­ner des le­çons.

L’une des le­çons les plus gro­tesques éma­nait de col­lègues li­bé­raux qui ont été sur­pris par mon vote en fa­veur du oui. A leurs yeux, il n’y avait qu’une seule si­gni­fi­ca­tion : se ran­ger aux cô­tés des Frères mu­sul­mans. Ce­la alors que ces mêmes col­lègues savent que la vé­ri­table pen­sée li­bé­rale dé­mo­cra­tique pré­sup­pose que la dé­mo­cra­tie est, en fait, un acte in­di­vi­duel au cours du­quel l’homme éva­lue les po­si­tions et les évé­ne­ments, pour qu’il puisse émettre sa voix qui fe­ra plus tard par­tie de la ma­jo­ri­té ou de la mi­no­ri­té. C’est par cette mé­thode que les so­cié­tés sont gou­ver­nées.

La ques­tion ne prend en compte ni les Frères mu­sul­mans, ni les cou­rants po­li­tiques. Si le groupe des li­bé­raux et des ré­vo­lu­tion­naires se sont mis d’ac­cord sur le fait que l’un des vices et pê­chés de l’an­cien ré­gime est d’avoir créé cette pho­bie vis-à-vis des Frères, ce se­rait de la pure hy­po­cri­sie po­li­tique de bran­dir la même lo­gique pour mo­bi­li­ser les gens dans le sens d’une po­si­tion po­li- tique don­née. En ef­fet, je dis ce­la alors que je suis tou­jours en désac­cord avec les Frères pour maintes rai­sons po­li­tiques et in­tel­lec­tuelles, que j’ai évo­quées dans mes ar­ticles et livres. J’ai ap­pris dans l’Histoire et par la pra­tique que la confré­rie est l’une des réa­li­tés po­li­tiques et his­to­riques que les autres forces po­li­tiques doivent prendre en compte, en toute sa­gesse et avec in­tel­li­gence.

J’ai été frap­pé par la scène du ras­sem­ble­ment du sa­me­di 19 mars, soit le jour du ré­fé­ren­dum. J’étais éton­né de voir les cou­leurs de l’arc-en-ciel po­li­tique égyp­tien toutes réunies, de­puis les par­tis li­bé­raux, ceux de gauche, les per­son­na­li­tés émi­nentes de­puis le se­cré­taire gé­né­ral de la Ligue arabe et l’ex-se­cré­taire de l’AIEA jus­qu’aux grands noms des arts, de la lit­té­ra­ture, de la presse, de la po­li­tique et de la so­cié­té ci­vile. Tous se plai­gnaient et ne ces­saient de ré­pé­ter que la confré­rie était or­ga­ni­sée et prête à s’in­gé­rer dans l’ac­tion po­li­tique sans par­ler bien sûr des fonds dont elle dis­pose. Comme si la règle dans le jeu po­li­tique était de ne pas être or­ga­ni­sé et de res­ter sans for­ma­tion, d’être en faillite fi­nan­cière ou d’évo­luer seule­ment dans l’or­bite des chaînes sa­tel­lites. Ces per­sonnes ne savent évi­dem­ment pas que la po­li­tique n’est pas art, mais sur­tout un pro­fes­sion­na­lisme, des fonds, et une ca­pa­ci­té de mo­bi­li­ser les voix. J’avais au­pa­ra­vant de­man­dé à mon ami, l’ex-pré­sident du par­ti néo-Wafd Mah­moud Aba­za, ain­si que Mou­nir Fa­kh­ri Ab­del-Nour, lors­qu’il était le se­cré­taire du par­ti, s’ils dis­po­saient de cadres prêts à l’ac­tion po­li­tique. Ils ont ré­pon­du par la né­ga­tive. A ce mo­ment-là, j’ai pu voir clai­re­ment la grande dif­fé­rence non seule­ment entre eux et les Frères mu­sul­mans, mais éga­le­ment entre ces der­niers et le reste des par­tis po­li­tiques égyp­tiens qui sont de simples ama­teurs en quête de re­nom­mée, ou des per­sonnes in­té­res­sées par l’ac­tion pu­blique lorsque leur ca­len­drier le leur per­met.

Le ré­fé­ren­dum a été le pre­mier pas d’un long par­cours qui taille­ra de nou­velles lois pour les par­tis, les élec­tions mu­ni­ci­pales, lé­gis­la­tives et pré­si­den­tielles en vue de cris­tal­li­ser une nou­velle Cons­ti­tu­tion qui fe­ra tan­tôt l’ob­jet de re­jet ou d’at­ti­rance. Et ce­lui qui veut res­ter sur la scène doit re­ve­nir aux règles du jeu po­li­tique, telles qu’exer­cées par les pro­fes­sion­nels. Alors que d’autres lieux se­ront ré­ser­vés aux par­ties plai­gnantes

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