Les ou­vriers s’ac­crochent aux pro­fits

Al Ahram Hebdo - - Economie - Mar­wa Hus­sein

DES MIL­LIONS, voire des mil­liards de L.E. ont échap­pé aux ou­vriers de To­rah Ce­ment, une des so­cié­tés du groupe Suez Ce­ment, ces der­nières an­nées. Au­jourd’hui, ils luttent pour ob­te­nir leur droit de 10 % des pro­fits dis­tri­bués aux ac­tion­naires, comme le sti­pule la loi 159 sur les so­cié­tés, qui n’a, en fait, ja­mais été ap­pli­quée. Les ou­vriers de l’usine perdent ain­si chaque an­née des sommes co­los­sales en rai­son du non-res­pect de cet ar­ticle de loi. Ré­cem­ment, et après maintes pres­sions, un pro­jet d’ac­cord a été ré­di­gé et doit être très bien­tôt si­gné avec l’ad­mi­nis­tra­tion, en pré­sence du mi­nistre de la Maind’oeuvre Ah­mad Al-Bo­raï.

La dé­marche des ou­vriers de To­rah Ce­ment a com­men­cé en 2005 suite à la pri­va­ti­sa­tion de leur en­tre­prise, ven­due au géant mon­dial Ital­ce­men­ti. « Suite à cette pri­va­ti­sa­tion, les pro­fits de la so­cié­té ont grim­pé. Elle a été ven­due à quelque 2,5 mil­liards de L.E. Un an après, elle a réa­li­sé des pro­fits de 1,1 mil­liard de L. E. », rap­pelle Mo­ha­mad Ramzi, membre du syn­di­cat de la so­cié­té. En 2009, les pro­fits du groupe Suez Ci­ment, dont fait par­tie To­rah Ci­ment, ont grim­pé de 42 % par rap­port à l’an­née pré­cé­dente, pour ef­fleu­rer les 1,5 mil­liard de L.E. Après avoir en vain ré­cla­mé leur droit, les ou­vriers de To­rah Ce­ment ont en­ga­gé 17 pro­cès contre la di­rec­tion de la so­cié­té. Mais 6 ans après, au­cun n’a été tran­ché.

Puis, après la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier, les ou­vriers de To­rah ont re­pris leur lutte, qui ne s’était ja­mais vrai­ment ar­rê­tée, pour ob­te­nir les 10 % tant convoi­tés. Suite à l’an­nonce, lors de la deuxième se­maine du mois de mars, des ré­sul­tats fi­nan­ciers 2010 de l’en­tre­prise avec des pro­fits de 443 mil­lions de L.E. à dis­tri­buer aux ac­tion­naires, une nou­velle lutte a com­men­cé. Comme ces der­nières an­nées, les ou­vriers et leur syn­di­cat ont de­man­dé leur part des pro­fits. Cette fois, la di­rec­tion a ac­cep­té, mais a dé­ci­dé de li­mi­ter les pro­fits à dis­tri­buer à quelque 230 mil­lions de L.E. Une ma­ni­pu­la­tion que les ou­vriers ont dé­non­cé. « Ils ont vou­lu ré­duire les cou­pons dis­tri­bués sur les ac­tions. C’est une fraude contre les ou­vriers, mais aus­si contre les pe­tits ac­tion­naires ain­si que sur la part pu­blique de la so­cié­té qui s’élève à 18 % », dé­plore Mo­ha­mad Ab­del-Mon­sef, pré­sident du syn­di­cat de l’usine. A ce ni­veau des négociations, les membres du syn­di­cat ont dé­ci­dé de ma­ni­fes­ter à l’As­sem­blée gé­né­rale de­puis le 15 mars, pour convaincre les ac­tion­naires hors du groupe Ital­ce­men­ti de ne pas ac­cep­ter la baisse de leur part dans les pro­fits. Mais en che­min, les 10 membres du co­mi­té syn­di­cal ont été agres­sés par des hommes de mains ( bal­ta­guis). Les ou­vriers ont ac­cu­sé, dans un pro­cès-ver­bal, le PDG, Omar Mé­han­na. « Ils nous ont en­suite of­fert 2 mois de prime sup­plé­men­taire, mais nous avons re­fu­sé. Nous vou­lons notre droit en­tier ain­si que ce­lui sur les fonds pu­bliques », in­siste Ab­delMon­sef, es­souf­flé, et qui boite tou­jours suite à l’agres­sion.

Sit-in sus­pen­du Quelques jours après, les 1 000 ou­vriers de l’usine ont or­ga­ni­sé un sit-in, d’abord sus­pen­du, mais que le syn­di­cat de l’usine a re­pris sans les ou­vriers dans les lo­caux du mi­nis­tère de la Maind’oeuvre. Le nou­veau mi­nistre a alors pro­mis d’in­ter­ve­nir. Il a ré­vé­lé aux ou­vriers, lors d’une courte réunion à la­quelle l’Heb­do a as­sis­té, qu’il vou­lait mo­di­fier la loi fixant au sa­laire d’une an­née le pla­fond des pro­fits re­çus par les ou­vriers. Il s’est ce­pen­dant abs­te­nu de pré­ci­ser les amen­de­ments vi­sés lorsque l’Heb­do lui a po­sé la ques­tion. Fi­na­le­ment, suite à quelques jours de sit-in dans les lo­caux du syn­di­cat gé­né­ral des ma­tières de construc­tion, le syn­di­cat de To­rah Ce­ment est par­ve­nu avec la di­rec­tion de l’usine à for­mu­ler un pro­jet d’ac­cord pour le ver­se­ment des sommes res­tantes. Il reste à le ra­ti­fier avec les re­pré­sen­tants de la di­rec­tion, du syn­di­cat et du mi­nis­tère de la Maind’oeuvre. L’Heb­do a ten­té plu­sieurs fois d’ob­te­nir la ré­ac­tion de la di­rec­tion, mais au­cun res­pon­sable n’était dis­po­nible. Le len­de­main du sit-in des ou­vriers, l’Heb­do n’a pas été au­to­ri­sé à en­trer dans les lo­caux de To­rah Ce­ment. A la porte, les gar­diens ont conseillé de se rendre au siège de l’en­tre­prise à Qat­ta­miya, pour ren­con­trer la di­rec­tion du groupe. Mais im­pos­sible de se pro­cu­rer le nu­mé­ro de té­lé­phone du groupe à Qat­ta­miya. Alors que le PDG du groupe Suez Ci­ment n’a pas ré­pon­du aux maintes ten­ta­tives d’ap­pels

Le sec­teur du ci­ment a réa­li­sé des bé­né­fices re­cord en 2010.

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