Les ma­rion­nettes se ré­voltent

Al Ahram Hebdo - - Arts - May Sé­lim

LA RÉ­VO­LU­TION est par­tout. Elle touche même les ma­rion­nettes. Celles-ci dé­clarent leur ré­bel­lion et s’in­surgent contre les êtres hu­mains : met­teurs en scènes, ani­ma­teurs, souf­fleurs, dé­co­ra­teurs, etc. Elles sont en quête de la li­ber­té pour vivre dans l’ima­gi­naire et le monde des rêves. Et puisque leur jeune pu­blic s’at­tache à elles et se rend au théâtre pour les voir, elles main­tien­dront tou­jours leur suc­cès. C’est l’histoire de la pièce de théâtre Sa­wret al-arayes (la ré­vo­lu­tion des ma­rion­nettes), mon­tée par Ha­ni AlBan­na, ac­tuel­le­ment au théâtre des ma­rion­nettes. Un show pour en­fants al­liant fan­tai­sie et réel, le­quel at­tire aus­si l’in­té­rêt des adultes.

La pièce est écrite de­puis une di­zaine d’an­nées par le poète Sa­mir Ab­del-Ba­qi et était pro­gram­mée pour dé­but fé­vrier der­nier. Mais la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier a re­pous­sé sa pré­sen­ta­tion.

Au­jourd’hui, sur les planches, elle re­flète un autre as­pect de la ré­vo­lu­tion. Le rap­port entre gou­ver­neur et gou­ver­né dans le monde réel et dans l’uni­vers fan­tai­siste des ma­rion­nettes est presque le même. Le jeu du pou­voir dicte ses lois, mais il est temps de chan­ger la donne. On est à la re­cherche de la li­ber­té à tout prix. Les ma­rion­nettes adoptent les mêmes com­por­te­ments des ma­ni­fes­tants du 25. Elles visent elles aus­si la chute du ré­gime, mais sur les planches. Les ma­rion­nettes, gui­dées par leur leader, le pe­tit Kor­kom, font la grève, re­fusent de né­go­cier et af­fichent des pan­cartes par­tout sur les­quelles elles ins­crivent leurs re­ven­di­ca­tions. Même leur créa­tri- ce et ani­ma­trice est re­je­tée. Celle-ci tente en vain de gar­der sa place au théâtre. Des pa­ra­doxes fan­tai­sistes et as­sez si­gni­fi­ca­tifs.

Le met­teur en scène, Ha­ni Al-Ban­na, sou­cieux de créer un show di­ver­tis­sant et éblouis­sant, a op­té pour un show mu­si­cal com­po­sé par le maestro Ta­req Mah­rane. Les chan­sons in­ter­pré­tées par les ma­rion­nettes et l’hé­roïne prin­ci­pale sont en­re­gis­trées par des voix de chan­teurs pro­fes­sion­nels, te­nant un rôle dra­ma­tique im­por­tant, no­tam­ment entre les scènes. Par­fois, on passe d’une scène à l’autre à tra­vers une chan­son, d’autres fois des événe- ments se ré­sument à tra­vers une autre chan­son comme les dif­fé­rentes phases des ma­ni­fes­ta­tions évo­quées par « Eloi­gnez-vous de nous ».

A tra­vers la pro­jec­tion vi­déo, le met­teur en scène fait des flash-back sur le rap­port entre les ma­rion­nettes et les ani­ma­teurs, nous mon­trant com­ment ces der­niers furent chas­sés du théâtre. Quelques sé­quences d’archives évoquent la créa­tion des ma­rion­nettes.

Al-Ban­na a re­cours à plu­sieurs tech­niques théâ­trales. Il opte pour le théâtre de la lampe ma­gique, où vio­lon, trom­pette, crayon et chiffres dansent de joie et de li­ber­té. Les ma­rion­nettes sont di­verses : celles à gaine, celles à fils, etc. En fait, on re­trouve des types de ma­rion­nettes dé­jà connues par le pu­blic, créées au­pa­ra­vant par des vé­té­rans du théâtre des ma­rion­nettes : le clown pré­sent dans les shows pour en­fants, les gui­gnols des sé­ries té­lé­vi­sées et des an­ciens films en noir et blanc … La pièce nous trans­pose dans le monde des contes de fées. C’est au juge des contes de tran­cher l’af­faire et de se pro­non­cer quant au sort de la jeune ani­ma­trice. Cette der­nière est for­cée à ri­va­li­ser avec les ma­rion­nettes, met­tant ses com­pé­tences en re­lief. Les ma­rion­nettes gagnent du ter­rain, dans un monde fée­rique où tout est pos­sible. Les rêves conti­nuent et se ma­ni­festent en un clin d’oeil. Les ma­rion­nettes font ap­pel au monde sous-ma­rin. Elles se livrent en toute sou­plesse aux acro­ba­ties et à la danse du ventre. Vers la fin, la jeune ani­ma­trice ac­cepte de par­ti­ci­per à une com­pé­ti­tion dans le do­maine agri­cole. Elle met deux mois afin de plan­ter une fleur, alors que les ma­rion­nettes plantent tout un jar­din en quelques mi­nutes. Pour­tant, sa fleur na­tu­relle s’avère plus belle, sym­bole d’un rêve qui de­vient réa­li­té. Les ma­rion­nettes constatent l’im­por­tance de leur créa­trice. C’est grâce à elle et à son es­prit in­ven­tif qu’elles ont vu le jour. La maxime ar­rive en fin de spec­tacle : il ne suf­fit pas d’es­pé­rer, de rê­ver, mais il faut sa­voir concré­ti­ser ses rêves Tous les jeu­dis et ven­dre­dis, à 18h, au théâtre des Ma­rion­nettes, place Ata­ba, centre-ville. Tél. : 2591 0954

Les ma­rion­nettes s’ac­ca­parent leur théâtre.

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