Un vé­ri­table ta­lon d’Achille

Se­lon l’As­so­cia­tion du trans­port aé­rien in­ter­na­tio­nal (IATA), le prix éle­vé du pé­trole touche de près de 50 % les pro­fits des com­pa­gnies aé­riennes.

Al Ahram Hebdo - - Voyages - A. S.

L’As­so­cia­tion du trans­port aé­rien in­ter­na­tio­nal (IATA) a re­vu à la baisse ses pré­vi­sions fi­nan­cières de l’in­dus­trie aé­rienne pour 2011, ré­dui­sant les pro­fits à 8,6 mil­liards de dol­lars amé­ri­cains, contre les 9,1 mil­liards de dol­lars an­non­cés en dé­cembre 2010. Dans une confé­rence de presse té­lé­pho­nique avec des jour­na­listes à tra­vers le monde, Gio­van­ni Bi­si­gna­ni, di­rec­teur gé­né­ral et chef de la di­rec­tion de l’IATA, a fait état de la si­tua­tion ac­tuelle du trans­port aé­rien suite aux der­niers évé­ne­ments dans la ré­gion du Moyen-Orient et de l’Asie, mais suite aus­si à l’aug­men­ta­tion in­at­ten­due du prix du pé­trole. « Les pro­fits se­ront di­mi­nués de moi­tié par rap­port à l’an der­nier. Il s’agit d’une chute de 46 % des pro­fits nets. L’agi­ta­tion po­li­tique au Moyen-Orient a fait grim­per le prix du pé­trole à plus de 100 dol­lars le ba­ril de brent. C’est sen­si­ble­ment plus éle­vé que les 84 dol­lars qu’on pré­voyait il y a tout juste trois mois, en dé­cembre 2010. En te­nant compte de l’im­pact des achats à terme, qui re­pré­sente en gros 50 % de la consommation pré­vue, ce­la va aug­men­ter la fac­ture de car­bu­rant de l’in­dus­trie », ex­plique Gio­van­ni Bi­si­gna­ni.

L’IATA a éga­le­ment émis sa pre­mière éva­lua­tion de l’im­pact po­ten­tiel de la si­tua­tion au Japon sur le trans­port aé­rien. Un com­mu­ni­qué de l’or­ga­ni­sa­tion in­dique qu’il est trop tôt pour éva­luer l’im­pact à long terme de la tra­gé­die du séisme et du tsu­na­mi ja­po­nais sur l’in­dus­trie mon­diale du trans­port aé­rien. Tou­te­fois, il est utile de com­prendre la struc­ture de l’in­dus­trie aé­rienne ja­po­naise pour avoir un aper­çu de l’im­pact po­ten­tiel à court terme d’un ra­len­tis­se­ment im­por­tant des voyages aé­riens au Japon. Le mar­ché ja­po­nais est suf­fi­sam­ment vaste pour exer­cer un im­pact né­ga­tif en termes ma­té­riels sur le to­tal mon­dial pour ce mois. « Le Japon est un im­por­tant lien par rap­port au trans­port aé­rien in­ter­na­tio­nal. Le mar­ché ja­po­nais de l’avia­tion, éva­lué à 62,5 mil­liards de dol­lars, re­pré­sente 6,5 % du tra­fic mon­dial ré­gu­lier et 10 % des re­ve­nus de l’in­dus­trie. Un ra­len­tis­se­ment im­por­tant est pré­vu à court terme au Japon. Et le sort de l’in­dus­trie ne va pas s’amé­lio­rer avant que les ef­fets de la re­cons­truc­tion ne se fassent sen­tir, dans la se­conde moi­tié de l’an­née », ex­plique Bi­si­gna­ni. La ca­tas­trophe na­tu­relle au Japon af­fec­te­ra le tra­fic en classe af­faires et en pre­mière classe en mars. L’IATA a fait cette re­marque dans son bul­le­tin men­suel sur le tra­fic « pre­mium » (af­faires et pre­mière classe), dans le­quel elle a re­le­vé une crois­sance de 8,1 % de la de­mande pour les billets re­le­vant de cette ca­té­go­rie en jan­vier. En dé­cembre, la hausse s’éle­vait à 7,1 %. « L’élan était fort au dé­but 2011 », a ob­ser­vé l’IATA, en pré­ci­sant que les troubles au Moyen-Orient ain­si que le trem­ble­ment de terre au Japon de­vraient pro­ba­ble­ment af­fec­ter les chiffres de fé­vrier et mars.

Le di­rec­teur de l’IATA a éga­le­ment sou­li­gné le risque d’aug­men­ta­tion des taxes, en par­ti­cu­lier dans les mar­chés de loi­sirs sen­sibles aux prix. En 2010, l’in­dus­trie a su­bi des taxes nou­velles ou aug­men­tées correspondant à 3-5 % du prix des billets au Royaume-Uni, en Al­le­magne et en Au­triche. Ré­cem­ment, l’Is­lande, l’Inde et l’Afrique du Sud ont mis de l’avant des pro­jets de taxa­tion ad­di­tion­nelle. « C’est une in­dus­trie sen­sible aux prix. L’avia­tion a la ca­pa­ci­té de sti­mu­ler l’éco­no­mie. Mais cette ca­pa­ci­té est com­pro­mise par l’ajout de taxes au mo­ment où nous de­vons com­po­ser avec le prix éle­vé du pé­trole pour sim­ple­ment main­te­nir nos marges de pro­fit ané­miques », a dé­cla­ré Bi­si­gna­ni.

Se­lon l’IATA, les trans­por­teurs d’Asie-Pa­ci­fique de­vraient col­lec­ti­ve­ment en­re­gis­trer les pro­fits les plus im­por­tants au monde, soit 3,7 mil­liards de dol­lars, et la marge d’ex­ploi­ta­tion la plus éle­vée, à 4,6 %. Les trans­por­teurs du Moyen-Orient de­vraient en­re­gis­trer des pro­fits de 700 mil­lions de dol­lars. C’est beau­coup mieux que les 400 mil­lions de dol­lars pré­vus pré­cé­dem­ment, mais en baisse par rap­port aux pro­fits de 1,1 mil­liard de dol­lars en­re­gis­trés en 2010. L’in­sta­bi­li­té po­li­tique dans la ré­gion de­vrait se faire sen­tir en Egypte, en Tu­ni­sie et en Li­bye, trois pays qui re­pré­sentent en­vi­ron 20 % du tra­fic in­ter­na­tio­nal des pas­sa­gers de la ré­gion. Ce­la est com­pen­sé par la ré­gion du Golfe qui pro­fite de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique liée aux prix éle­vés du pé­trole et dont les aé­ro­ports pi­vots conti­nuent de ga­gner des parts du mar­ché long-cour­rier. Les co­ef­fi­cients d’oc­cu­pa­tion se sont amé­lio­rés consi­dé­ra­ble­ment chez ces trans­por­teurs, puisque la ca­pa­ci­té aug­mente moins vite que la de­mande

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