As­su­rer la sé­cu­ri­té ali­men­taire

Al Ahram Hebdo - - Afrique -

En 2009, quand James Shik­wa­ti, di­rec­teur de l’In­ter-Re­gion Net­work au Ke­nya, ac­cu­sait cer­tains pays et cer­taines en­tre­prises d’es­sayer d’ex­ploi­ter les terres agri­coles de l’Afrique, tout le monde l’avait trai­té d’ « illu­mi­né » . Mais en fait, James Shik­wa­ti avait bien rai­son quand il dé­cla­rait que « la fa­mine est uti­li­sée pour dé­te­nir le mil­liard le plus pauvre de l’Afrique en otage par les na­tions riches ».

Au­jourd’hui, il se peut que des terres agri­coles en Afrique soient de­ve­nues la pro­prié­té d’en­tre­prises chi­noise, sud-co­réenne, bri­tan­nique, qa­ta­ri, saou­dienne et peut-être même sué­doise, mais un autre moyen est uti­li­sé pour te­nir les pauvres de l’Afrique en otage : les prix éle­vés des pro­duits ali­men­taires de base.

En dé­cembre der­nier, la FAO ( Or­ga­ni­sa­tion des Na­tions-Unies pour l’ali­men­ta­tion et l’agri­cul­ture) an­non­çait que les prix des den­rées ali­men­taires, no­tam­ment les pro­duits de base tels que le sucre, les cé­réales, les huiles et ma­tières grasses et même la viande, avaient at­teint des ni­veaux re­cords. « Nous sommes dans une si­tua­tion très ten­due », a dé­cla­ré Ab­dol­re­za Ab­bas­sian, éco­no­miste char­gé du sui­vi du sec­teur des cé­réales au­près de la FAO.

Pour les ex­perts de l’Onu, les dif­fé­rentes ca­tas­trophes na­tu­relles — sé­che­resse en Rus­sie, pluies di­lu­viennes et inon­da­tions en Aus­tra­lie — ex­pli­que­raient les pé­nu­ries des cé­réales comme le maïs et le blé.

Se­lon l’or­ga­ni­sa­tion onu­sienne, quelque quatre-vingt pays se­raient en si­tua­tion de dé­fi­cit ali­men­taire. Les plus me­na­cés — le Bur­ki­na Fa­so, le Ma­li, la Mauritanie, le Ni­ger, le Sé­né­gal et le Tchad — sont des pays afri­cains.

La sé­cu­ri­té ali­men­taire et nu­tri­tion­nelle de­meure le dé­fi fon­da­men­tal de l’Afrique, alors pour­quoi, se de­mandent les ob­ser­va­teurs, les di­ri­geants afri­cains dé­ci­den­tils de cé­der des terres agri­coles à des en­tre­prises étran­gères qui ex­portent les pro­duits ré­sul­tant de leurs in­ves­tis­se­ments vers leurs pays d’ori­gine et laissent ain­si les Afri­cains à la mer­ci de la mal­nu­tri­tion, de la pau­vre­té et de la dé­pen­dance ?

De­puis des dé­cen­nies, les éco­no­mistes qui étu­dient le pro­blème re­con­naissent que par­ve­nir à la sé­cu­ri­té ali­men­taire, comme l’a dé­fi­nie il y a quelques an­nées le Som­met mon­dial de l’ali­men­ta­tion, est loin d’être as­su­ré dans les pays en voie de dé­ve­lop­pe­ment en gé­né­ral et en Afrique en par­ti­cu­lier. Pour ces ex­perts, la sé­cu­ri­té ali­men­taire ne se­rait as­su­rée que lorsque toute la population d’un pays a « à tout mo­ment un ac­cès phy­sique et éco­no­mique à une nour­ri­ture suf­fi­sante, saine et nu­tri­tive » . En outre et tou­jours se­lon les ex­perts, cette sé­cu­ri­té ali­men­taire de­vrait per­mettre à tous les ha­bi­tants de sa­tis­faire « leurs be­soins éner­gé­tiques et leurs pré­fé­rences ali­men­taires pour me­ner une vie saine et ac­tive ».

Cette se­maine à Da­kar, un dé­bat or­ga­ni­sé par le bu­reau pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre de l’Ins­ti­tut in­ter­na­tio­nal de re­cherche sur les po­li­tiques ali­men­taires ( IF­PRI) por­tait le thème « Hausse glo­bale des den­rées ali­men­taires : causes, consé­quences et ré­ponses » L’IF­PRI, dont le siège est à Wa­shing­ton, se spé­cia­lise à « iden­ti­fier et à ana­ly­ser des op­tions po­li­tiques qui visent à amé­lio­rer la sé­cu­ri­té ali­men­taire et la nu­tri­tion » et se concentre dans les pays à faible re­ve­nu et sur les per­sonnes pauvres. L’ob­jec­tif est d’éla­bo­rer des so­lu­tions po­li­tiques du­rables en don­nant un ap­pui ro­buste et sou­te­nu à l’agri- culture dans ces pays afin de ré­duire la pau­vre­té et éli­mi­ner la faim et la mal­nu­tri­tion.

L’ini­tia­tive pour la ré­duc­tion de la pau­vre­té et l’éli­mi­na­tion de la faim et de la mal­nu­tri­tion re­monte à juillet 2003. En ef­fet, c’est lors du Som­met de Ma­pu­to de cette an­née que les chefs d’Etat afri­cains s’étaient pro­non­cés sur la né­ces­si­té pour l’Afrique d’ex­ploi­ter plei­ne­ment ses res­sources afin « d’ac­croître sa pro­duc­tion ali­men­taire et agri­cole en vue de ga­ran­tir une sé­cu­ri­té ali­men­taire du­rable et d’as­su­rer la pros­pé­ri­té éco­no­mique pour ses po­pu­la­tions » et avaient dé­cla­ré « ré­ser­ver 10 % des bud­gets na­tio­naux au ser­vice du dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur agri­cole et à l’amé­lio­ra­tion de la qua­li­té et de la sé­cu­ri­té des pro­duits agri­coles ».

Mais comme tout ce qui concerne l’Afrique, les pro­messes et les dé­cla­ra­tions, tant de la part des chefs d’Etat afri­cains que de la part des pays du G8 et G20, concer­nant la ques­tion de la sé­cu­ri­té ali­men­taire des pays afri­cains ne se sont pas réa­li­sées dans leur in­té­gra­li­té. Les chiffres dé­montrent que par­mi les pays du monde qui su­bissent ac­tuel­le­ment une crise ali­men­taire, plus de 20 sont afri­cains, ce qui im­plique le fait qu’il y au­rait dé­sor­mais près du tiers de la population du conti­nent afri­cain qui fait face à une fa­mine chronique. Afin de faire face à cette crise ali­men­taire, le Som­met des chefs d’Etat afri­cains sur la sé­cu­ri­té ali­men­taire, qui s’était te­nu à Abuja, avait lan­cé le « Pro­gramme Mur vert » . L’ob­jec­tif de ce pro­gramme est de trou­ver « une so­lu­tion aux dif­fi­cul­tés que connaissent ac­tuel­le­ment les pays afri­cains pour nour­rir leurs po­pu­la­tions » et por­te­rait sur deux ob­jec­tifs de dé­ve­lop­pe­ment du Mil­lé­naire, la ré­duc­tion de la pau­vre­té et la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, tout en per­met­tant une « plus grande couverture vé­gé­tale, une pro­duc­ti­vi­té agri­cole ac­crue et de meilleurs re­ve­nus pour les com­mu­nau­tés qui en bé­né­fi­cie­ront ». La réa­li­sa­tion du Pro­gramme Mur vert s’étend sur une pé­riode de dix an­nées et vise la re­fo­res­ta­tion du lit­to­ral s’éten­dant de Saint-Louis au Sé­né­gal à Dji­bou­ti sur une lon­gueur de plus de 4 000 ki­lo­mètres et une lar­geur de 5 km, ce qui per­met­trait de lut­ter contre la dé­ser­ti­fi­ca­tion et four­ni­rait da­van­tage de terres dis­po­nibles pour la pro­duc­tion agri­cole, la res­tau­ra­tion de la vé­gé­ta­tion et le dé­ve­lop­pe­ment de l’éco­sys­tème

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