Point de non-re­tour

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - Inès Eis­sa

L

EGOU­VER­NE­MENT de Ba­char Al-As­sad pro­met­tait l’ou­ver­ture d’un « dia­logue na­tio­nal » en Syrie dans les pro­chains jours, au mo­ment où les forces de sé­cu­ri­té sy­riennes fai­saient à nou­veau par­ler les armes. A De­raa, ber­ceau de la contes­ta­tion an­ti-As­sad dans le sud, à Ka­boun, dans la ban­lieue de la ca­pi­tale, et à Homs, dans le centre du pays, il y a eu des vic­times, a in­di­qué un des op­po­sants au pou­voir, Ra­zan Zai­tou­na. Au moins neuf per­sonnes ont été tuées ven­dre­di et sa­me­di à Tall Ka­lakh, près de Homs, par les forces de l’ordre mal­gré les consignes of­fi­cielles de ne pas ou­vrir le feu sur les ma­ni­fes­tants, alors que le ré­gime fait face à un mou­ve­ment de contes­ta­tion sans pré­cé­dent de­puis bien­tôt deux mois. « Les forces de l’ordre, qui en­cerclent Tall Ka­lakh, tirent à l’arme au­to­ma­tique », a in­di­qué un té­moin.

Avec les mil­liers de per­sonnes qui ont ma­ni­fes­té ven­dre­di à Tall Ka­lakh, troi­sième ville de Syrie, à 160 km au nord de Da­mas, et en consé­quence de la ré­pres­sion, plu­sieurs cen­taines de Sy­riens ont fui pour le village voi­sin de Wa­di Kha­led dans le nord du Li­ban, se­lon des res­pon­sables lo­caux. En outre, les ar­res­ta­tions de mi­li­tants se pour­suivent, d’après le pré­sident de l’Ob­ser­va­toire sy­rien des droits de l’homme, Ra­mi Ab­del-Rah­mane, ba­sé à Londres.

Le ré­gime sy­rien traque dé­sor­mais les proches des op­po­sants po­li­tiques et des dé­fen­seurs des droits de l’homme, a dé­non­cé l’or­ga­ni­sa­tion amé­ri­caine Hu­man Rights Watch. « Les di­ri­geants de la Syrie parlent d’une guerre contre des ter­ro­ristes, mais ce que nous voyons sur le ter­rain c’est une guerre contre des Sy­riens or­di­naires qui ré­clament une ré­forme dé­mo­cra­tique dans leur pays », a dé­cla­ré Sa­rah Leah Whit­son, di­rec­trice de l’or­ga­ni­sa­tion new-yor­kaise pour le Proche-Orient. « L’état d’ur­gence a peut-être été abro­gé of­fi­ciel­le­ment, mais la ré­pres­sion conti­nue à être la règle dans les rues de Syrie », a-t-elle fait va­loir. Elle ajoute que le gou­ver­ne­ment sy­rien ex­ploite toutes les so­lu­tions pos­sibles pour dé­te­nir et pu­nir ceux qui ap­pellent à des ré­formes ci­viques dans le pays.

Pour sa part, le mi­nistre de l’In­for­ma­tion, Ad­nane Mah­moud, a an­non­cé l’ou­ver­ture d’un dia­logue na­tio­nal pour sor­tir de l’im­passe, de même que le re­trait gra­duel de l’ar­mée des foyers de contes­ta­tion : Ba­nias (au nordouest) et De­raa. « A Ba­nias, les chars s’étaient re­ti­rés du centre, mais les sol­dats et les forces de sé­cu­ri­té (y) étaient tou­jours pré­sents », a in­di­qué un mi­li­tant. Par ailleurs, les ma­ni­fes­tants pa­rais­saient moins nom­breux que lors des ras­sem­ble­ments an­té­rieurs dans les zones où l’ar­mée sy­rienne a dé­ployé des troupes et des blin­dés. Des signes in­diquent aus­si qu’As­sad est peut-être en train de chan­ger de stra­té­gie, pro­ba­ble­ment en ré­ac­tion à la pres­sion in­ter­na­tio­nale.

Etendre la liste « Un ré­gime qui tire au ca­non contre sa population perd sa lé­gi­ti­mi­té » , a de son cô­té es­ti­mé Alain Jup­pé, mi­nistre fran­çais des Af­faires étran­gères, en in­di­quant sou­hai­ter une « Syrie stable mais ( nous) pen­sons que la vraie sta­bi­li­té n’est pas dans la ré­pres­sion. Elle est dans la ré­forme » . Il a sou­li­gné que le texte des sanc­tions adop­tées par l’Union eu­ro­péenne contre 13 membres du ré­gime sy­rien laisse ou­verte la pos­si­bi­li­té d’étendre la liste à d’autres res­pon­sables, dont le pré­sident As­sad. Cette pre­mière liste s’est li­mi­tée pour l’ins­tant à un cer­tain nombre de noms dans le­quel ne fi­gure pas ce­lui du pré­sident Ba­char, puisque plu­sieurs par­te­naires consi­dèrent qu’il est né­ces­saire de faire preuve à son égard de plus de pa­tience. « Ce n’est pas le point de vue de la France parce que nous pen­sons d’ores et dé­jà qu’il est res­pon­sable d’une ré­pres­sion qui a fait plu­sieurs cen­taines de morts » , a pour­sui­vi M. Jup­pé, rap­pe­lant que Pa­ris cher­chait à faire condam­ner le ré­gime sy­rien au Con­seil de sé­cu­ri­té de l’Onu. Wa­shing­ton consi­dère ce­pen­dant qu’il n’y a pas ( en­core) de pos­si- bi­li­té de faire vo­ter une ré­so­lu­tion.

Les Etats-Unis ont pour­tant fait part de leur in­di­gna­tion de­vant la pour­suite de la ré­pres­sion san­glante des ma­ni­fes­ta­tions en Syrie. « Nous conti­nuons à cher­cher un moyen de faire pres­sion sur le ré­gime sy­rien, nous conti­nuons à ex­pri­mer clai­re­ment notre conster­na­tion face à la pour­suite de la vio­lence, et nous conti­nuons à dire que la fe­nêtre se ré­tré­cit pour le ré­gime sy­rien s’il veut ten­ter, de quelque ma­nière que ce soit, de ré­pondre aux as­pi­ra­tions de son peuple », a dé­cla­ré Mark Ton­ner, porte-pa­role de la diplomatie amé­ri­caine. Les Amé­ri­cains ont re­nou­ve­lé cette se­maine leurs ac­cu­sa­tions de « bar­ba­rie » en­vers le ré­gime. Mais au­de­là de ces for­mules in­ha­bi­tuelles dans le jar­gon di­plo­ma­tique, l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma n’est pas en­core prête à ap­pe­ler à un chan­ge­ment de ré­gime à Da­mas, a in­di­qué un haut res­pon­sable amé­ri­cain sous cou­vert de l’ano­ny­mat

Une longue dé­marche de li­ber­té et de dé­mo­cra­tie est at­ten­due de la part d’Al-As­sad.

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