Du plu­ra­lisme au par­ti unique

Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine - Ah­med Lout­fi Chaï­maa Ab­del-Ha­mid

L’exer­cice des droits po­li­tiques en Egypte a plu­sieurs dates de nais­sance. La pre­mière Cons­ti­tu­tion égyp­tienne, à l’ère mo­derne, est celle pro­mul­guée en 1882, ré­sul­tant d’une longue lutte da­tant de 1805. Ce­pen­dant, la pre­mière Cons­ti­tu­tion au vrai sens du terme en Egypte est celle pro­mul­guée suite à l’in­dé­pen­dance en 1922 après la Ré­vo­lu­tion de 1919 qui a mis fin au pro­tec­to­rat bri­tan­nique.

La pre­mière Cons­ti­tu­tion a été pro­mul­guée par le roi Fouad, le 19 avril 1923. Son pre­mier ar­ticle met l’ac­cent sur la sou­ve­rai­ne­té du pays, dé­crit comme un « Etat sou­ve­rain, libre et in­dé­pen­dant », pré­ci­sant en outre que « ses droits de sou­ve­rai­ne­té sont in­di­vi­sibles et in­alié­nables » et que « son gou­ver­ne­ment est ce­lui d’une mo­nar­chie hé­ré­di­taire ». Le roi est le chef de l’Etat, com­man­dant su­prême des ar­mées (ar­ticle 46). Sa per­sonne est in­vio­lable (ar­ticle 33).

Plu­sieurs ar­ticles ga­ran­tissent les li­ber- tés in­di­vi­duelles (ar­ticle 4), l’in­vio­la­bi­li­té de la pro­prié­té (ar­ticle 9), la li­ber­té d’opi­nion (ar­ticle 14) et le droit de réunion, pour­vu que ce soit « pai­si­ble­ment et sans armes » (ar­ticle 20). Le pou­voir lé­gis­la­tif est exer­cé par le roi, la Chambre des dé­pu­tés et le Sé­nat. D’eux seuls émanent les lois. En ver­tu des dis­po­si­tions de cette Cons­ti­tu­tion, le pre­mier Par­le­ment égyp­tien de l’époque mo­derne s’est te­nu en 1924. Le ré­gime était alors ba­sé sur le plu­ra­lisme po­li­tique. Le par­ti Wafd no­tam­ment re­pré­sen­tait la pre­mière for­ma­tion nationale, celle de Saad Zagh­loul, le leader de la Ré­vo­lu­tion.

La Cons­ti­tu­tion de 1923 res­te­ra en vi­gueur jus­qu’à son an­nu­la­tion le 22 oc­tobre 1930, mais elle ne tar­de­ra pas à être ré­ta­blie jus­qu’à la Ré­vo­lu­tion de juillet 1952. Avec l’avè­ne­ment du mou­ve­ment des Of­fi­ciers libres, c’est la chute du sys­tème plu­ra­liste et l’avè­ne­ment du ré­gime du par­ti unique. De­puis la Ré­vo­lu­tion de 1952, que d’au­cuns as­si­milent à un coup d’Etat, l’Egypte a connu plu­sieurs évo­lu­tions consti­tu­tion­nelles.

La Cons­ti­tu­tion du 23 juin 1956 a été pro­mul­guée en ver­tu du ré­fé­ren­dum da­té du même jour. Cette Cons­ti­tu­tion est la pre­mière de la Ré­pu­blique d’Egypte, pro­mul­guée suite à la ré­so­lu­tion re­la­tive à l’an­nu­la­tion du ré­gime royal, le 18 juin 1953.

Puis ce fut l’union entre l’Egypte et la Syrie, les deux pays s’ap­pe­lant la Ré­pu­blique arabe unie. La Cons­ti­tu­tion de l’union a été pro­mul­guée au mois de mars 1958.

Puis vint la Cons­ti­tu­tion pro­vi­soire adop­tée le 25 mars 1964, rem­pla­çant la Cons­ti­tu­tion de la Ré­pu­blique arabe unie après la dés­union de la Syrie et l’Egypte en sep­tembre 1961.

La Cons­ti­tu­tion a été pro­mul­guée le 11 sep­tembre 1971, cer­tains amen­de­ments furent in­tro­duits en 1980.

Les dis­po­si­tions prin­ci­pales in­cluses dans la Cons­ti­tu­tion et ses amen­de­ments consti­tuent la base de la vie po­li­tique, so­ciale et cultu­relle de­puis sa pro­mul­ga­tion en 1971.

La Cons­ti­tu­tion de 1971 a été pro­mul­guée sur l’ap­pro­ba­tion una­nime du peuple en ver­tu du ré­fé­ren­dum ef­fec­tué le 11 sep­tembre 1971. Ce­la a mar­qué de toute fa­çon le ren­for­ce­ment du mou­ve­ment du par­ti unique qui fut l’union so­cia­liste arabe an­cêtre de tous les par­tis qui vont suivre jus­qu’au Par­ti Na­tio­nal Dé­mo­crate (PND).

Après la dé­faite de juin 1967, ce fut un choc qui se­coua le ré­gime nas­sé­rien. Des ma­ni­fes­ta­tions im­menses me­nées par des jeunes res­sem­blant bien à la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier obli­gèrent le raïs à pro­mul­guer la Dé­cla­ra­tion du 30 mars, où il pro­met li­bé­ra­lisme et plu­ra­lisme après la li­bé­ra­tion du Si­naï. Après la mort de Nas­ser en sep­tembre 1970, ce fut le règne de Sa­date qui amor­ça la voie au plu­ra­lisme. C’est avec l’ou­ver­ture ( in­fi­tah) du par­ti unique au mul­ti­par­tisme, qui s’est réa­li­sée gra­duel­le­ment, que l’on cher­che­ra à in­no­ver par rap­port à la pé­riode an­té­rieure. Dans un pre­mier temps, le « Do­cu­ment d’Oc­tobre », qui se­ra ap­prou­vé par ré­fé­ren­dum en mai 1974, par­lait dé­jà de trans­for­mer l’Union so­cia­liste arabe en « un creu­set de dif­fé­rents points de vue ». Plus tard, en juillet 1975, une ré­so­lu­tion du par­ti unique per­met la Cons­ti­tu­tion de pla­te­formes ( ma­na­bir) en son sein, ca­pables d’ex­pri­mer dif­fé­rentes sen­si­bi­li­tés, sans com­pro­mettre les prin­cipes de base de la Ré­vo­lu­tion.

On comp­tait trois grandes pla­te­formes. Une pla­te­forme cen­triste, ap­pe­lée Pla­te­forme so­cia­liste arabe d’Egypte, ap­pe­lée à de­ve­nir le cou­rant do­mi­nant, pro-gou­ver­ne­men­tale et pré­si­dée par le pre­mier mi­nistre Mam­douh Salem, an­cien chef de la sé­cu­ri­té nationale. La deuxième, de droite, s’ap­pel­le­ra Pla­te­forme li­bé­rale so­cia­liste, et se­ra di­ri­gée par Ka­mil Mou­rad, an­cien of­fi­cier libre. Fi­na­le­ment, une troi­sième pla­te­forme de gauche, à ten­dance mar­xiste, s’ap­pel­le­rait Re­grou­pe­ment na­tio­nal pro­gres­siste uni­taire et se­rait di­ri­gée par Kha­led Mo­hied­dine, un autre Of­fi­cier de la pre­mière époque du nas­sé­risme et an­cien membre du Con­seil du com­man­de­ment de la Ré­vo­lu­tion.

En fait, le par­ti unique sub­sis­tait dans la plate-forme cen­triste, un sys­tème qui fut main­te­nu jus­qu’au plu­ri­par­tisme

En 1978, le pa­no­ra­ma po­li­tique s’est en­ri­chi avec l’ap­pa­ri­tion de nou­veaux par­tis en connexion avec des pro­jets po­li­tiques an­té­rieurs au nas­sé­risme. Ce fut d’abord le néo-Wafd, lé­ga­li­sé en fé­vrier 1978. Il était di­ri­gé par l’an­cien se­cré­taire du prin­ci­pal par­ti de la mo­nar­chie, Fouad Sé­ra­gued­dine. Le par­ti s’est au­to-dis­sous avant de re­ve­nir sur la scène po­li­tique sous Hos­ni Mou­ba­rak.

C’est aus­si en 1978 que les pla­te­formes créées par le par­ti unique al­laient pendre la forme de par­tis. Le Par­ti Na­tio­nal Dé­mo­crate (PND), par­ti do­mi­nant jus­qu’à la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier. En gros, tout le sys­tème est res­té ba­sé en réa­li­té sur le par­ti unique. Les der­nières lé­gis­la­tives fal­si­fiées de ma­nière fla­grante ont confir­mé ce fait et ont me­né sans doute à la ré­vo­lu­tion

Le Wafd d’an­tan, le pre­mier par­ti pa­trio­tique.

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