Pour une pro­me­nade d’un jour

Al Ahram Hebdo - - Voyages - Ami­ra Sa­mir

DE­PUIS les époques les plus re­cu­lées, les Egyp­tiens s’étaient at­ta­chés au Nil et le consi­dé­raient comme leur source de vie sur terre. Les sou­ve­rains d’Egypte ont tou­jours at­ta­ché beau­coup d’im­por­tance à l’ir­ri­ga­tion et à la ré­gu­la­tion de l’usage des eaux. Ils avaient creu­sé des ca­naux et des puits dans le dé­sert et construit des ponts sur le fleuve nour­ri­cier. Mais c’est à l’époque ot­to­mane que l’Egypte té­moigne d’une grande ré­vo­lu­tion qui se ma­ni­feste dans le do­maine de l’agri­cul­ture et de l’ir­ri­ga­tion. Plu­sieurs pro­jets géants d’ir­ri­ga­tion ont été exé­cu­tés tels les écluses, les ca­naux, les aque­ducs et les ré­ser­voirs. L’eau né­ces­saire était as­su­rée par l’adop­tion d’un sys­tème d’ir­ri­ga­tion pé­renne qui a per­mis l’aug­men­ta­tion de la su­per­fi­cie agri­cole. Cette pé­riode a été té­moin de la construc­tion de plu­sieurs pro­jets géants, dont Al-Qa­na­ter AlK­hay­riya (les aque­ducs) en 1834, ou le Bar­rage du Del­ta avec ses très agréables et vastes jar­dins.

Il s’agit au­jourd’hui de l’un des sites les plus vi­si­tés par les Egyp­tiens, sur­tout du­rant les jours fé­riés. Il s’agit aus­si d’une des­ti­na­tion tou­ris­tique bon mar­ché qui re­pré­sente un ma­gni­fique pe­tit voyage d’une jour­née sur le Nil sans la ten­sion in­évi­table in­hé­rente aux lieux pri­sés tra­di­tion­nel­le­ment par les tou­ristes oc­ci­den­taux. Le tra­jet agréable se fait en ba­teau, des na­vettes font des al­lers et des re­tours sur le Nil au dé­part du Caire.

Mais le site est au­jourd’hui dans un état la­men­table. Les ins­tal­la­tions, des­ti­nées aux loi­sirs et à l’ac­cueil des vi­si­teurs, sont vé­tustes et les routes sont en mau­vais état. La si­tua­tion né­ces­site l’exé­cu­tion ra­pide de tra­vaux pour rendre les vastes ter­rains d’Al-Qa­na­ter Al-Khay­riya une cu­rio­si­té in­con­tour­nable pour le tou­risme de masse, comme ils l’étaient pour long­temps.

Les mo­nu­ments d’Al-Qa­na­ter et ses vastes jar­dins d’an­tan doivent être dé­ve­lop­pés et res­tau­rés dans le cadre d’un pro­jet lan­cé par Adel Zayed, gou­ver­neur de Qa­liou­biya. Il vise à mettre en va­leur cette zone tou­ris­tique et à l’in­clure dans la carte gé­né­rale du tou­risme en Egypte. Les tra­vaux doivent être exé­cu­tés sous la su­per­vi­sion du mi­nis­tère d’Etat pour les Af­faires des an­ti­qui­tés. Le site du Bar­rage du Del­ta a été en­re­gis­tré comme mo­nu­ment is­la­mique en 1989. Le pro­jet in­clut aus­si le dé­ve­lop­pe­ment des moyens de trans­port qui re­lient Al-Qa­na­ter au Caire.

Bar­rage his­to­rique Si­tué à 28 ki­lo­mètres en aval du Caire, à l’en­droit exact où le Nil se di­vise en deux branches (celles de Ro­sette et de Da­miette), le site d’Al-Qa­na­ter Al-Khay­riya, com­man­dé par Mo­ha­mad Ali, a été ache­vé en 1863. Ce bar­rage, éta­bli à la pointe mé­ri­dio­nale du Del­ta du Nil, as­sure la ré­gu­la­tion hy­drau­lique de la Basse-Egypte. A cette époque, le Bar­rage du Del­ta était consi­dé­ré comme le plus grand ou­vrage hy­drau­lique du monde.

Le pro­jet de l’éta­blis­se­ment d’AlQa­na­ter re­monte ce­pen­dant à 1833. L’étude fut d’abord confiée à Li­nant de Bel­le­fonds (1799-1883), un of­fi­cier de ma­rine fran­çais pas­sé au ser­vice de Mo­ha­mad Ali. Le chan­tier fut inau­gu­ré en 1834. Une épi­dé­mie de peste pro­voque la fer­me­ture du chan­tier deux ans plus tard. En 1842, les tra­vaux sont confiés à un autre in­gé­nieur en hy­drau­lique, Mou­gel bey (1808-1890), un Fran­çais aus­si. La construc­tion du bar­rage a du­ré près de vingt ans, tra­ver­sant ain­si les règnes de trois khé­dives. Plus tard, le khé­dive Ab­bass confie à Mo­ha­mad Maz­har (1810-1873) le soin de me­ner le pro­jet à son terme. En 1863, le bar­rage est ter­mi­né, mais les vices de concep­tion sont tels qu’il doit être constam­ment ré­pa­ré. En 1883, il est ques­tion de l’aban­don­ner à la lente des­truc­tion du fleuve.

L’ou­vrage était édi­fié afin d’avoir en tout temps, même aux époques des plus basses eaux, une hau­teur pour les eaux d’ir­ri­ga­tion presque égale à celle des mo­ments d’inon­da­tion, et ce­la sans in­ter­rompre la na­vi­ga­tion. Com­po­sé de deux digues (une sur chaque branche du Nil), le bar­rage com­porte des tours res­sem­blant à celles des châ­teaux. Suite à une mau­vaise im­plan­ta­tion, l’édi­fice a dû être conso­li­dé à plu­sieurs re­prises. En 1936, Mou­gel bey n’ayant ja­mais pu rem­plir en­tiè­re­ment sa mis­sion, la ré­gu­la­tion hy­drau­lique de la Basse-Egypte est as­su­rée par un autre ou­vrage éta­bli à 200 mètres en aval. Sa construc­tion pren­dra 3 ans. C’est éga­le­ment à Mou­gel bey que se­raient dus les plans de la for­te­resse en­tou­rant le bar­rage, Al-Qa­laa AlSaï­diya, du nom du khé­dive Saïd qui ré­gna de 1854 à 1863. Elle fut cons­truite entre 1856 et 1859 à la de­mande de Saïd pa­cha, fils de Mo­ha­mad Ali. Le parc et le jar­din d’ac­cli­ma­ta­tion ont été amé­na­gés à la fin du siècle par Will­cocks, un in­gé­nieur an­glais pas­sion­né de bo­ta­nique.

Le site du Bar­rage du Del­ta abrite, entre autres, un mu­sée de l’ir­ri­ga­tion. Ins­tal­lé dans l’an­cienne ré­si­dence de l’in­gé­nieur en chef du bar­rage, ce mu­sée pos­sède une collection de ma­quettes des prin­ci­paux ou­vrages d’art du pays. L’en­semble re­trace l’évo­lu­tion de la tech­no­lo­gie des bar­rages de­puis 1860 jus­qu’à nos jours.

Ce lieu de pro­me­nade ap­pré­cié par un grand nombre de fa­milles se­ra fi­na­le­ment res­tau­ré et dé­ve­lop­pé. C’est en tout ce qu’un pro­jet pré­co­nise, il reste dé­sor­mais à le mettre en oeuvre, et ce­la est une autre histoire ... In­for­ma­tions pra­tiques : Il est pos­sible de s’y rendre en ba­teau­taxi de­puis la ca­pi­tale. Dé­part de la sta­tion Mas­pe­ro, de­vant l’im­meuble du siège de la té­lé­vi­sion. Une ba­lade agréable d’une heure et de­mie vous at­tend, à moins que vous ne pré­fé­riez prendre le bus !

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