À la dé­rive

Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine -

SUITE aux in­ci­dents de Mas­pe­ro, ou le di­manche noir, le ma­ré­chal Mo­ha­mad Hus­sein Tan­ta­wi a ap­prou­vé une loi sanc­tion­nant les dis­cri­mi­na­tions. Cet amen­de­ment au Code pé­nal pré­voit une amende de 30 000 L. E. pour toute dis­cri­mi­na­tion ba­sée sur « le genre, l’ori­gine, la langue, la re­li­gion ou les croyances » . En outre, si un fonc­tion­naire est re­con­nu cou­pable de dis­cri­mi­na­tion, il en­court au moins 3 mois de pri­son et une amende mi­ni­mum de 50 000 L.E. Une loi un peu tar­dive, car elle de­vait être pro­cla­mée lors des in­ci­dents d’At­fih ( voire page 5).

Mais mal­gré les 721 km qui sé­parent Le Caire d’As­souan, l’in­cen­die d’une église au vil­lage de Ma­ri­nab, qui a eu lieu au dé­but de ce mois, jette en­core ses re­flets sur la ca­pi­tale. L’his­toire a com­men­cé lorsque quelques sa­la­fistes du vil­lage ont mis le feu à l’église de Ma­ri­nab, où sont me­nés des tra­vaux de res­tau­ra­tion sous pré­texte qu’il s’agit d’une mai­son d’ac­cueil et non pas d’une église. Un scé­na­rio qui se ré­pète de­puis la chute de l’an­cien ré­gime et l’ab­sence to­tale du res­pect de la loi. Les ex­tré­mistes is­la­mistes ont dé­ci­dé d’ap­pli­quer eux-mêmes la loi sous la bé­né­dic­tion du gou­ver­neur qui joue le rôle du spec­ta­teur. Pour ex­pri­mer leur pro­tes­ta­tion, les chré­tiens ont dé­ci­dé de ma­ni­fes­ter de­vant le bâ­ti­ment de la Ra­dio et la Té­lé­vi­sion ( Mas­pe­ro). Une ma­ni­fes­ta­tion qui se ter­mine par une in­ter­ven­tion des forces de sé­cu­ri­té qui ont dis­per­sé les ma­ni­fes­tants en usant de beau­coup de vio­lence.

Face à cette dé­mons­tra­tion de force, la Coa­li­tion des jeunes de Mas­pe­ro ( dont les membres sont seule­ment des chré­tiens) lance des ap­pels à tra­vers Fa­ce­book et Twit­ter pour or­ga­ni­ser une grande ma­ni­fes­ta­tion qui irait du quar­tier de Chou­bra, au nord du Caire ( quar­tier ré­si­dé par une ma­jo­ri­té chré­tienne) jus­qu’à Mas­pe­ro. Vers 14h, des mil­liers de chré­tiens ve­nant des quatre coins du Caire se ras­semblent et com­mencent à se di­ri­ger vers Mas­pe­ro. Mais les choses ne se sont pas pas­sées pas comme ils ont dé­ci­dé. Sou­dain, ce fut le chaos. Des balles, des morts, des in­cen­dies ici et là et de la fu­mée par­tout. Ré­sul­tat : plus de 30 morts chré­tiens et sol­dats de l’ar­mée et plus de 250 bles­sés et 28 dé­te­nus.

L’ac­cu­sé in­trou­vable Coptes ... ar­mée ... comment des choses pa­reilles ont pu avoir lieu ? Pour­quoi ? Qui a ti­ré sur qui ? Des ques­tions res­tées sans ré­ponses. Des af­fron­te­ments meur­triers in­jus­ti­fiables. Dix jours après le drame, la si­tua­tion reste en­core vague. Une seule chose est sûre : le contexte ten­du entre les 2 camps. Quant aux mu­sul­mans, ils sont di­vi­sés. Il y a ceux qui sont pour les chré­tiens, et qui trouvent que l’ar­mée uti­lise les mêmes mé­thodes que l’an­cien ré­gime ap­pli­quait aux contes­ta­taires, tan­dis que les autres sont pour l’ar­mée qui re­pré­sente, se­lon eux, une ligne rouge qu’il ne faut pas dé­pas­ser. L’ar­mée égyp­tienne ne s’est pas com­por­tée comme celle de la Li­bye ou de la Sy­rie, qui ont tué leur peuple. Nous sommes dé­sor­mais face à une si­tua­tion cri­tique qui me­nace non seule­ment le pays, mais aus­si la conti­nui­té de la ré­vo­lu­tion. Sur­tout que le pays doit té­moi­gner dans quelques se­maines des élec­tions lé­gis­la­tives. Les en­quêtes du Par­quet mi­li­taire se pour­suivent. Le rap­port de la mé­de­cine lé­gale n’est pas en­core pu­blié, de même que les chiffres of­fi­ciels des sol­dats morts qu’on a ca­chés pour ne pas tou­cher à la mo­rale des autres mi­li­taires. Ce­pen­dant, ces fac­teurs aug­mentent la ten­sion dans le pays et prouvent d’un jour à l’autre la fai­blesse du gou­ver­ne­ment ac­tuel. Le gou­ver­ne­ment dans l’em­bar­ras Néan­moins, le vice-pre­mier mi­nistre et mi­nistre des Fi­nances, Ha­zem Al-Bi­bla­wi, a pré­sen­té sa dé­mis­sion en guise d’ob­jec­tion po­li­tique à l’at­ti­tude neutre du gou­ver­ne­ment en­vers la crise. « J’ai pré­sen­té ma dé­mis­sion parce que le gou­ver­ne­ment n’a pas as­su­ré la sé­cu­ri­té des ci­toyens » , a-t-il dit. Une dé­mis­sion qui a fait du bruit et qui a mis dans l’em­bar­ras le chef du gou­ver­ne­ment Es­sam Cha­raf, qui a été obli­gé d’an­non­cer la dé­mis­sion du gou­ver­ne­ment dans son en­semble. Cha­raf a mis cette dé­mis­sion à la dis­po­si­tion du Conseil Su­prême des Forces Ar­mées ( CSFA). Ce der­nier, à son tour, l’a re­fu­sée.

Et pour jus­ti­fier sa si­tua­tion et apai­ser la co­lère contre lui, le ( CSFA) a or­ga­ni­sé une confé­rence de presse pour éclair­cir les vé­ri­tés, sur­tout après les at­taques dont il a fait l’ob­jet après ces heurts. Plu­sieurs vi­déos ont été dif­fu­sées du­rant la confé­rence qui prouvent qu’il y a eu in­ci­ta­tion à l’usage de la force par quelques prêtres ain­si que des me­naces claires et nettes de tuer le gou­ver­neur d’As­souan s’il n’est pas dé­mis de ses fonc­tions dans un dé­lai de 2 jours. Le gé­né­ral Adel Omara, membre du CSFA, a ex­pli­qué que, pour l’ar­mée, « le peuple égyp­tien est tout ci­toyen in­dé­pen­dam­ment de sa cou­leur ou de sa re­li­gion ».

Il a dé­men­ti avoir fait un usage ex­ces­sif de la force face à la ma­ni­fes­ta­tion des coptes. De même, il a dé­cla­ré que ses sol­dats ont été at­ta­qués par des ma­ni­fes­tants por­teurs d’armes blanches, de bombes in­cen­diaires et de pierres. Il a nié que la po­lice mi­li­taire ait ti­ré à balles réelles sur les ma­ni­fes­tants ou qu’elle les ait vo­lon­tai­re­ment écra­sés avec des vé­hi­cules blin­dés.

Le gé­né­ral Omara a mon­tré des vi­déos de ma­ni­fes­tants s’em­pa­rant de vé­hi­cules blin­dés avant d’écra­ser des ma­ni­fes­tants, dé­men­tant ain­si que ces exac­tions aient été com­mises par des mi­li­taires. Le gé­né­ral a sou­te­nu que écra­ser des gens « ne fi­gu­rait pas dans le dic­tion­naire des forces ar­mées égyp­tiennes, même avec les en­ne­mis ». D’autre part, le gé­né­ral Mah­moud Hé­ga­zy, éga­le­ment membre du Conseil, a sou­li­gné que « si les sol­dats égyp­tiens avaient fait usage de leurs armes, la si­tua­tion au­rait tour­né à la ca­tas­trophe na­tio­nale ».

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