As­sad cherche à ga­gner du temps

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - Ma­ha Sa­lem

ES­SAYANT de trou­ver une is­sue à la crise qui se­coue le pays, le pré­sident sy­rien Ba­char Al-As­sad a émis un dé­cret an­non­çant la for­ma­tion d’un co­mi­té ad hoc qui éla­bo­re­ra un pro­jet de nou­velle Consti­tu­tion pour la Sy­rie, au len­de­main des ma­ni­fes­ta­tions mas­sives un peu par­tout dans le pays.

L’éla­bo­ra­tion d’une nou­velle Consti­tu­tion était l’une des prin­ci­pales re­ven­di­ca­tions de l’op­po­si­tion au dé­but du mou­ve­ment de contes­ta­tion lan­cé le 15 mars, mais les op­po­sants ont en­suite exi­gé le dé­part du pré­sident sy­rien. « As­sad a émis un dé­cret pré­si­den­tiel sti­pu­lant la for­ma­tion d’un co­mi­té na­tio­nal pour l’éla­bo­ra­tion d’un pro­jet de Consti­tu­tion pour la Sy­rie en vue de son ap­pro­ba­tion se­lon les règles consti­tu­tion­nelles », an­nonce un do­cu­ment pré­si­den­tiel.

Le co­mi­té compte 29 membres, dont Qa­dri Ja­mil, un chef du Par­ti com­mu­niste qui a pré­si­dé la dé­lé­ga­tion de l’op­po­si­tion sy­rienne « mo­dé­rée » lors d’une ré­cente vi­site en Rus­sie, et doit ache­ver sa mis­sion d’ici quatre mois. La fu­ture Consti­tu­tion, qui de­vra être adop­tée par les deux tiers du Par­le­ment, fe­rait l’ob­jet d’un ré­fé­ren­dum. Une dé­ci­sion tant at­ten­due non seule­ment par les pro­tes­ta- taires mais aus­si par la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. Mais il s’agi­rait a prio­ri d’une ten­ta­tive du pré­sident sy­rien pour ga­gner du temps et es­sayer de conte­nir la crise. Ba­char Al-As­sad avait dé­jà an­non­cé plu­sieurs ré­formes de­puis le dé­but de la contes­ta­tion, il a no­tam­ment le­vé l’état d’ur­gence et pro­mis des élec­tions lé­gis­la­tives « mul­ti­pa­ri­tés » d’ici fé­vrier. Ces ré­formes ont été ju­gées mo­destes non seule­ment par les pro­tes­ta­taires mais aus­si par la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. Sur­tout que As­sad a dé­ployé, pa­ral­lè­le­ment à ces pro­messes, ses chars et ses troupes un peu par­tout dans le pays pour ré­pri­mer bru­ta­le­ment les ma­ni­fes­ta­tions qua­si quo­ti­diennes, je­tant ain­si des doutes sur sa vo­lon­té réelle de chan­ge­ment. A cause de cette ré­pres­sion, plus de 3 000 ci­vils, dont au moins 187 en­fants, ont été tués de­puis le dé­but de la contes­ta­tion. L’Onu met en garde contre le risque d’une guerre ci­vile.

Fai­sant la sourde oreille, le ré­gime ne re­con­naît pas l’am­pleur de la contes­ta­tion qui dure de­puis sept mois et ac­cuse ré­gu­liè­re­ment des « bandes ter­ro­ristes ar­mées » d’être à l’ori­gine des troubles et de la mort des sol­dats.

En pre­mière ré­ac­tion à ces ac­cu­sa­tions, les mi­li­tants pro-dé­mo­cra­tie ont ré­cla­mé outre la chute du ré­gime, des élec­tions libres, l’an­nu­la­tion de la su­pré­ma­tie du par­ti Baas qui gou­verne le pays de­puis plus de 40 ans ain­si qu’une nou­velle Consti­tu­tion pour rem­pla­cer celle mo­di­fiée dans les an­nées 1970 sous le ré­gime de Ha­fez Al-As­sad, le père de Ba­char. Cette Consti­tu­tion mo­di­fiée dé­cou­rage tout plu­ra­lisme po­li­tique en oc­troyant au par­ti Baas, au pou­voir de­puis 1963, le sta­tut de di­ri­geant de l’Etat et de la so­cié­té. L’op­po­si­tion sy­rienne ré­clame l’abro­ga­tion de cette clause, de celle pré­voyant la no­mi­na­tion du pré­sident par le Baas et de nom­breuses autres lois adop­tées ces cin­quante der­nières an­nées qui per­mettent se­lon elle au chef de l’Etat et à son ap­pa­reil sé­cu­ri­taire de pra­ti­quer la ré­pres­sion et la cor­rup­tion en toute im­pu­ni­té. Les lois adop­tées par As­sad ces trois der­niers mois au­to­risent les par­tis po­li­tiques tout en main­te­nant le sys­tème de quo­tas qui ré­serve la ma­jo­ri­té des sièges aux agri­cul­teurs et aux sa­la­riés dont les re­pré­sen­tants font par­tie des syn­di­cats of­fi­ciels. Ce­pen­dant, l’ac­tuel Par­le­ment ne compte au­cune fi­gure de l’op­po­si­tion.

Se­lon les ana­lystes, le pré­sident sy­rien a été obli­gé à an­non­cer le pro­jet de cette nou­velle Consti­tu­tion pour faire face à la pres­sion exer­cée par la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. Pour la pre­mière fois, le pré­sident russe Dmi­tri Med­ve­dev a en­vi­sa­gé le dé­part de As­sad, es­ti­mant que le ré­gime sy­rien de­vait en­ga­ger des ré­formes ou par­tir. La Chine aus­si avait ap­pe­lé le pou­voir à ac­cé­lé­rer les ré­formes. Ces deux pays ont chan­gé un peu leur at­ti­tude en­vers la Sy­rie après une ses­sion à huis clos du Conseil de sé­cu­ri­té des Na­tionsU­nies. Celle-ci a tour­né à l’af­fron­te­ment di­plo­ma­tique sur la Sy­rie entre les pays eu­ro­péens, la Rus­sie et la Chine, qui ont op­po­sé leur ve­to à une ré­so­lu­tion condam­nant la ré­pres­sion.

« » La com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale est di­vi­sée sur la Sy­rie. La Rus­sie et la Chine, al­liés du ré­gime et membres per­ma­nents du Conseil de sé­cu­ri­té de l’Onu, ont op­po­sé le 4 oc­tobre leur ve­to à un pro­jet de ré­so­lu­tion eu­ro­péen me­na­çant ce ré­gime de « me­sures ciblées » pour qu’il cesse la ré­pres­sion. De son cô­té, l’Union eu­ro­péenne a adop­té un hui­tième train de sanc­tions à l’en­contre du ré­gime sy­rien. L’UE a dé­jà in­ter­dit no­tam­ment tout nou­vel in­ves­tis­se­ment dans le sec­teur pé­tro­lier et la four­ni­ture à la Sy­rie des billets de banque im­pri­més en Eu­rope. De son cô­té, l’Union eu­ro­péenne a dé­ci­dé d’im­po­ser des sanc­tions à une banque com­mer­ciale sy­rienne en rai­son des vio­la­tions des droits de l’homme, la Com­mer­cial Bank of Sy­ria, dé­jà sanc­tion­née en août par les Etats-Unis pour son fi­nan­ce­ment pré­su­mé de la pro­duc­tion de mis­siles sy­riens et d’armes non conven­tion­nelles. « Compte te­nu de la pour­suite de la ré­pres­sion et des vio­la­tions des droits de l’homme par le ré­gime sy­rien contre sa po­pu­la­tion, l’UE a ren­for­cé au­jourd’hui ses me­sures res­tric­tives à l’en­contre de la Sy­rie », a in­di­qué l’UE dans un com­mu­ni­qué. En plus, l’UE a ge­lé les ac­tifs d’une nou­velle en­ti­té qui sou­tient fi­nan­ciè­re­ment le ré­gime de Ba­char Al-As­sad, a ajou­té le texte qui ne donne pas plus de dé­tails. En re­vanche, l’agence of­fi­cielle sy­rienne a tou­te­fois an­non­cé la si­gna­ture d’un contrat avec le groupe al­le­mand Sie­mens por­tant sur l’agran­dis­se­ment d’une cen­trale élec­trique au nord de Da­mas pour un mon­tant de 305 mil­lions d’eu­ros. Un contrat qui a sus­ci­té beau­coup de doutes sur la cré­di­bi­li­té des sanc­tions im­po­sées contre le ré­gime sy­rien.

En ré­ac­tion à ces sanc­tions eu­ro­péennes, la Ligue arabe a ap­pe­lé di­manche der­nier, à l’is­sue d’une réunion ex­tra­or­di­naire sur la Sy­rie, à la te­nue d’une confé­rence de dia­logue na­tio­nal d’ici 15 jours au Caire entre le gou­ver­ne­ment sy­rien et l’op­po­si­tion, pour mettre fin aux vio­lences et évi­ter une in­ter­ven­tion étran­gère. « L’or­ga­ni­sa­tion pan­arabe a dé­ci­dé de lan­cer les contacts né­ces­saires avec le gou­ver­ne­ment sy­rien et l’en­semble des fac­tions de l’op­po­si­tion pour te­nir une confé­rence de dia­logue na­tio­nal glo­bal au siège de la Ligue arabe et sous son égide, d’ici 15 jours », a in­di­qué le mi­nistre qa­ta­ri des Af­faires étran­gères, cheikh Ha­mad bin Jas­sem. Ce der­nier a as­su­ré que cette confé­rence au­ra pour ob­jec­tif de « réa­li­ser les as­pi­ra­tions lé­gi­times du peuple sy­rien et le chan­ge­ment sou­hai­té », de « mettre fin à la vio­lence ». M. As­sad avait ap­pe­lé le 20 juin à un dia­logue na­tio­nal mais l’op­po­si­tion croit que cet ap­pel a été lan­cé pour ga­gner plus de temps et ne va pas abou­tir à une is­sue concrète pour sau­ver le pays

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