Vers une nou­velle ère

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - Ma­ha Sa­lem

A», ex­plique Lar­bi Choui­ka, un des 16 membres de l’Isie, sou­la­gé du bon dé­rou­le­ment du « scru­tin ».

Pour la pre­mière fois de­puis des dé­cen­nies, les Tu­ni­siens in­sistent à vo­ter et à ac­com­plir leur res­pon­sa­bi­li­té. Le père de l’in­dé­pen­dance, Ha­bib Bour­gui­ba, s’était oc­troyé une pré­si­dence à vie et son suc­ces­seur Zine Al-Abi­dine bin Ali avait sur­pris en 2009 en ne to­ta­li­sant que 89,6 % des voix, son plus mau­vais score. Le sou­lè­ve­ment po­pu­laire né en dé­cembre 2010 dans le centre déshé­ri­té du pays et qui a em­por­té le pré­sident Bin Ali le 14 jan­vier der­nier a plon­gé la Tu­ni­sie, pe­tit pays tou­ris­tique al­lié de l’Oc­ci­dent, dans l’in­con­nu.

Après neuf mois d’une pé­riode de tran­si­tion dif­fi­cile, mar­quée par une grogne so­ciale per­ma- QUELQUES jours d’un scru­tin his­to­rique en Tu­ni­sie, la com­mis­sion élec­to­rale tu­ni­sienne or­ga­ni­sait di­manche der­nier un vote blanc, ré­pé­ti­tion gé­né­rale avant l’élec­tion d’une as­sem­blée cons­ti­tuante. Une lourde tâche at­tend cette nou­velle as­sem­blée. Elle au­ra pour mis­sion de ré­di­ger une nou­velle Consti­tu­tion et de for­mer un exé­cu­tif qui gou­ver­ne­ra jus­qu’aux pro­chaines élec­tions gé­né­rales.

L’Ins­tance Su­pé­rieure In­dé­pen­dante des Elections (ISIE) a choi­si le bu­reau de vote de La Fayette, quar­tier cen­tral de la ca­pi­tale et pre­mière cir­cons­crip­tion de Tu­nis, où quelque 80 listes s’af­frontent. « Ce test nous per­met­tra de voir s’il y a des failles et de les combler pour ga­ran­tir un dé­rou­le­ment du vote dans les meilleures condi­tions pos­sibles nente et des flam­bées de vio­lence, les élec­teurs tran­che­ront pour de bon di­manche pro­chain, face à plus de 1 500 listes consti­tuées par des par­tis ou des per­son­na­li­tés in­dé­pen­dantes, pour élire les 217 membres (dont 19 à l’étran­ger) de la fu­ture as­sem­blée. Plus de 7 000 bu­reaux de vote se­ront mis à la dis­po­si­tion des élec­teurs. « Des mi­li­taires et des po­li­ciers as­su­re­ront le bon dé­rou­le­ment des opé­ra­tions de vote dans chaque bu­reau et des ren­forts spé­ci­fiques se­ront dé­ployés dans cer­tains bu­reaux sen­sibles », a af­fir­mé M. Jen­dou­bi, sans pré­ci­ser les lieux de ces bu­reaux. Au to­tal, quelque 4 mil­lions de Tu­ni­siens se sont ins­crits vo­lon­tai­re­ment sur les listes élec­to­rales en vue de l’élec­tion, mais trois autres mil­lions sont des élec­teurs po­ten­tiels. Les élec­teurs non ins­crits mais dis­po­sant d’une carte d’iden­ti­té peuvent vo­ter et les au­to­ri­tés ont an­non­cé qu’une cam­pagne de sen­si­bi­li­sa­tion a com­men­cé de­puis lun­di der­nier pour les in­ci­ter à par­ti­ci­per au scru­tin. Plus de 5 140 ob­ser­va­teurs tu­ni­siens et 530 ob­ser­va­teurs étran­gers se­ront mo­bi­li­sés pour le pro­chain scru­tin.

Le mon­tant consa­cré au fi­nan­ce­ment pu­blic de la cam­pagne élec­to­rale, qui pren­dra fin le 21 oc­tobre, s’éta­blit à 9,5 mil­lions de di­nars (en­vi­ron 4,5 mil­lions d’eu­ros) se­lon l’Isie, dont les deux tiers ont dé­jà été ver­sés aux par­tis et aux listes in­dé­pen­dantes. Tout fi­nan­ce­ment étran­ger est in­ter­dit, en ver­tu d’un dé­cret de loi adop­té pen­dant l’été. Pour les quelque 830 715 Tu­ni­siens de l’étran­ger, qui dis­po­se­ront de 19 sièges sur les 217 de la Cons­ti­tuante, 479 bu­reaux de vote ont été mis en place dans les six cir­cons­crip­tions (deux en France, une en Italie, une en Al­le­magne, une pour l’Amé­rique du Nord et une pour les pays arabes). Toute l’ar­chi­tec­ture du scru­tin re­pose sur l’Isie, qui or­ga­nise le vote et don­ne­ra les ré­sul­tats, le mi­nis­tère de l’In­té­rieur, res­pon­sable de dé­cen­nies de bour­rages d’urnes, étant écar­té du pro­ces­sus.

Conti­nui­té de l’Etat Le pré­sident tu­ni­sien in­té­ri­maire, Fouad Me­ba­zaa, a sa­lué la « mis­sion réus­sie » de la Haute ins­tance char­gée de pi­lo­ter les ré­formes po­li­tiques de l’après-Bin Ali, sou­li­gnant que la conti­nui­té de l’Etat avait été as­su­rée en dé­pit de crises du­rant toute la pé­riode ré­vo­lu­tion­naire. La com­mis­sion de ré­formes, criée peu après la chute du pré­sident Zine Al-Abi­dine Bin Ali le 14 jan­vier, a clô­tu­ré ses tra­vaux dix jours avant l’élec­tion d’une as­sem­blée cons­ti­tuante, un scru­tin his­to­rique qui re­ferme le pre­mier cha­pitre de la ré­vo­lu­tion tu­ni­sienne. « La Haute ins­tance a réus­si dans sa mis­sion, no­tam­ment avec la créa­tion de l’Isie (com­mis­sion élec­to­rale), l’adop­tion d’un code élec­to­ral, la pro­po­si­tion de lois re­la­tives au fi­nan­ce­ment des par­tis po­li­tiques, au fonc­tion­ne­ment des as­so­cia­tions », a dé­cla­ré M. Me­ba­zaa. Ce der­nier a aus­si re­le­vé l’adop­tion d’un « pacte ré­pu­bli­cain » qui doit ser­vir de socle à la fu­ture Consti­tu­tion. Ce pacte af­firme no­tam­ment « la sé­pa­ra­tion entre les do­maines po­li­tique et re­li­gieux » et re­fuse « toute forme de nor­ma­li­sa­tion avec l’Etat sio­niste ».

Créée fin fé­vrier pour des­si­ner les contours des fu­tures ins­ti­tu­tions de la Tu­ni­sie, la Haute ins­tance, in­dé­pen­dante de l’exé­cu­tif, « a tou­jours eu un dia­logue sé­rieux, par­fois dif­fi­cile, avec les membres du gou­ver­ne­ment », a dé­cla­ré son pré­sident, le ju­riste Yadh bin Achour. Une fois l’eu­pho­rie des pre­miers jours de la ré­vo­lu­tion re­tom­bée, les au­to­ri­tés de tran­si­tion ont af­fron­té une grogne so­ciale, des flam­bées de vio­lence et une crise éco­no­mique dans un cli­mat de dé­fiance en­tre­te­nant lui­même l’ins­ta­bi­li­té. La Haute ins­tance pour la réa­li­sa­tion des ob­jec­tifs de la ré­vo­lu­tion, la ré­forme po­li­tique et la tran­si­tion dé­mo­cra­tique n’a pas échap­pé aux cri­tiques. Au dé­part, une com­mis­sion pu­re­ment tech­nique de ju­ristes char­gés de toi­let­ter les lois de l’an­cien ré­gime s’était élar­gie fin fé­vrier pour in­té­grer un conseil, com­po­sé de re­pré­sen­tants de toutes les forces po­li­tiques et de la so­cié­té ci­vile. Mais le tra­vail de cette com­mis­sion était dif­fi­cile. Elle a es­sen­tiel­le­ment ba­taillé avec les deux prin­ci­pales for­ma­tions po­li­tiques, les is­la­mistes d’En­nah­da, don­nés fa­vo­ris pour le scru­tin, et le Par­ti Dé­mo­cra­tique Pro­gres­siste (PDP, centre-gauche). En­nah­da a plu­sieurs fois cla­qué la porte de la Haute ins­tance, l’ac­cu­sant de prendre des dé­ci­sions sans con­sul­ter tous ses membres. Ni­jib Cheb­bi du PDP lui a re­pro­ché de se com­por­ter « comme un Par­le­ment élu alors que ses membres ont été dé­si­gnés ».

Dé­fen­dant ses idées, Yadh bin Achour a tou­jours af­fir­mé qu’il pour­sui­vrait sa mis­sion jus­qu’au bout, par­ve­nant gé­né­ra­le­ment à ar­ra­cher un ac­cord par consen­sus. « Nous sommes ar­ri­vés à l’ap­proche d’un ren­dez-vous his­to­rique, dé­ci­dé par les Tu­ni­siens » après une ré­vo­lu­tion contre le ré­gime le plus cor­rom­pu de l’his­toire de la Tu­ni­sie. « Nous vou­lons au­jourd’hui ras­su­rer le peuple. Les ins­ti­tu­tions de l’Etat n’ont connu au­cune va­cance. Le gou­ver­ne­ment re­met­tra ses pou­voirs entre les mains du pro­chain gou­ver­ne­ment, qui se­ra is­su de l’as­sem­blée cons­ti­tuante », a de son cô­té in­sis­té le pré­sident in­té­ri­maire. Ar­ri­vé à la tête de l’Etat après la fuite de Bin Ali, Fouad Me­ba­zaa, 78 ans, s’était por­té ga­rant de « l’au­to­ri­té pu­blique » et avait pro­mis de tout faire pour sau­ve­gar­der les ac­quis de la ré­vo­lu­tion. Son man­dat pren­dra fin après les élec­tions et la re­mise du pou­voir au nou­vel exé­cu­tif

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