Ab­sence de ré­so­lu­tions contrai­gnantes de l’onu

Ac­cro­ché au pou­voir, le pré­sident re­jette tou­jours le plan éla­bo­ré par les mo­nar­chies du Golfe pour un trans­fert pa­ci­fique du pou­voir. La com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale reste ti­mide dans ses condam­na­tions de la ré­pres­sion.

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - M. S.

TEN­TANT de trou­ver des sou­tiens dans la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale, des pro­tes­ta­taires yé­mé­nites ont ap­pe­lé l’Onu à agir pour mettre fin à la ré­pres­sion et faire ju­ger le pré­sident Ali Ab­dal­lah Sa­leh, dont ils ré­clament en vain la dé­mis­sion de­puis le dé­but de l’an­née.

Dans une ré­fé­rence au Conseil de sé­cu­ri­té de l’Onu, qui a te­nu cette se­maine une réunion sur la crise yé­mé­nite, les pro­tes­ta­taires ont exi­gé que le pré­sident Sa­leh « soit tra­duit en jus­tice ». « Il n’y au­ra pas d’im­mu­ni­té, Sa­leh et ses agents doivent com­pa­raître en jus­tice », ont in­sis­té les pro­tes­ta­taires.

L’Onu a pour sa part pas­sé une ré­so­lu­tion qui a cho­qué les Yé­mé­nites. L’or­ga­ni­sa­tion a ap­pe­lé le pré­sident Sa­leh à dé­mis­sion­ner mais ne pré­voit pas de sanc­tions. Mal­gré des mois de pro­tes­ta­tions po­pu­laires, M. Sa­leh, au pou­voir de­puis 33 ans, re­fuse de dé­mis­sion­ner. Il exige que ses ri­vaux, le gé­né­ral dis­si­dent Ali Moh­sen Al-Ahmar et le puis­sant chef tri­bal cheikh Sa­dek Al-Ahmar, aux prises avec ses troupes à Sanaa, se re­tirent aus­si de la vie pu­blique. Le gé­né­ral Ali Moh­sen, un an­cien al­lié de M. Sa­leh, qui a ral­lié en mars der­nier la contes­ta­tion, af­firme qu’il n’a au­cune am­bi­tion po­li­tique bien qu’il contrôle mi­li­tai­re­ment cer­taines par­ties de la ca­pi­tale. Quant au cheikh Sa­dek, qui n’a pas de po­si­tion of­fi­cielle, il di­rige la plus puis­sante tri­bu du pays, tan­dis que son frère, Ha­mid, un homme d’af­faires mil­liar­daire, est une fi­gure de l’op­po­si­tion is­la­miste.

Cam­pant sur sa po­si­tion, Sa­leh a ac­cu­sé les ma­ni­fes­tants d’être mi­li­ta­ri­sés et de faire par­tie d’un coup d’Etat or­ches­tré par les is­la­mistes. « C’est un coup d’Etat mi­li­taire des Frères mu­sul­mans, en co­or­di­na­tion avec Al-Qaë­da », a-t-il lan­cé lors d’une réunion avec des hauts res­pon­sables mi­li­taires, fai­sant ap­pa­rem­ment ré­fé­rence au par­ti d’op­po­si­tion Is­lah. « Comment pour­rait- il s’agir de ma­ni­fes­ta­tions pa­ci­fiques alors qu’elles sont sou­te­nues par une force mi­li­taire dis­si­dente, de­ve­nue par­tie pre­nante de la contes­ta­tion ? », a-t-il mar­te­lé en es­ti­mant que l’op­po­si­tion, les dis­si­dents et les chefs tri­baux d’Al-Ahmar étaient dé­ter­mi­nés à prendre le pou­voir « même si ce­la pro­vo­quait une ef­fu­sion de sang ».

En pre­mière ré­ac­tion à ces dé­cla­ra­tions, le gé­né­ral Ali Moh­sen AlAh­mar a ap­pe­lé à une dé­mi­li­ta­ri­sa­tion des villes pour évi­ter de nou­velles pertes par­mi les ci­vils et au ren­for­ce­ment de la pres­sion in­ter­na­tio­nale sur M. Sa­leh pour qu’il cède le pou­voir. Il a pro­po­sé de « re­ti­rer les forces ar­mées » loyales au chef de l’Etat et les mi­li­taires de la division blin­dée des villes et de les re­dé­ployer à au moins 200 km des centres ur­bains. Ce re­trait doit éga­le­ment concer­ner, se­lon lui, les bandes ar­mées des tri­bus fi­dèles à M. Sa­leh qu’il uti­lise pour « ré­pri­mer la po­pu­la­tion à Sanaa ».

Un plan de sor­tie de crise, pro­po­sé par les mo­nar­chies du Golfe, qui offre l’unique cadre de rè­gle­ment po­li­tique, pré­voit la dé­mis­sion du pré­sident Sa­leh, mais n’aborde pas le rôle de ses ri­vaux dans un fu­tur gou­ver­ne­ment. Un pro­jet de ré­so­lu­tion de l’Onu ap­pelle à l’ap­pli­ca­tion du plan du Golfe et un arrêt im­mé­diat de la vio­lence mais des ana­lystes es­timent qu’une ré­so­lu­tion sans me­naces d’ac­tion au­ra peu d’ef­fet sur le ter­rain.

Alors que les contes­ta­taires, qui ob­servent de­puis fé­vrier des sit-in pour exi­ger le dé­part du dic­ta­teur, es­pèrent une ac­tion dé­ci­sive du Conseil de sé­cu­ri­té, le gou­ver­ne­ment de Sanaa a in­vi­té l’Onu à s’abs­te­nir de toute ré­so­lu­tion qui com­pli­que­rait la crise.

« Le gou­ver­ne­ment yé­mé­nite, qui suit avec in­té­rêt et consi­dé­ra­tion les do­léances du Conseil de sé­cu­ri­té sur la si­tua­tion au Yé­men, sou­ligne que le rè­gle­ment de la crise ne se fe­ra pas par l’adop­tion de ré­so­lu­tions », a dé­cla­ré un porte-pa­role du gou­ver­ne­ment dans un com­mu­ni­qué. Ce der­nier a émis l’es­poir que le Conseil de sé­cu­ri­té « n’adopte pas de ré­so­lu­tion qui com­pli­que­rait da­van­tage la crise ».

Le porte-pa­role a par ailleurs in­vi­té le Conseil de sé­cu­ri­té à « ap­por­ter une aide au dé­ve­lop­pe­ment et à contri­buer au rè­gle­ment des dif­fi­cul­tés éco­no­miques qu’af­fronte le Yé­men en rai­son de la crise po­li­tique », qui per­siste de­puis jan­vier der­nier.

Le Yé­men est dé­chi­ré par la ré­volte po­pu­laire pa­ci­fique qui s’est en par­tie trans­for­mée en conflit entre fac­tions ri­vales. Le pays est aus­si in­fil­tré par Al-Qaë­da, un ar­gu­ment que Sa­leh ne cesse de mettre en avant, se pla­çant comme l’unique bar­rage contre l’avan­cée du groupe ter­ro­riste. A ces dif­fi­cul­tés s’ajoutent un groupe sé­pa­ra­tiste dans le sud et une ré­bel­lion chiite dans le nord. Le pays souffre en outre d’un ef­fon­dre­ment de son éco­no­mie

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