Des re­la­tions au plus bas

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - Ma­ha Al-cher­bi­ni

», s’est in­ter­ro­gé le pré­sident amé­ri­cain. In­ter­ro­gé sur les suites de cette af­faire, M. Oba­ma s’est dit dé­ter­mi­né à conti­nuer à ap­pli­quer les sanc­tions les plus strictes et pour­suivre la mo­bi­li­sa­tion de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale pour faire en sorte que l’Iran soit de plus en plus iso­lé et paie le prix d’un tel com­por­te­ment.

Bran­dis­sant la me­nace de nou­velles sanc­tions, plu­sieurs sé­na­teurs amé­ri­cains ont plai­dé cette se­maine à Wa­shing­ton pour un dur­cis­se­ment du ré­gime des sanc­tions contre l’Iran, qui vi­se­raient sa Banque cen­trale ou ses ex­por­ta­tions pé­tro­lières. Une me­sure qua­li­fiée de « po­ten­tiel­le­ment des­truc­trice » pour l’éco­no­mie ira­nienne dé­jà en mal à cause des sanc­tions in­ter­na­tio­nales. Se­lon les ex­perts, la sanc­tion la plus ef­fi­cace, qui se pro­file dé­jà à l’ho­ri­zon, concer­ne­rait la Banque cen­trale du pays, ap­pe­lée Banque Mar­ka­zi, au coeur des in­té­rêts fi­nan­ciers et pé­tro­liers du pays. Les Etats-Unis sont à la re­cherche d’un « sou­tien mul­ti­la­té­ral » pour

ALORS que l’Agence In­ter­na­tio­nale de l’Ener­gie Ato­mique (AIEA) va pu­blier en no­vembre un nou­veau rap­port sur le pro­gramme nu­cléaire contro­ver­sé de Té­hé­ran, la ten­sion est mon­tée d’un cran entre les Etats-Unis et l’Iran, lais­sant pré­sa­ger de nou­velles sanc­tions amé­ri­caines contre sa bête noire. La ré­cente crise entre le « chat et la sou­ris »— Wa­shing­ton et Té­hé­ran — a écla­té suite à l’ac­cu­sa­tion adres­sée cette se­maine par Wa­shing­ton à deux res­sor­tis­sants ira­niens d’avoir ten­té d’as­sas­si­ner l’am­bas­sa­deur saou­dien aux Etats-Unis, Adel Al-Ju­beir, dans un com­plot « conçu, or­ga­ni­sé et di­ri­gé » par l’Iran. Aver­tis­sant Té­hé­ran qu’il en su­bi­rait les consé­quences, la chef de la di­plo­ma­tie amé­ri­caine, Hilla­ry Clin­ton, a an­non­cé sa­me­di que Wa­shing­ton al­lait, avec ses al­liés, « en­voyer un mes­sage fort à l’Iran, et l’iso­ler en­core plus de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale ».

Il semble que la guerre des mots entre les deux « éter­nels en­ne­mis » au­rait, cette fois-ci, des di­men­sions plus graves, sur­tout après l’ac­cu­sa­tion ou­verte adres­sée par le pré­sident amé­ri­cain au ré­gime ira­nien, l’in­cul­pant dans le com­plot dé­joué. « Ce que nous sa­vons, c’est qu’un in­di­vi­du amé­ri­cain d’ori­gine ira­nienne était im­pli­qué dans un com­plot pour as­sas­si­ner l’am­bas­sa­deur saou­dien. Et nous sa­vons aus­si qu’il avait des liens di­rects, qu’il était payé et re­ce­vait des ordres d’in­di­vi­dus au sein du gou­ver­ne­ment ira­nien », a af­fir­mé sa­me­di M. Oba­ma, exi­geant que de hauts res­pon­sables du gou­ver­ne­ment de Té­hé­ran « rendent des comptes ». « Pour l’Iran, il est im­por­tant de ré­pondre à la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale : pour­quoi qui­conque dans leur gou­ver­ne­ment est-il en­ga­gé dans de telles ac­ti­vi­tés ? s’en prendre à cette banque ira­nienne, a an­non­cé un res­pon­sable amé­ri­cain, sur­tout après que des rap­ports amé­ri­cains eurent ré­cem­ment ré­vé­lé que Té­hé­ran avait cher­ché à uti­li­ser cette banque pour re­ce­voir des paie­ments du Royaume-Uni, de l’Es­pagne, de l’Italie ou de la Co­rée du Sud. Dé­jà, les en­tre­prises et res­sor­tis­sants amé­ri­cains sont in­ter­dits de toute tran­sac­tion avec cette Banque cen­trale, mais le der­nier pas à fran­chir se­rait de sanc­tion­ner toute en­ti­té étran­gère qui com­mer­ce­rait avec elle, for­çant cer­tains à un choix « cor­né­lien » : faire des af­faires avec les Etats-Unis ou avec la Banque cen­trale ira­nienne. Le choix semble dé­jà clair sur­tout ce­lui de Londres et de l’Union eu­ro­péenne qui n’ont pas tar­dé à prendre la par­tie de Wa­shing­ton, me­na­çant Té­hé­ran que l’af­faire au­rait « des consé­quences très graves » si les ac­cu­sa­tions amé­ri­caines étaient prou­vées. L’Iran est dé­jà sous le coup de six ré­so­lu­tions du Conseil de sé­cu­ri­té de l’Onu condam­nant ses pro­grammes nu­cléaire et ba­lis­tique, dont quatre as­sor­ties de sanc­tions. Se­lon les ana­lystes, ces sanc­tions com­mencent à pe­ser très lourd sur l’éco­no­mie ira­nienne.

L’Iran dé­nonce et se dis­culpe Re­je­tant les ac­cu­sa­tions amé­ri­caines en bloc, Té­hé­ran dé­nonce un coup mon­té de Wa­shing­ton qui tente de di­vi­ser les pays mu­sul­mans, pro­té­ger Is­raël et ac­croître la pres­sion sur la Ré­pu­blique is­la­mique dé­jà sou­mise à de sé­vères sanc­tions in­ter­na­tio­nales pour son pro­gramme nu­cléaire contro­ver­sé. « Scé­na­rio ri­di­cule fa­bri­qué de toutes pièces pour créer des ten­sions entre l’Iran et ses voi­sins arabes du Golfe », a im­mé­dia­te­ment ré­tor­qué Té­hé­ran, met­tant en garde contre toute ten­ta­tive de confron­ta­tion avec Wa­shing­ton. « Nous ne cher­chons pas la confron­ta­tion, mais s’ils nous l’im­posent, les consé­quences se­ront plus dures pour eux que pour l’Iran », a af­fir­mé le chef de la di­plo­ma­tie, Ali Ak­bar Sa­le­hi.

Quant au guide su­prême de la ré­vo­lu­tion ira­nienne, l’aya­tol­lah Ali Kha­me­nei, qui dé­ter­mine les grandes orien­ta­tions po­li­tiques na­tio­nales et in­ter­na­tio­nales de l’Iran, sa ré­ac­tion a été plus que ferme, confir­mant que Té­hé­ran n’en­ten­dait re­con­naître au­cune res­pon­sa­bi­li­té dans cette af­faire, qua­li­fiant les ac­cu­sa­tions amé­ri­caines d’« ab­surdes et gra­tuites ». « Les Etats-Unis ont créé toute une his­toire ces der­niers jours avec des ac­cu­sa­tions ab­surdes en ac­cu­sant l’Iran de sou­te­nir le ter­ro­risme, mais ce type de conspi­ra­tion ne réus­si­ra pas à iso­ler la Ré­pu­blique is­la­mique », a af­fir­mé le nu­mé­ro un ira­nien.

Pas­sant de la pa­role à l’acte, l’Iran a sai­si le se­cré­taire gé­né­ral de l’Onu, Ban Ki-moon, et le Conseil de sé­cu­ri­té sur les « consé­quences dan­ge­reuses » que pour­raient avoir les ac­cu­sa­tions amé­ri­caines sur la sta­bi­li­té dans le Golfe et au Moyen-Orient. Dans une lettre of­fi­cielle, l’am­bas­sa­deur d’Iran à l’Onu, Mo­ham­mad Kha­zaee, a éga­le­ment ap­pe­lé les voi­sins mu­sul­mans à se mon­trer vi­gi­lants contre les cam­pagnes vi­cieuses des EtatsU­nis vi­sant à ébran­ler la paix et les re­la­tions d’ami­tié entre les pays de la ré­gion.

Mal­gré les ap­pels à la vi­gi­lance et à la re­te­nue, les ac­cu­sa­tions amé­ri­caines ont réa­li­sé leur ob­jec­tif : trou­bler les re­la­tions entre l’Iran et l’Ara­bie saou­dite. Au dé­but, la ré­ac­tion saou­dienne était re­la­ti­ve­ment « dis­crète » avant de dé­gé­né­rer en co­lère et condam­na­tion sans bornes. Le pre­mier à dé­non­cer le com­plot ira­nien fut le prince Tur­ki Al-Fai­sal, an­cien am­bas­sa­deur au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, qui a af­fir­mé que les preuves montrent clai­re­ment la res­pon­sa­bi­li­té ira­nienne au ni­veau of­fi­ciel. « Quel­qu’un en Iran de­vra payer, quelles que soient la ou les per­sonnes im­pli­quées », a pour­sui­vi ce membre de la fa­mille royale saou­dienne. Par­ta­geant la même co­lère, le mi­nistre saou­dien des Af­faires étran­gères, le prince Saoud Al-Fay­çal a aver­ti de sa part : « Nous ne plie­rons pas de­vant les pres­sions de l’Iran et nous lui de­man­de­rons des comptes pour toute ac­tion hos­tile, à la­quelle l’Ara­bie saou­dite ap­por­te­ra une ri­poste ap­pro­priée », af­fir­mant que la di­rec­tion ira­nienne pour­suit son in­gé­rence dans les af­faires des autres pays et ses ten­ta­tives ré­pé­tées de dé­sta­bi­li­ser les Etats. L’Ara­bie saou­dite a, bien plus, de­man­dé au se­cré­taire gé­né­ral de l’Onu, Ban Ki-moon, d’in­for­mer le Conseil de sé­cu­ri­té du « com­plot odieux » contre son am­bas­sa­deur à Wa­shing­ton, es­ti­mant que toutes les per­sonnes liées à ce com­plot doivent être pré­sen­tées de­vant la jus­tice.

Se­lon les ex­perts, ces ré­cents évé­ne­ments ont mis de l’huile sur le feu et ont en­ve­ni­mé des re­la­tions dé­jà per­tur­bées entre Té­hé­ran et Riyad, sur­tout que l’af­faire du com­plot in­ter­vient après l’in­ter­ven­tion mi­li­taire saou­dienne à Bah­reïn en mars pour ai­der à ré­pri­mer une ré­volte de la po­pu­la­tion ma­jo­ri­tai­re­ment chiite, comme en Iran, contre la dy­nas­tie sun­nite de l’émi­rat. Riyad a ac­cu­sé l’Iran d’avoir fo­men­té des ma­ni­fes­ta­tions vio­lentes la se­maine der­nière dans l’Est chiite de l’Ara­bie saou­dite, lais­sant en­tendre que l’af­faire au­rait des suites.

Or, avant de pen­ser aux suites de l’af­faire, il faut d’abord re­te­nir son souffle, s’ar­rê­ter et ré­flé­chir : s’agit-il vrai­ment d’un com­plot ira­nien contre son voi­sin mu­sul­man ou bien c’est un simple piège ten­du par Wa­shing­ton pour trou­bler les re­la­tions de sa bête noire avec ses voi­sins mu­sul­mans et l’iso­ler de plus en plus sur la scène in­ter­na­tio­nale ?

Fu­rieux, le guide su­prême a qua­li­fié les ac­cu­sa­tions amé­ri­caines d’ab­surdes et gra­tuites.

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