Des es­poirs mais tou­jours pas de so­lu­tion

Al Ahram Hebdo - - Environnement - Da­lia Ab­del-sa­lam

CE FO­RUM a réuni dans la ville ita­lienne de Cue­no des jour­na­listes, des ana­lystes éco­no­miques, des cli­ma­to­logues et même des so­cio­logues. Ob­jec­tif : iden­ti­fier les ou­tils sus­cep­tibles de don­ner au ci­toyen les moyens de se pla­cer au centre des dé­ci­sions éco­lo­giques. Car les ci­toyens aus­si ont un rôle à jouer dans la crise glo­bale ac­tuelle. Une crise aux di­men­sions mul­tiples : éco­no­miques, po­li­tiques, so­ciales et éco­lo­giques.

Une di­zaine de pays à tra­vers le monde font ac­tuel­le­ment face à plu­sieurs pro­blèmes ma­jeurs. Grave ré­ces­sion éco­no­mique, crise éco­lo­gique, écart de plus en plus im­por­tant entre les riches et les pauvres et cadre dé­mo­cra­tique in­ca­pable de faire face aux dé­fis de l’ave­nir. Les so­lu­tions sont loin de cou­ler de source.

Les ex­perts ont in­sis­té sur le rôle des mé­dias, qui doivent te­nir un rôle de pre­mier plan pour sen­si­bi­li­ser les ci­toyens aux causes en­vi­ron­ne­men­tales et pour pro­po­ser des idées ori­gi­nales et des so­lu­tions réa­listes. Le plus urgent est de ré­duire les émis­sions de gaz à ef­fet de serre et no­tam­ment le di­oxyde de car­bone (CO ).

Pour William Rees, éco­no­miste spé­cia­liste de l’en­vi­ron­ne­ment à l’Uni­ver­si­té de Co­lom­bieB­ri­tan­nique au Ca­na­da (connu pour avoir in­ven­té le concept de « l’em­preinte éco­lo­gique »), la destruction de l’en­vi­ron­ne­ment et l’épui­se­ment des res­sources conti­nuent à une vi­tesse alar­mante. Cette si­tua­tion au­ra un im­pact consi­dé­rable sur la pla­nète si rien n’est fait.

Se­lon lui, la terre peut sup­por­ter l’em­preinte éco­lo­gique d’une po­pu­la­tion dont la den­si­té est de 1,8 ha par in­di­vi­du. Au­jourd’hui, la den­si­té moyenne mon­diale est de 51 ha­bi­tants par ki­lo­mètre car­ré, soit une su­per­fi­cie moyenne de 0,51 hec­tare par in­di­vi­du. « Nous avons à faire un choix de na­ture po­li­tique pour chan­ger la struc­ture de l’éco­no­mie mon­diale ain­si que nos com­por­te­ments », ex­plique Rees. Il de­mande aux mé­dias de jouer un rôle plus im­por­tant pour im­pli­quer da­van­tage les po­pu­la­tions et les gou­ver­ne­ments du monde et leur ex­pli­quer les di­men­sions des pro­blèmes en­vi­ron­ne­men­taux.

Se­lon Tet­su­ro Aka­ne­ga­ku­bo, di­rec­teur de l’école ja­po­naise de Rome, l’ac­ci­dent nu­cléaire de Fu­ku­shi­ma a mon­tré que rien n’est dé­pour­vu de dan­ger. Après l’ac­ci­dent, les Ja­po­nais ont com­men­cé à re­pen­ser leur mo­dèle de pro­duc­tion éner­gé­tique. « De­puis quelques mois, un cer­tain nombre de villes a com­men­cé à en­cou­ra­ger les sources d’éner­gie propre. Les ci­toyens et les en­tre­prises veulent de­ve­nir au­to-pro­duc­teurs d’éner­gie et in­ves­tir dans des sys­tèmes d’éco­no­mie d’éner­gie » , as­sure Tet­su­ro Aka­ne­ga­ku­bo. Pour Igna­cio Ra­mo­net, an­cien ré­dac­teur en chef du Monde Di­plo­ma­tique, l’ac­ci­dent de Fu­ku­shi­ma n’est pas seule­ment lo­cal mais au­ra un im­pact sur les consciences dans l’en­semble du monde. Ra­mo­net rap­pelle des prin­cipes par­fois uto­piques. « Nous ne de­vons pas conti­nuer à construire des mé­ga-in­fra­struc­tures, des routes prin­ci­pales, des ponts, des tun­nels sous les mon­tagnes » , af­firme-t-il. « Le peuple peut dire non et peut vrai­ment chan­ger les choses vers le mieux », conclut-il.

Le fo­rum n’a pas ap­por­té de so­lu­tion im­mé­diate. Il s’est conten­té de ti­rer la son­nette d’alarme. Mais des in­ter­ro­ga­tions de­meurent. Si les pays dé­ve­lop­pés pos­sèdent le luxe de moins pol­luer, ce n’est pas le cas de la Chine, de l’Inde, du Bré­sil ou de l’Egypte qui, pour se dé­ve­lop­per, ont be­soin de pro­duire. Et pro­duire pol­lue l’en­vi­ron­ne­ment. Pol­lu­tion ou fa­mine ? CO ou pau­vre­té ? Si les pays dé­ve­lop­pés ne trans­mettent pas leurs com­pé­tences tech­no­lo­giques aux pays en dé­ve­lop­pe­ment pour leur per­mettre de pro­duire du « propre », ces pays se­ront, comme le reste du monde, tou­chés par les ef­fets né­fastes de la pol­lu­tion. L’en­vi­ron­ne­ment est avant tout une ques­tion po­li­tique.

La seule bonne vo­lon­té des ci­toyens ne suf­fit pas, même si elle consti­tue un bon dé­but. Quant aux dé­mo­cra­ties, la réa­li­té nous montre qu’elles ne sont pas toutes un exemple à suivre. Les Etats-Unis, la plus grande dé­mo­cra­tie du monde en terme d’in­di­vi­dus, se re­fusent tou­jours à si­gner des trai­tés contrai­gnants les obli­geant à moins pol­luer. La route est en­core longue

Les dix pays à l’em­preinte éco­lo­gique la plus forte par ha­bi­tant

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