Dif­fi­cile re­cons­truc­tion

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - Ma­ha Sa­lem

«Dé­cla­ra­tion de li­bé­ra­tion ! Le­vez haut vos têtes ! Vous êtes des Li­byens libres ! ». Une dé­cla­ra­tion at­ten­due lan­cée par le vice-pré­sident du Conseil Na­tio­nal de Tran­si­tion (CNT), Ab­del-Ha­fez Gho­ga. Un nou­velle ce­pen­dant ter­nie par la po­lé­mique au­tour des cir­cons­tances de la mort de l’an­cien di­ri­geant, Mouam­mar Kadha­fi, as­sas­si­né après avoir été cap­tu­ré vi­vant. Se­lon le se­cré­taire gé­né­ral de l’Otan, An­ders Fogh Ras­mus­sen, les opé­ra­tions mi­li­taires en Li­bye pren­dront fin le 31 oc­tobre. Le CNT at­ten­dait la prise de Syrte, der­nier bas­tion pro-Kadha­fi (tom­bé jeu­di 20 oc­tobre), pour pro­cla­mer la li­bé­ra­tion du pays. A en croire le nu­mé­ro deux du CNT, Mah­moud Ji­bril, une au­top­sie réa­li­sée di­manche der­nier a conclu que Kadha­fi avait été tué d’une balle dans la tête lors d’un échange de tirs sur le che­min de l’hô­pi­tal. Des dé­cla­ra­tions en contradiction avec les vi­déos cho­quantes qui cir­culent sur le Web. Celles-ci montrent l’an­cien dic­ta­teur bles­sé et sans arme se faire ta­bas­ser par plu­sieurs com­bat­tants sur­ex­ci­tés.

Dans son pre­mier dis­cours, le pré­sident du CNT, Mous­ta­pha Ab­del­ja­lil, a af­fir­mé que la lé­gis­la­tion du pays se­rait fon­dée sur la cha­ria (loi is­la­mique). « En tant que pays is­la­mique, nous avons adop­té la cha­ria comme loi es­sen­tielle et toute loi qui vio­le­rait la cha­ria est lé­ga­le­ment nulle et non ave­nue ». Il a par ailleurs don­né le feu vert à l’ou­ver­ture de banques is­la­miques qui, con­for­mé­ment à la loi co­ra­nique, in­ter­disent les in­té­rêts ban­caires. « Il y existe de bonnes in­ten­tions der­rière la ré­gu­la­tion de la loi is­la­mique sur les banques. Nous cher­chons en par­ti­cu­lier à éta­blir des banques is­la­miques qui in­ter­di­ront l’usure, se­lon la tra­di­tion is­la­mique », a-t-il pour­sui­vi.

La pro­cla­ma­tion of­fi­cielle de la fin de l’ère Kadha­fi a été sa­luée no­tam­ment par la France et la Gran­deB­re­tagne qui ont été les fers de lance de la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale in­ter­ve­nue à la mi-mars pour mettre un terme à la ré­pres­sion san­glante de la contes­ta­tion en Li­bye. Le conflit a fait, se­lon le CNT, plus de 30 000 morts en huit mois.

Se­lon la feuille de route des nou­velles au­to­ri­tés, pu­bliée en sep­tembre, la pro­cla­ma­tion de la li­bé­ra­tion doit être sui­vie, au plus tard dans un dé­lai d’un mois, par la mise en place d’un gou­ver­ne­ment de tran­si­tion.

Mah­moud Ji­bril a as­su­ré, di­manche, que des pour­par­lers étaient dé­jà en cours pour for­mer le nou­veau gou­ver­ne­ment in­té­ri­maire, dont il a dé­jà an­non­cé qu’il ne fe­rait lui-même pas par­tie. « Ce pro­ces­sus de­vrait du­rer d’une se­maine à un mois », a-t-il es­ti­mé. Ce pro­ces­sus risque d’être com­pli­qué en rai­son des luttes in­tes­tines pour le pou­voir : li­bé­raux contre is­la­mistes, ten­sions ré­gio­na­listes, ri­va­li­tés tri­bales, am­bi­tions in­di­vi­duelles ou contrôle des re­ve­nus du pé­trole sont au­tant de pro­blèmes qui risquent de com­pli­quer la tâche du fu­tur gou­ver­ne­ment. Ces ques­tions ali­mentent des craintes sur la via­bi­li­té du pro­ces­sus de tran­si­tion. Ce­pen­dant, avec d’im­por­tantes res­sources en hy­dro­car­bures et une po­pu­la­tion re­la­ti­ve­ment faible (six mil­lions d’ha­bi­tants), la Li­bye dis­pose d’atouts pour res­ter un pays pros­père.

S’or­ga­ni­ser et s’uni­fier Le nou­veau gou­ver­ne­ment de­vra par la suite or­ga­ni­ser, dans un dé­lai de huit mois, l’élec­tion d’une as­sem­blée char­gée de dé­si­gner un co­mi­té pour ré­di­ger une nou­velle Consti­tu­tion et d’or­ga­ni­ser des élec­tions gé­né­rales dans un dé­lai maxi­mum d’un an après sa for­ma­tion. Les nou­veaux di­ri­geants li­byens ont une « op­por­tu­ni­té » pour mettre de cô­té leurs dif­fé­rences pour lan­cer la pé­riode de tran­si­tion sur de bonnes bases, a pré­ve­nu sa­me­di le pre­mier mi­nistre par in­té­rim, Mah­moud Ji­bril.

La ré­vo­lu­tion a été me­née par des bri­gades dis­pa­rates et peu dis­ci­pli­nées. Elles ré­clament dé­sor­mais leur place au sein du fu­tur pou­voir, no­tam­ment celles de Mis­ra­ta et de Ben­gha­zi qui pensent avoir payé un lourd tri­but dans le ren­ver­se­ment de Mouam­mar Kadha­fi. « Il y au­ra des que­relles entre les ré­gions. Il y a Zen­tane et Mis­ra­ta d’un cô­té et Ben­gha­zi et l’Est de l’autre », s’in­quiète un com­man­dant de Mis­ra­ta.

Outre ces dé­fis pe­sant sur l’ave­nir du pays, le CNT de­vait af­fron­ter les cri­tiques sur la mort de Mouam­mar Kadha­fi. La veuve de M. Kadha­fi et plu­sieurs or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales, dont l’Onu, ap­puyée par les Etats-Unis, ont ré­cla­mé une en­quête. Ab­del­ja­lil a as­su­ré qu’une in­ves­ti­ga­tion était en cours. M. Ji­bril s’est dit « to­ta­le­ment d’ac­cord » avec l’ou­ver­ture d’une en­quête in­ter­na­tio­nale pour qu’il soit ju­gé à titre post­hume, sans évo­quer une pos­sible condam­na­tion des as­sas­sins de Kadha­fi. Plu­sieurs ONG, dont Am­nes­ty In­ter­na­tio­nal, ré­clament que soient aus­si ou­vertes des en­quêtes sur les crimes com­mis par les deux camps de­puis le dé­but de la guerre. La re­cons­truc­tion risque d’être longue et dou­lou­reuse

Les Li­byens fêtent leur li­ber­té.

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.