An­ka­ra (re)dé­clare la guerre au PKK !

L’ar­mée turque a dé­clen­ché une vaste of­fen­sive contre les re­belles du Par­ti des tra­vailleurs du Kur­dis­tan. La dé­ter­mi­na­tion turque à éra­di­quer le pro­blème semble être plus forte que ja­mais.

Al Ahram Hebdo - - Monde - M. Ch.

LA TUR­QUIE a dé­clen­ché cette se­maine une vaste opé­ra­tion d’éra­di­ca­tion des re­belles kurdes du Par­ti des tra­vailleurs du Kur­dis­tan (PKK), im­pli­quant 10 000 sol­dats d’élite au sein de 22 ba­taillons. Lan­cée sur terre et par air dans le nord de l’Iraq et en Tur­quie, l’of­fen­sive mas­sive s’est pour­sui­vie, di­manche ma­tin, pour le qua­trième jour consé­cu­tif, fai­sant une cin­quan­taine de morts par­mi les séparatistes kurdes. L’of­fen­sive turque fait suite à une sé­rie d’at­taques si­mul­ta­nées du PKK contre 8 ob­jec­tifs mi­li­taires dans la pro­vince de Hak­ka­ri, qui ont fait 24 morts et 18 bles­sés la se­maine der­nière. Se­lon les ex­perts, ces com­bats sont les plus meur­triers de­puis presque 20 ans, et la ri­poste turque semble être, à son tour, la plus « fé­roce » et la plus « vaste » vi­sant à en fi­nir avec l’or­ga­ni­sa­tion qua­li­fiée de ter­ro­riste.

Te­nant à ne pas vio­ler l’in­té­gri­té ter­ri­to­riale de son voi­sin ira­qien, An­ka­ra a confir­mé sa­me­di que le prin­ci­pal théâtre des opé­ra­tions se trou­vait en ter­ri­toire turc. « Tan­dis que les opé­ra­tions ter­restres et aé­riennes ont lieu pour une grande part en Tur­quie, prin­ci­pa­le­ment dans la ré­gion de Cu­kur­ca (juste à la fron­tière), cer­taines ac­tions conti­nuent sur quelques points par-de­là la fron­tière dans le nord de l’Iraq », a dé­cla­ré l’état-ma­jor turc.

Alors que de grandes ma­ni­fes­ta­tions ont eu lieu en Tur­quie cette se­maine contre les vio­lences du PKK à Is­tan­bul et à An­ka­ra, le pre­mier mi­nistre turc, Re­cep Tayyip Er­do­gan, sous le feu des cri­tiques de l’op­po­si­tion l’ac­cu­sant d’in­com­pé­tence face au dos­sier kurde, a af­fir­mé que « ce pro­blème com­plexe n’est pas seule­ment un pro­blème mi­li­taire », et sou­li­gné la né­ces­si­té « de ne pas s’éloi­gner de l’Etat de droit et de la dé­mo­cra­tie ». Ap­pe­lant à l’union na­tio­nale, M. Er­do­gan a aus­si ac­cu­sé des pays eu­ro­péens, sans les ci­ter nom­mé­ment, de ne pas suf­fi­sam­ment lut­ter contre le PKK et ses ra­mi­fi­ca­tions.

Mi­ni­mi­sant l’of­fen­sive turque, un porte-pa­role du PKK, Ah­med De­nis, a af­fir­mé sa­me­di que la Tur­quie s’ex­pose à être frap­pée « plus for­te­ment » si elle mène des opé­ra­tions mi­li­taires hors de ses fron­tières. « Nous avons an­non­cé au­pa­ra­vant que s’ils lan­çaient des opé­ra­tions mi­li­taires hors de leurs fron­tières, ils fe­raient face à une es­ca­lade mi­li­taire. Nous ne leur per­met­trons pas de me­ner une in­cur­sion mi­li­taire dans le Kur­dis­tan ira­qien. S’ils mènent cette in­cur­sion, ils ne pour­ront pas en sor­tir », a dé­fié Ah­med De­nis.

En quête d’al­liés Se sen­tant seul face à un ennemi re­dou­table, An­ka­ra s’est lan­cée cette se­maine en quête d’al­liés, cher­chant à ob­te­nir le sou­tien de ses voi­sins et de l’Eu­rope. « Le PKK n’est pas seule­ment l’ennemi de la Tur­quie, mais aus­si de l’Eu­rope », a dé­cla­ré le mi­nistre turc char­gé de l’Union eu­ro­péenne. « La sé­cu­ri­té de Pa­ris, Bruxelles et Londres com­mence dans les pro­vinces turques de Sir­nak et d’Hak­ka­ri », a-t-il af­fir­mé. Le PKK est consi­dé­ré par l’UE et les Etats-Unis comme une or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste. Sa­me­di, les Etats-Unis ont ap­por­té leur sou­tien à l’of­fen­sive turque. « Nous sou­te­nons clai­re­ment le droit de la Tur­quie à l’au­to­dé­fense », a dé­cla­ré le porte-pa­role du dé­par­te­ment d’Etat, Mark To­ner.

Pa­ral­lè­le­ment, An­ka­ra a ob­te­nu cette se­maine le sou­tien de ses deux voi­sins, l’Iraq et l’Iran, dans sa lutte contre le PKK. Sa­me­di, l’Iran a ma­ni­fes­té son sou­tien sans faille à la Tur­quie, alors que ce pays est lui-même en lutte contre le PJAK, une or­ga­ni­sa­tion kurde consi­dé­rée par An­ka­ra comme une éma­na­tion du PKK. En­thou­siaste, le chef de la di­plo­ma­tie ira­nienne, Ali Ak­bar Sa­le­hi, a ap­pe­lé à un ren­for­ce­ment de la co­opé­ra­tion contre les re­belles. « Le PKK et le PJAK sont un pro­blème com­mun aux deux pays. Nous pen­sons que nous de­vons co­opé­rer da­van­tage contre ces or­ga­ni­sa­tions », a re­con­nu M. Sa­le­hi. Ce sou­tien a été ac­cueilli très fa­vo­ra­ble­ment par le mi­nistre turc des Af­faires étran­gères, Ah­met Da­vu­to­glu, qui a af­fir­mé que la Tur­quie et l’Iran al­laient lut­ter en­semble dans le cadre d’un « plan d’ac­tion com­mun » contre les re­belles kurdes jus­qu’à ce que cette me­nace ter­ro­riste soit éli­mi­née.

La ré­ac­tion est si­mi­laire en Iraq. Sa­me­di, Bag­dad a condam­né l’at­taque du PKK et a pro­mis de co­opé­rer avec An­ka­ra. M. Er­do­gan a, pour sa part, in­vi­té le pré­sident du Kur­dis­tan ira­qien, Mas­soud Bar­za­ni, à An­ka­ra, pour conce­voir un plan de lutte com­mun. La Tur­quie a ex­hor­té les Kurdes d’Iraq à dé­cou­ra­ger le PKK à uti­li­ser leur ter­ri­toire comme base ar­rière, où l’or­ga­ni­sa­tion dis­pose, se­lon An­ka­ra, d’en­vi­ron 2 000 hommes.

Dès le dé­but de l’été, le PKK a ac­cen­tué consi­dé­ra­ble­ment ses opé­ra­tions ar­mées, pre­nant pour cibles ci­vils et mi­li­taires. Le gou­ver­ne­ment turc a de son cô­té dur­ci sa po­si­tion en ar­rê­tant plu­sieurs cen­taines de mi­li­tants kurdes. Le conflit kurde en Tur­quie, qui a dé­mar­ré en 1984, a fait plus de 45 000 vic­times

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