Ré­flé­chir l’es­pace par les oeuvres

Jouer avec l’es­pace en com­pa­gnie d’oeuvres dont l’hu­main est le pro­ta­go­niste. C’est ce qui dis­tingue l’ex­po­si­tion En mou­ve­ment qui se tient ac­tuel­le­ment à la Ré­si­dence de l’union eu­ro­péenne.

Al Ahram Hebdo - - Arts - Né­vine La­meï

L

Efi­gu­ra­tif est ce qui lie agréa­ble­ment les oeuvres des six ar­tistes ex­po­sés sous le titre En mou­ve­ment, à la Ré­si­dence de l’Union eu­ro­péenne. Le re­mar­quable jeu d’agen­ce­ment spa­tial donne à cha­cune des oeuvres le pou­voir de s’in­té­grer au dé­cor somp­tueux de la ré­si­dence. Un tra­vail d’agen­ce­ment pen­sé par Sté­pha­nia An­ga­ra­no, pro­prié­taire de la ga­le­rie Ma­chra­biya :« J’ai tra­vaillé sur la re­la­tion oeuvre/es­pace. Tout ama­teur d’art a d’ailleurs l’ha­bi­tude de voir les oeuvres d’art dans des ga­le­ries à l’es­pace neutre ap­pe­lé en Eu­rope le White Cube, aux pa­rois très blanches et propres. Par contre, l’ex­po­si­tion En mou­ve­ment ré­vèle à l’oeil du ré­cep­teur une vi­sion dif­fé­rente en rai­son du style ba­roque du lieu, un es­pace ha­bi­té et an­cien, avec ses do­rures et ses nom­breux sa­lons ».

A l’en­trée au style clas­sique, le vi­si­teur est at­ti­ré par les grands for­mats d’Amre Hei­ba. Des pein­tures qui s’im­posent par les tâches de lu­mière in­tenses et dra­ma­tiques, pro­dui­sant un ef­fet ci­né­ma­to­gra­phique. Les fi­gures hu­maines « fan­to­ma­tiques » ont tou­jours quelque chose d’in­quié­tant. Un couple flotte dans un brouillard bleu nuit, un autre est trem­pé dans un rouge sang ... Au­tant d’images dé­con­nec­tées. Amre Hei­ba s’ins­pire des mythes ur­bains. Ses oeuvres jouent par­fai­te­ment sur le sym­bo­lisme, consti­tuant une sorte de « jour­nal per­son­nel écrit au quo­ti­dien ».

La deuxième salle est consa­crée aux oeuvres de Sa­lah Al-Mur. Elles s’im­posent par la force dans leur contexte. Il s’agit d’un té­moi­gnage vif et co­lo­ré, al­lant de pair avec la Nu­bie, terre na­tale de l’ar­tiste, ses ri­tuels, ses ani­maux … L’ex­pres­sion des vi­sages et la pos­ture ont quelque chose de très afri­cain. Des hommes qui, en état d’apai­se­ment spi­ri­tuel, vivent se­lon les tra­di­tions. « L’art contem­po­rain a cette ca­pa­ci­té d’être hors concept, de ne pas être en har­mo­nie avec l’es­pace dans le­quel il est ex­po­sé. Il faut aus­si créer un contexte écla­tant », af­firme An­ga­ra­no.

Dans la plus pe­tite salle de la Ré­si­dence, celle qui mène à un long cou­loir, sont ex­po­sées quatre oeuvres de Ha­ni Ra­ched, cet ar­tiste pop, très contem­po­rain et sar­cas­tique, qui tente de ré­vo­lu­tion­ner le monde. Dans un car­na­val en­fan­tin, les des­sins fi­gu­ra­tifs de Ra­ched sont agen­cés d’une ma­nière spon­ta­née bien que ré­flé­chie, comme dans un puzzle. Le tout est in­crus­té d’un style cher à l’ar­tiste : la ré­pé­ti­tion d’un même mo­tif à l’in­fi­ni.

Une ré­pé­ti­tion que l’on re­trouve dans les oeuvres d’Ibra­him Had­dad se suc­cé­dant à tra­vers un long cou­loir. Dans les oeuvres de Had­dad — tou­jours du pop art — fi­gure un même être hu­main in­las­sable, en per­pé­tuel mou­ve­ment. « Le long cou­loir de la Ré­si­dence per­met aux oeuvres de Had­dad de se suc­cé­der dans un ho­ri­zon com­mun », ex­plique An­ga­ra­no.

Dans la salle à man­ger : un grand for­mat si­gné George Bah­gou­ri. Il s’agit d’une pein­ture co­los­sale d’Oum Kol­soum, la di­va de l’Orient. Celle-ci, par son âme et son corps, pleure le bon vieux temps du ta­rab (transe). Trou­ver l’équi­libre entre l’oeuvre ex­po­sée et l’es­pace mar­qué par les be­soins de la vie quo­ti­dienne est un dé­fi réus­si dans En mou­ve­ment. Dans la même salle à man­ger sont ex­po­sées les oeuvres de Xa­vier Puig­mar­ti. Un ar­tiste qui aime à son tour jouer avec l’es­pace, non sans iro­nie, fai­sant des va-et-vient entre clas­sique et contem­po­rain, entre nou­velles tech­no­lo­gies et pein­ture tra­di­tion­nelle. Ses oeuvres traitent de la com­mu­ni­ca­tion sans fil. « J’ai choi­si de pla­cer les oeuvres de Puig­mar­ti au-des­sus des consols pour mettre en va­leur ses pe­tits points et son hé­ros cos­mique mi­nia­ture. Il faut s’en ap­pro­cher pour mieux contem­pler l’oeuvre », conclut An­ga­ra­no Jus­qu’au 30 no­vembre, de 15h à 18h (sauf les ven­dre­di et sa­me­di). 36, rue Mo­ha­mad Maz­har, Za­ma­lek. Tél. : 3749 4680

In­fluence afri­caine avec Sa­lah Al-Mur.

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