Ba­la­di ou la vo­lon­té de briser les sté­réo­types

Al Ahram Hebdo - - Mode De Vie - D. B.

Un groupe d’ac­ti­vistes saou­diennes a lan­cé il y a un an et de­mi une cam­pagne in­ti­tu­lée Ba­la­di (mon pays). Une ini­tia­tive in­dé­pen­dante consti­tuée de femmes is­sues des dif­fé­rentes villes d’Ara­bie saou­dite. Le groupe ré­clame la par­ti­ci­pa­tion de la femme à tous les as­pects de la vie po­li­tique.

Ac­tuel­le­ment, le sexe faible saou­dien oc­cupe des postes-clés dans l’en­sei­gne­ment, la san­té et dans les mé­dias. « On per­çoit dé­jà la pe­tite vic­toire de cette ma­kra­ma, le dé­cret royal. Mais il ne faut pas ou­blier le rôle de l’homme pour que la femme puisse se consa­crer à la fois à la vie po­li­tique ou éco­no­mique et à son foyer », sou­ligne Ha­toun Al-Fas­sy, co­or­di­na­trice gé­né­rale de la cam­pagne.

Al-Fas­sy est tel­le­ment en­thou­sias­mée par ce nou­veau dé­cret qu’elle pro­pose que son ap­pli­ca­tion soit im­mé­diate. Elle sou­haite ne pas at­tendre la pro­chaine ses­sion par­le­men­taire et ré­clame que les femmes puissent pré­sen­ter leur can­di­da­ture à l’ac­tuel Conseil consul­ta­tif. « Et pour­quoi ne pas sai­sir l’oc­ca­sion et se pré­sen­ter aux élec­tions mu­ni­ci­pales qui au­ront lieu dans un mois ? », s’em­porte AlFas­sy, pour qui les men­ta­li­tés conser­va­trices, voire par­fois net­te­ment ex­tré­mistes, ne semblent pas po­ser de pro­blème.

« Ces élec­tions mu­ni­ci­pales sont une belle op­por­tu­ni­té pour la femme. Elle est la plus concer­née par les dé­tails de la vie quo­ti­dienne, sur des su­jets comme les écoles, les rues et les jar­dins pu­blics », com­mente Dr May­soun Ab­del-Aziz, ac­ti­viste et pro­fes­seur à l’Uni­ver­si­té du roi Ab­del-Aziz.

Autre ob­jec­tif : sen­si­bi­li­ser les ci­toyens des deux sexes à l’im­por­tance d’en­cou­ra­ger la femme à se lan­cer en po­li­tique. Les res­pon­sables de la cam­pagne Ba­la­di pro­posent ain­si des stages de for­ma­tion pour les fu­tures can­di­dates.

Cette cam­pagne, qui ras­semble 2 131 membres sur Fa­ce­book, a réus­si à ga­gner la sym­pa­thie de l’opi­nion pu­blique. Elle a éga­le­ment fait pres­sion sur le pou­voir po­li­tique qui a fi­ni par cé­der en ac­cor­dant aux ci­toyennes des droits élé­men­taires de­puis long­temps re­ven­di­qués.

Les ac­ti­vistes de Ba­la­di surfent sur la vague de chan­ge­ments qui dé­ferle sur cer­tains pays arabes pour re­ven­di­quer leurs droits. Elles ont pris conscience que la femme doit avoir les mêmes droits que l’homme sans dis­cri­mi­na­tion au­cune. Un rêve in­te­nable dans ce pays aux normes so­ciales qui semblent être fi­gées dans un bé­ton ri­gide et in­des­truc­tible ? Pas for­cé­ment ...

Si au­jourd’hui les Saou­diennes ré­clament le droit de par­ti­ci­per aux élec­tions, c’est qu’elles consi­dèrent qu’il s’agit d’un droit lé­gi­time et conforme aux conven­tions in­ter­na­tio­nales que le Royaume a ra­ti­fiées. De plus, ce droit ne trans­gresse en au­cun cas les pré­ceptes de l’is­lam, mal­gré les dires de cer­tains chei­khs saou­diens.

Cô­té po­li­tique, la par­ti­ci­pa­tion de la femme va faire aug­men­ter le taux de par­ti­ci­pa­tion des ci­toyens aux élec­tions. Une par­ti­ci­pa­tion qui va avoir son im­pact sur la conscience po­li­tique des Saou­diens.

Mais la plus grande avan­cée se­rait de chan­ger l’image de la femme saou­dienne : une image de femme pas­sive, mar­gi­na­li­sée et in­ca­pable de prendre des dé­ci­sions. L’ob­jec­tif est de prou­ver que la femme saou­dienne peut s’ex­pri­mer et briser ces sté­réo­types cen­te­naires

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