Un gr­rand homme de rrel­liig iion ett de pol­liit­tiique

Ri­gou­reux dans sa pen­sée, simple dans son ex­pres­sion, plein d’hu­mour le plus sou­vent, le pape Ché­nou­da III était une grande fi­gure spi­ri­tuelle res­pec­tée par tous les Egyp­tiens. Por­trait.

Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine - Chaï­maa Ab­del-ha­mid

Les mu­sul­mans au­tant que les chré­tiens pleurent son dé­part. De son vrai nom Na­zir Gayed Ra­phaël, le pape Ché­nou­da III est né le 3 août 1923 dans le vil­lage d’ab­noub près d’as­siout. C’est le 14 no­vembre 1971 qu’il est élu par l’eglise et la Grâce di­vine le 117e pape d’alexan­drie et pa­triarche de la pré­di­ca­tion de SaintMarc, suc­cé­dant à Cyrille VI. Par l’eglise et par la Grâce di­vine, car après une élec­tion qui dé­signe trois can­di­dats élus par un col­lège com­po­sé du cler­gé et de re­pré­sen­tants des laïcs, c’est un en­fant qui tire « au sort » le nom de l’élu, per­met­tant au Saint Es­prit de s’ex­pri­mer.

Il connut une vie étu­diante très riche. Il étu­die l’his­toire et l’ar­chéo­lo­gie à l’uni­ver­si­té de Fouad Ier (Uni­ver­si­té du Caire ac­tuel­le­ment) où il a très ra­pi­de­ment com­pris son at­ti­rance pour le jour­na­lisme et la poé­sie. D’ailleurs, le pape Ché­nou­da III a dans sa vie écrit de nom­breux ou­vrages de mo­rale, de pa­tris­tique et d’ec­clé­sio­lo­gie. Il en­tre­prend des études de sciences so­ciales et d’an­glais dans une grande école du Caire et re­joint le Sé­mi­naire de Théo­lo­gie copte or­tho­doxe pour des cours du soir.

Au bout de deux ans, il y de­vient en­sei­gnant et pour­suit en même temps des études d’ar­chéo­lo­gie à l’uni­ver­si­té. Cette grande ac­ti­vi­té in­tel­lec­tuelle d’étu­diant, de professeur, de poète et de jour­na­liste n’em­pê­che­ra pas, au contraire, l’ap­pel de Dieu, car Na­zir est à la fois un mys­tique et un intellectuel.

Lors de sa vie uni­ver­si­taire, il de­vient aus­si ré­dac­teur en chef de la re­vue de l’ecole du Di­manche et membre du syn­di­cat des Jour­na­listes.

En juillet 1954, Na­zir Gayed ré­pond à l’ap­pel de la vie mo­nas­tique et choi­sit la so­li­tude du dé­sert égyp­tien au mo­nas­tère de la Vierge. Pre­nant comme exemple le saint An­toine le Grand, il por­te­ra son nom lors de son or­di­na­tion à la prê­trise de­ve­nant Abou­na An­to­nios (père An­toine).

Vers 1956, père An­to­nios com­mence une vie so­li­taire dans la consé­cra­tion à Dieu, la prière et le jeûne. Il de­vient er­mite et vit dans une grotte qu’il creuse et amé­nage lui-même, consa­crant tout son temps à Dieu dans l’étude et la prière, dor­mant sur une pierre, vi­vant comme les pre­miers Pères du dé­sert.

En sep­tembre 1962, il est ap­pe­lé au Caire par le pape et pa­triarche d’alexan­drie Cyrille VI, lui-même an­cien er­mite, et il est consa­cré évêque sous le nom de Ché­nou­da, char­gé de l’édu­ca­tion ch­ré­tienne.

En même temps, il de­vient ré­dac­teur en chef du ma­ga­zine Al-ke­ra­za, la pu­bli­ca­tion of­fi­cielle de l’eglise copte or­tho­doxe, et pré­sident du Sé­mi­naire Théo­lo­gique copte or­tho­doxe. Ce der­nier, sous sa conduite, tri­ple­ra le nombre de ses étu­diants. Par la suite, il va créer d’autres sé­mi­naires, d’autres écoles de théo­lo­gie, en Egypte d’abord, mais aus­si plus tard en Angleterre, aux Etats-unis et en Aus­tra­lie.

Il a conduit sa com­mu­nau­té d’une main de fer. Il fut un pape très doux mais aus­si très ferme et conser­va­teur. Il n’a ja­mais hé­si­té à ex­pul­ser de l’eglise les « dis­si­dents » sur les su­jets théo­lo­giques. Il re­fu­sait d’écou­ter les ap­pels pres­sants pour une po­li­tique plus souple concer­nant l’in­ter­dic­tion qua­si ab­so­lue du di­vorce.

Dis­cours de mo­rale

et de pé­da­go­gie

Il a été cé­lèbre non seule­ment pour ses dis­cours de mo­rale et de pé­da­go­gie, mais aus­si pour ses po­si­tions po­li­tiques. Il a vou­lu unir la po­li­tique et l’eglise. Il de­vint ain­si homme de re­li­gion et de po­li­tique. Ain­si, les cri­tères de son poste ont chan­gé avec son ar­ri­vée. Il écri­vait dans les jour­naux, par­lait de po­li­tique et fai­sait des dé­cla­ra- tions aux mé­dias.

Après son in­tro­ni­sa­tion, ses re­la­tions avec le pré­sident Anouar AlSa­date tour­nèrent ra­pi­de­ment à l’orage, s’op­po­sant au « raïs » à la fois pour son rôle his­to­rique en fa­veur de la paix avec Is­raël et pour sa vo­lon­té de s’at­ti­rer l’ap­pui des is­la­mistes face à l’op­po­si­tion de gauche. Il a ain­si in­ter­dit aux coptes de se rendre en pé­le­ri­nage à Jé­ru­sa­lem tant que la Ville Sainte de­meu­re­rait sous l’oc­cu­pa­tion is­raé­lienne, et s’est fer­me­ment op­po­sé à la nor­ma­li­sa­tion des re­la­tions de l’egypte avec l’etat hé­breu. Ces po­si­tions lui va­lurent d’être des­ti­tué et as­si­gné à ré­si­dence au mo­nas­tère Saint-bi­choy dans la ré­gion de Wa­di Al-na­troune par Sa­date en sep­tembre 1981. Il cri­ti­quait le rap­pro­che­ment avec Is­raël et l’ou­ver­ture en di­rec­tion des is­la­mistes. Et ce n’est qu’en 1985 que son suc­ces­seur, Mou­ba­rak, le ré­ta- blit par dé­cret chef de l’eglise copte. De­puis, Ché­nou­da n’a ja­mais re­ti­ré son ap­pui à Mou­ba­rak.

La ré­vo­lu­tion de jan­vier 2011 le prend au dé­pour­vu alors que nombre de ses fi­dèles sont dans la rue pour ré­cla­mer le dé­part de Mou­ba­rak. Ma­ni­fes­te­ment sou­cieux de main­te­nir de bonnes re­la­tions avec le pou­voir mi­li­taire qui se met en place, il est cri­ti­qué par une par­tie de la jeu­nesse copte pour son peu de ré­ac­tion après des heurts san­glants entre des ma­ni­fes­tants chré­tiens et l’ar­mée en oc­tobre 2011 au Caire.

Très ma­lade de­puis de longues an­nées, il a quit­té sa com­mu­nau­té dans des mo­ments très dé­li­cats lais­sant der­rière lui des coptes in­quiets face à la pous­sée is­la­miste dans le pays et une suc­ces­sion tou­jours dans le flou

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