Une éga­li­té mise en doute

Al Ahram Hebdo - - Egypte - Ola Ham­di

LCONSTITUTION . L’as­sem­blée consti­tuante se­ra com­po­sée pour moi­tié de par­le­men­taires, ont dé­ci­dé les élus de l’as­sem­blée du peuple et du Conseil con­sul­ta­tif (Sé­nat).

Une dé­ci­sion qui laisse in­quiets les pro­mo­teurs d’un Etat laïc.

E PAR­LE­MENT, lar­ge­ment do­mi­né par les is­la­mistes, a dé­ci­dé sa­me­di que la com­mis­sion char­gée de ré­di­ger la fu­ture Cons­ti­tu­tion se­ra com­po­sée pour moi­tié de par­le­men­taires, et pour l’autre moi­tié de membres de la so­cié­té ci­vile ou de per­son­na­li­tés pu­bliques. Les élus de l’as­sem­blée du peuple et du Conseil con­sul­ta­tif (Chou­ra) ont vo­té en ce sens par 427 voix sur 590. Les deux Chambres du Par­le­ment étaient de nou­veau réunies pour dé­fi­nir les cri­tères de sé­lec­tion des 100 membres de la com­mis­sion, avant de pro­cé­der à sa dé­si­gna­tion le 24 mars.

Le Par­le­ment a com­men­cé, di­manche der­nier, à re­ce­voir les can­di­da­tures de ceux qui sou­haitent par­ti­ci­per à la ré­dac­tion du nou­veau texte.

La nou­velle loi fon­da­men­tale rem­pla­ce­ra la Cons­ti­tu­tion, sus­pen­due par le Conseil mi­li­taire qui di­rige le pays. Les is­la­mistes, qui ont rem­por­té une large ma­jo­ri­té lors des élec­tions par­le­men­taires, se ré­clament d’un droit que leur a ac­cor­dé l’ar­mée en ver­tu d’une Dé­cla­ra­tion consti­tu­tion­nelle. Celle-ci donne au Par­le­ment le droit de nom­mer les per­sonnes char­gées de ré­di­ger la Cons­ti­tu­tion, un pri­vi­lège dont le bien-fon­dé est contes­té par de nom­breuses forces po­li­tiques.

Ibra­him Dar­wish, professeur de droit consti­tu­tion­nel, as­sure que la Cons­ti­tu­tion doit re­flé­ter la vo­lon­té de la na­tion, et non pas la vo­lon­té d’un par­ti ou d’une quel­conque ma­jo­ri­té par­le­men­taire. Se­lon lui, c’est la com­mis­sion pré­si­dée par le ju­riste Ta­req Al-bé­chri, qui a ré­di­gée la Dé­cla­ra­tion consti­tu­tion­nelle qui a créé cette confu­sion en don­nant le choix au Par­le­ment. « Cette com­mis­sion a tout gâ­ché, car les fonc­tions du Par­le­ment n’in­cluent pas la ré­dac­tion de la Cons­ti­tu­tion », lance-t-il.

Con­trai­re­ment à lui, d’autres ju­ristes, comme Atef Al- Ban­na, éga­le­ment spé­cia­liste de droit consti­tu­tion­nel, dé­fendent le droit du Par­le­ment non seule­ment à élire les membres de l’as­sem­blée consti­tuante, mais éga­le­ment d’en faire par­tie. « Si l’idée est d’avoir une consti­tuante re­pré­sen­ta­tive de la so­cié- té, je pense que les membres du Par­le­ment, de par leurs ap­par­te­nances po­li­tiques et ex­per­tise tech­nique, peuvent as­su­rer cette re­pré­sen­ta­ti­vi­té », ajoute Al-ban­na. Le dé­bat ju­ri­dique sous-tend en ef­fet une in­quié­tude po­li­tique no­tam­ment chez les par­tis li­bé­raux et de gauche.

Dé­fi­nir le rôle et la place de l’is­lam

Non seule­ment la nou­velle Cons­ti­tu­tion doit- elle dé­fi­nir l’équi­libre des pou­voirs entre l’exé­cu­tif et le lé­gis­la­tif, la place de l’ar­mée dans le sys­tème po­li­tique, mais sur­tout elle de­vra éga­le­ment dé­fi­nir le rôle et la place de l’is­lam dans la so­cié­té égyp­tienne. Les élus li­bé­raux craignent que les is­la­mistes n’im­posent leurs vues lors de la ré­dac­tion de la nou­velle Cons­ti­tu­tion, et de­mandent que les femmes, les jeunes et les chré­tiens soient équi­ta­ble­ment re­pré­sen­tés. Le par­ti du Ras­sem­ble­ment (gauche) a en­ta­mé des dis­cus­sions avec le par­ti des Egyp­tiens libres et le par­ti Egyp­tien so­cial dé­mo­crate, pour en­vi­sa­ger des me­sures à prendre dans la pro­chaine pé­riode. Cer­tains ap­pellent à boy­cot­ter l’as­sem­blée consti­tuante, alors que d’autres en­vi­sagent une dé­mis­sion col­lec­tive du Par­le­ment. « Nous re­fu­sons la par­ti­ci­pa­tion des dé­pu­tés à l’as­sem­blée consti­tuante et nous pren­drons des me­sures pour ré­pondre à ce qui se pré­pare dans les cou­lisses. Nous sommes contre la mo­no­po­li­sa­tion de la Cons­ti­tu­tion par un seul groupe », dit Hus­sein Ab­del-ra­zeq, se­cré­taire gé­né­ral du par­ti du Ras­sem­ble­ment en ré­fé­rence aux is­la­mistes.

« Tous les che­mins mènent à Rome », ri­di­cu­lise Sa­meh Achour, bâ­ton­nier des ordres des Avo­cats et cadre du par­ti Nas­sé­rien. « Le pro­blème n’est pas si les dé­pu­tés doivent ou non par­ti­ci­per à l’as­sem­blée consti­tuante puisque de toute fa­çon c’est eux qui en choi­si­ront les membres », af­firme-t-il.

« La ré­par­ti­tion 50 %-50 % a été vo­tée par une ma­jo­ri­té qui dé­passe la pro­por­tion des is­la­mistes dans les deux Chambres. Ce­la si­gni­fie que d’autres forces po­li­tiques sou­tiennent ce choix », se dé­fend Hus­sein Ibra­him, chef de la ma­jo­ri­té par­le­men­taire.

« L’ab­sence de consen­sus entre les dif­fé­rentes forces au sein du Par­le­ment re­la­ti­ve­ment aux mo­da­li­tés de choix des membres de la consti­tuante an­nonce un autre désac­cord sur le conte­nu et la sub­stance de la fu­ture Cons­ti­tu­tion », es­time Diaa Ra­sh­wane, di­rec­teur du Centre d’etudes Po­li­tiques et Stra­té­giques (CEPS) d’al- Ah­ram. « Je ne suis pas op­ti­miste, parce que les jours à ve­nir se­ront té­moins de conflits et de désac­cords d’un autre ordre », pré­voit-il

La com­po­si­tion de l’as­sem­blée consti­tuante a été ap­prou­vée à la ma­jo­ri­té.

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