Pas d’avan­cées concrètes

Al Ahram Hebdo - - Environnement - Ra­sha Ha­na­fy

ILYA quelques se­maines, l’af­faire du maïs Ajeeb- YG a fait ac­cé­lé­rer les étapes vers la pro­mul­ga­tion d’une lé­gis­la­tion consa­crée aux Or­ga­nismes Gé­né­ti­que­ment Mo­di­fiés ( OGM). Cette lé­gis­la­tion est éla­bo­rée par l’agence Egyp­tienne pour les Af­faires de l’environnement ( AEAE). Le pro­jet de loi a été sou­mis au Conseil des mi­nistres, qui l’a ac­cep­té, et de­vrait être sou­mis au Par­le­ment dans les jours qui viennent. Le texte in­clut des ar­ticles dé­fi­nis­sant la bio­tech­no­lo­gie et le gé­nie gé­né­tique ain­si que les do­maines de leur ap­pli­ca­tion, leurs risques pro­bables et des rè­gle­ments sur la cir­cu­la­tion des pro­duc­tions OGM. La lé­gis­la­tion ren­ferme éga­le­ment les cri­tères de la sé­cu­ri­té bio­lo­gique qui concernent aus­si la pro­tec­tion de l’environnement en gé­né­ral.

« Cette loi ne concerne pas la re­cherche scien­ti­fique sur les pro­duc­tions gé­né­ti­que­ment mo­di­fiées. Elle in­siste sur l’in­for­ma­tion, la no­ti­fi­ca­tion et la trans­pa­rence en ce qui concerne ce genre de pro­duc­tion. Il faut men­tion­ner le gène mo­di­fié et don­ner toutes les in­for­ma­tions sur le pro­duit au ci­toyen afin qu’il puisse faire son choix en connais­sance de cause », ex­plique un an­cien di­rec­teur au sein de L’AEAE qui a re­quis l’ano­ny­mat.

« Je dois men­tion­ner que la loi concerne éga­le­ment l‘éva­lua­tion et la ges­tion des risques pro­bables qui pour­raient ré­sul­ter de l’ex­ploi­ta­tion des OGM dans la mé­de­cine, l’in­dus­trie et l’agri­cul­ture. Le pro­jet que L’AEAE a sou­mis au Conseil des mi­nistres pré­voit aus­si une com­pen­sa­tion des dé­gâts di­rects ou in­di­rects cau­sés par cette bio­tech­no­lo­gie », pré­cise-t-il.

OGM . Le Par­le­ment n’a tou­jours pas ra­ti­fié la loi ré­gu­lant la pro­duc­tion et l’im­por­ta­tion de maïs gé­né­ti­que­ment mo­di­fié.

En at­ten­dant, la confu­sion règne.

Normes in­ter­na­tio­nales

Il s’agit en l’oc­cur­rence d’une lé­gis­la­tion na­tio­nale que chaque pays doit mettre en place après la ra­ti­fi­ca­tion du Pro­to­cole de Car­tha­gène sur la pré­ven­tion des risques bio­tech­no­lo­giques qui a été si­gné par l’egypte en 2000 dans le cadre de la Conven­tion sur la di­ver­si­té bio­lo­gique adop­tée à Rio en 1992. Ce pro­to­cole a pour ob­jec­tif la pré­ven­tion des risques bio­tech­no­lo­giques. Il consti­tue le pre­mier ac­cord in­ter­na­tio­nal en­vi­ron­ne­men­tal sur les OGM. Il est en­tré en vi­gueur le 11 sep­tembre 2003. Il a été ra­ti­fié par 109 pays, dont une ma­jo­ri­té re­pré­sente des pays en dé­ve­lop­pe­ment.

Ce­pen­dant, les trois pre­miers pays pro­duc­teurs D’OGM (EtatsU­nis, Ar­gen­tine et Ca­na­da) n’ont tou­jours pas si­gné l’ac­cord. Se­lon ce do­cu­ment, les pays si­gna­taires doivent éla­bo­rer des lé­gis­la­tions ré­gu­la­ri­sant la cir­cu­la­tion des OGM sur leurs ter­ri­toires. L’egypte a com­men­cé l’éla­bo­ra­tion de la loi en 2004-2005. En 2006, le pro­jet de loi a été sou­mis au mi­nis­tère de la Jus­tice pour ré­vi­sion et for­mu­la­tion lé­gale des ar­ticles. De­puis 2007, la lé­gis­la­tion sur les OGM en Egypte doit être sou­mise au Par­le­ment pour ap­pro­ba­tion.

Le re­tard à dé­po­ser ce pro­jet de loi de­vant le Par­le­ment et l’ab­sence d’une lé­gis­la­tion sur ce genre de pro­duit ont me­né à la confu­sion, no­tam­ment en ce qui concerne le maïs. Une va­rié­té est au­to­ri­sée en Egypte de­puis plu­sieurs an­nées. Elle est ap­pe­lée Ajeeb- YG. Elle est le ré­sul­tat du croi­se­ment du maïs Mon 810 ( ap­par­te­nant à Mon­san­to, une com­pa­gnie amé­ri­caine pro­dui­sant des se­mences OGM) et d’une va­rié­té égyp­tienne de maïs ( Ajeeb).

L’au­to­ri­sa­tion a été don­née après plu­sieurs an­nées d’es­sai en culture ou­verte et suite à l’avis po­si­tif du Co­mi­té na­tio­nal égyp­tien sur la bio­sé­cu­ri­té et du Co­mi­té d’en­re­gis­tre­ment des se­mences. « Les risques de pol­luer ou de dé­truire l’environnement dé­pendent de l’environnement même du pays dans le­quel ces pro­duits sont culti­vés ou uti­li­sés. On ne peut pas dé­ter­mi­ner qu’un pro­duit OGM est nui­sible sans faire des re­cherches sur le ter­rain. La confu­sion qui règne sur les OGM en Egypte au­rait pu être évi­tée par une lé­gis­la­tion na­tio­nale pré­cise sur cette tech­no­lo­gie », in­dique une spé­cia­liste au Centre de re­cherches agri­coles.

La confu­sion s’est en­suite éten­due à l’im­por­ta­tion du maïs OGM. En ef­fet, les res­pon­sables n’ont pas éva­lué les études faites par les cher­cheurs égyp­tiens sur l’ajeeb-yg mais les études eu­ro­péennes faites sur le Mon 810. Le désordre s’est pro­pa­gé au mi­nis­tè- re de l’agri­cul­ture qui a in­ter­dit l’im­por­ta­tion de ce maïs sans de­man­der l’avis aux cher­cheurs du Centre de re­cherches re­le­vant du mi­nis­tère. « Je pense que les mi­nistres de l’environnement, de l’agri­cul­ture et de la San­té doivent être des spé­cia­listes. Le mi­nistre ac­tuel de l’agri­cul­ture est agro­nome et n’a pas de connais­sances sur les OGM ! », af­firme Na­der Nou­red­dine, professeur à la fa­cul­té d’agro­no­mie et an­cien conseiller au sein du mi­nis­tère de l’ap­pro­vi­sion­ne­ment. Se­lon lui, « une loi ga­ran­tis­sant les règles qui doivent or­ga­ni­ser la cir­cu­la­tion et la trans­pa­rence dans tout ce qui concerne les OGM est d’une im­por­tance ex­trême pour la so­cié­té en ce mo­ment. Et ce, no­tam­ment pour mettre un terme au tra­fic des en­grais et des hor­mones qui pour­raient conte­nir des OGM ».

En at­ten­dant l’ap­pro­ba­tion du Par­le­ment concer­nant la lé­gis­la­tion na­tio­nale sur les OGM en Egypte, les dé­pu­tés conti­nuent leurs dé­bats sur les ho­doud (châ­ti­ment dans la cha­ria is­la­mique). Il s’agit d’une peine contre les agres­seurs et les bri­gands. Comme si le code pé­nal n’exis­tait pas !

La se­maine der­nière, la France a in­ter­dit la culture du maïs Mon 810.

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