Me­naces, pres­sions et in­ti­mi­da­tions

Al Ahram Hebdo - - Monde - Ma­ha Al-cher­bi­ni

CO­RÉE DU SUD . Avec les di­ri­geants de 53 pays et de 4 or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales, le 2e som­met sur la sé­cu­ri­té nu­cléaire s’est te­nu les 26 et 27 mars à Séoul. Il a été do­mi­né en cou­lisse par le

lan­ce­ment d’une fu­sée par Pyon­gyang et le dos­sier ira­nien.

SUR FOND de graves ten­sions avec son voi­sin du Nord, la Co­rée du Sud a ac­cueilli, les 26 et 27 mars, le 2e som­met sur la sé­cu­ri­té nu­cléaire. Il re­groupe les di­ri­geants et re­pré­sen­tants de 53 pays et 4 or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales. Ce som­met dé­coule de l’am­bi­tion an­non­cée, en mars 2009 à Prague par le pré­sident amé­ri­cain Ba­rack Oba­ma, de re­lan­cer les ef­forts contre la pro­li­fé­ra­tion de l’atome en vue d’abou­tir à terme à un monde « sans armes nu­cléaires ».

Tra­dui­sant sa vo­lon­té à pla­cer en sé­cu­ri­té tout ma­té­riel nu­cléaire sus­cep­tible d’être uti­li­sé à des fins cri­mi­nelles, le pré­sident amé­ri­cain avait ou­vert le pre­mier som­met sur la sé­cu­ri­té nu­cléaire en 2010 à Wa­shing­ton. Deux ans après, le som­met de Séoul vient ré­af­fir­mer les mêmes ob­jec­tifs : sen­si­bi­li­ser la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale aux pro­blèmes de la sé­cu­ri­té nu­cléaire, dis­cu­ter des me­sures de co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale sus­cep­tibles de mieux pro­té­ger les ins­tal­la­tions nu­cléaires contre les at­taques ter­ro­ristes, et pro­té­ger et sé­cu­ri­ser les ré­serves d’armes nu­cléaires des pays qui en pos­sèdent.

Par­mi les pays par­ti­ci­pant au som­met de Séoul fi­gurent les Etats- Unis, la Chine, la Rus­sie, le Ja­pon et la Co­rée du Sud. Ces pays font dé­jà par­tie des né­go­cia­tions à six, ge­lées fin 2008, in­cluant la Co­rée du Nord, et des­ti­nées à convaincre le ré­gime de Pyon­gyang d’aban­don­ner son pro­gramme nu­cléaire en échange d’une aide im­por­tante. Mais le som­met de Séoul a été for­te­ment as­som­bri par la crise dé­clen­chée la se­maine der­nière par Pyon­gyang. La Co­rée du Nord a an­non­cé sa dé­ci­sion de lan­cer, mi- avril, un mis­sile à longue por­tée, met­tant en pé­ril un ac­cord ré­cem­ment conclu avec Wa­shing­ton. Cet ac­cord sti­pu­lait que la Co­rée du Nord doit ar­rê­ter son pro­gramme nu­cléaire et tout test de mis­sile en contre­par­tie d’une aide ali­men­taire amé­ri­caine.

Bien que les dos­siers ira­nien et nord­co­réen n’aient pas fi­gu­ré à l’ordre du jour of­fi­ciel du som­met, ces deux points ont do­mi­né les né­go­cia­tions en cou­lisse. Aga­cé par les pro­vo­ca­tions nord- co­réennes, le pré­sident amé­ri­cain a dé­li­vré, à l’ou­ver­ture du som­met lun­di, un mes­sage de paix et de me­nace à Pyon­gyang. « Je veux m’adres­ser di­rec­te­ment aux di­ri­geants de Pyon­gyang. Les Etats- Unis n’ont pas d’in­ten­tion hos­tile en­vers votre pays. Nous vou­lons la paix » , a dé­cla­ré le pré­sident amé­ri­cain. « Mais vos pro­vo­ca­tions et la pour­suite de votre pro­gramme nu­cléaire ne vous ont pas ga­ran­ti la sé­cu­ri­té que vous cher­chiez. Il n’y au­ra pas de ré­com­pense aux pro­vo­ca­tions » , a- t- il me­na­cé, évo­quant sa dé­ci­sion de ré­duire l’ar­se­nal ato- mique amé­ri­cain.

De peur de voir un nou­vel Iran prendre nais­sance, le pré­sident amé­ri­cain s’est en­tre­te­nu lun­di avec son ho­mo­logue chi­nois, Hu Jin­tao, pour dis­cu­ter du lan­ce­ment de la fu­sée nord- co­réenne. « La Chine et les Etats- Unis ont tous deux un in­té­rêt com­mun dans la non- pro­li­fé­ra­tion nu­cléaire », a ajou­té le pré­sident amé­ri­cain. Son ho­mo­logue chi­nois a af­fir­mé qu’il pre­nait très au sé­rieux la crise du nu­cléaire nord- co­réen et qu’il avait fait part de sa « grave in­quié­tude » à Pyon­gyang.

En marge du som­met, M. Oba­ma a ten­té de convaincre Pékin de faire pres­sion sur la Co­rée du Nord, dont Pékin est l’unique al­lié de poids, pour re­non­cer à ce lan­ce­ment de mis­sile. « L’ap­proche de la Chine en­vers la Co­rée du Nord ne fonc­tionne pas, car elle n’a pas conduit à un chan­ge­ment fon­da­men­tal de l’at­ti­tude de Pyon­gyang » , a cri­ti­qué Oba­ma.

mis­siles sol- air Patriot

Sur la même lon­gueur d’onde, la Co­rée du Sud a af­fir­mé qu’elle ré­agi­rait avec fer­me­té à toute provocation nord- co­réenne. Séoul est al­lé jus­qu’à me­na­cer de dé­truire la fu­sée nord- co­réenne si celle- ci dé­viait au- des­sus du ter­ri­toire sud- co­réen. Pa­ral­lè­le­ment, le Ja­pon a af­fir­mé qu’il al­lait dé­ployer des mis­siles sol- air Patriot dans le centre de To­kyo en pré­vi­sion du lan­ce­ment de la fu­sée nord- co­réenne.

Pas­sant au dos­sier ira­nien, le pré­sident amé­ri­cain a me­na­cé Té­hé­ran, af­fir­mant que « le temps pres­sait ». « L’iran doit agir avec sé­rieux et avec un sens de l’ur­gence que ce mo­ment né­ces­site » , a- t- il lan­cé. Même si Té­hé­ran s’en dé­fend, Is­raël et plu­sieurs pays oc­ci­den­taux soup­çonnent l’iran de cher­cher à se do­ter de l’arme ato­mique. « Il ne reste plus beau­coup de temps à l’iran pour ma­ni­fes­ter sa bonne vo­lon­té et ré­gler par la voie di­plo­ma­tique son dif­fé­rend avec les Oc­ci­den­taux sur son pro­gramme nu­cléaire », a me­na­cé Oba­ma. Té­hé­ran a af­fir­mé, à la veille du som­met, qu’il ne re­non­ce­rait ja­mais à ses ac­quis nu­cléaires.

Se­lon les ex­perts, maints pro­grès ont été dé­jà ac­com­plis de­puis le pre­mier som­met nu­cléaire en 2010, et plu­sieurs Etats se sont en­ga­gés à sé­cu­ri­ser tous les ma­té­riaux nu­cléaires vul­né­rables d’ici 2014. Se­lon l’as­so­cia­tion pour le Contrôle des Armes ( ACA) et le Par­te­na­riat pour la sé­cu­ri­té mon­diale ( PGS) qui luttent contre la pro­li­fé­ra­tion nu­cléaire, le Ka­za­khs­tan a mis en sé­cu­ri­té plus de 13 tonnes d’ura­nium hau­te­ment en­ri­chi et le Chi­li a éli­mi­né la to­ta­li­té de ses stocks. Les Etats- Unis et la Rus­sie ont éga­le­ment si­gné un pro­to­cole d’ac­cord pour la des­truc­tion de 34 tonnes de plu­to­nium cha­cun. Bien plus, le stock ukrai­nien d’ura­nium hau­te­ment en­ri­chi a été to­ta­le­ment éli­mi­né con­for­mé­ment à l’ac­cord si­gné par Wa­shing­ton et Kiev en sep­tembre.

Mal­gré ces pro­grès, les ex­perts ont sou­li­gné qu’il faut conti­nuer à agir. Ils craignent no­tam­ment une ré­pé­ti­tion du drame de Fu­ku­shi­ma.

Lors du com­mu­ni­qué fi­nal du som­met de Séoul, les pays par­ti­ci­pant ont ap­pe­lé à une forte co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale contre le dan­ger du ter­ro­risme nu­cléaire, l’une des plus grandes me­naces ac­tuelles.

Pyon­gyang contre vents et ma­rées

Mal­gré tous les ap­pels lan­cés par le som­met, la Co­rée du Nord est pas­sée de la pa­role à l’acte, ache­mi­nant la par­tie prin­ci­pale d’une fu­sée à longue por­tée, des­ti­née à lan­cer un sa­tel­lite en avril sur une base de lan­ce­ment dans le nord- ouest du pays. « Toute ten­ta­tive de pri­ver le Nord de son droit lé­gi­time de pro­cé­der à un tel lan­ce­ment obli­ge­rait in­évi­ta­ble­ment la Ré­pu­blique po­pu­laire dé­mo­cra­tique de Co­rée à prendre des contre- me­sures » , a me­na­cé le ré­gime. Ces pa­roles ont dé­clen­ché la co­lère des EtatsU­nis et de leurs al­liés al­lant jus­qu’à ré­ser­ver une ré­ponse « ro­buste » à Pyon­gyang si elle met en oeuvre son pro­jet. Se­lon Séoul, il s’agit d’un moyen dé­gui­sé de tes­ter un mis­sile à longue por­tée ca­pable de trans­por­ter des têtes nu­cléaires.

Souf­flant le chaud et le froid à l’ins­tar du ré­gime ira­nien, Pyon­gyang a in­vi­té la se­maine der­nière les ins­pec­teurs de l’agence In­ter­na­tio­nale de l’ener­gie Ato­mique (AIEA) à vi­si­ter ses sites nu­cléaires, réaf­fir­mant le ca­rac­tère pa­ci­fique de son pro­gramme nu­cléaire. Se­lon Pyon­gyang, des consul­ta­tions ont dé­jà com­men­cé entre les di­ri­geants nord-co­réens et les ins­pec­teurs de L’AIEA concer­nant une pro­chaine vi­site des ins­pec­teurs de l’agence onu­sienne, sans dé­voi­ler la date de la vi­site. Le Nord avait ex­pul­sé les ins­pec­teurs de L’AIEA il y a trois ans.

A la veille du som­met, Pyon­gyang a pré­ve­nu que toute ten­ta­tive de la Co­rée du Sud d’évo­quer le pro­gramme nu­cléaire nord­co­réen lors du som­met se­rait in­ter­pré­tée comme une dé­cla­ra­tion de guerre. « Tout acte pro­vo­ca­teur comme la pu­bli­ca­tion d’un soi­di­sant com­mu­ni­qué à propos de la ques­tion du nu­cléaire au Nord lors de la confé­rence de Séoul consti­tue­rait une in­sulte ex­trê­me­ment grave en­vers les di­ri­geants dé­funts », a in­di­qué l’agence de presse nord-co­réenne KCNA. « Ce­la se­rait consi­dé­ré comme une dé­cla­ra­tion de guerre à notre en­contre, et ses consé­quences fe­raient obs­tacle aux dis­cus­sions sur la dé­nu­cléa­ri­sa­tion de la pé­nin­sule co­réenne », a pré­ci­sé l’agence.

Il semble que le ré­gime co­réen ait re­te­nu la le­çon ira­nienne et tente de l’ap­pli­quer à la lettre pour ob­te­nir le plus de gains pos­sibles. Pour Pyon­gyang, le nu­cléaire n’est pour­tant qu’un moyen de faire pres­sion et non une fin en soi. Ce qui n’est pas le cas pour Té­hé­ran, qui consi­dère le nu­cléaire comme une ques­tion de di­gni­té na­tio­nale. Les avan­cées du som­met restent somme toute fra­giles

Le pré­sident amé­ri­cain a ten­té de convaincre son ho­mo­logue chi­nois de faire pres­sion sur pres­sion sur Pyon­gyong pour qu’il re­nonce au lan­ce­ment de la fu­sée.

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