L’opa­ci­té à la vie longue

Al Ahram Hebdo - - Economie - Né­vine Ka­mel

SOU­TIEN AUX EX­POR­TA­TIONS . Face au manque de trans­pa­rence dans l’at­tri­bu­tion des aides, le gou­verne

ment en­vi­sage de ré­duire les mon­tants ver­sés. Tan­dis qu’une dé­ci­sion de ré­forme tarde en­core.

AU­CUN pas n’a en­core été en­tre­pris pour re­struc­tu­rer le fonds de sou­tien aux ex­por­ta­tions et ses tran­sac­tions dou­teuses qui coûtent en­semble an­nuel­le­ment au bud­get quelque 4 mil­liards de dol­lars. Seule une pro­messe de bais­ser son pla­fond a été for­mu­lée et les bé­né­fi­ciaires restent les mêmes. Au cours de la pé­riode al­lant de juillet à jan­vier 2011- 2012, le fonds a dis­tri­bué 1,68 mil­liard, se­lon les chiffres du mi­nis­tère du Com­merce ex­té­rieur et de l’in­dus­trie. Au to­tal, 1 692 en­tre­prises ont pro­fi­té de cette somme, mais quelques di­zaines des do­maines du prêt- à- por­ter, des pro­duits agri­coles et de l’in­gé­nie­rie se sont em­pa­rés de 70 %.

Peut- être est- ce la cause du re­tard du mi­nis­tère des Fi­nances à payer au mi­nis­tère du Com­merce ex­té­rieur et de l’in­dus­trie la somme res­tante. Tan­dis que le mi­nistre du Com­merce ex­té­rieur et de l’in­dus­trie, Mah­moud Is­sa, a de­man­dé avec ins­tance, la se­maine der­nière, le ver­se­ment des fonds man­quants.

1,8 mil­liard de L. E. C’est la somme pro­po­sée par le gou­ver­ne­ment dans son nou­veau bud­get 2012- 2013 pour le sou­tien aux ex­por­ta­tions, comme l’a confié à l’heb­do un res­pon­sable au mi­nis­tère des Fi­nances, qui a pré­fé­ré gar­der l’ano­ny­mat. « Il est vrai que ce n’est qu’une pro­po­si­tion pri­maire à dis­cu­ter qui pour­rait être mo­di­fiée. Mais une chose est cer­taine : c’est la ten­dance à la baisse » , ex­plique- t- il.

Alors, le sou­tien aux ex­por­ta­tions bais­se­ra- t- il vrai­ment ? C’est un dé­bat qui se pour­suit mal­gré l’ère ré­vo­lue du lob­by des hommes d’af­faires bé­né­fi­ciaires liés au ré­gime Mou­ba­rak. « Le gou­ver­ne­ment su­bit ac­tuel­le­ment des pres­sions fi­nan­cières énormes. Entre autres, il y a la baisse des re­cettes du tou­risme et des in­ves­tis­se­ments. Et les en­ga­ge­ments en tant que gou­ver­ne­ment ré­for­miste se mul­ti­plient. Le choix ne se­ra pas fa­cile et les prio­ri­tés vont chan­ger. Les in­té­rêts so­ciaux passent en tête de liste » , as­sure le res­pon­sable. « Mais le mi­nis­tère se­ra peut- être obli­gé de consa­crer une somme moindre au dé­but, mais dans ce cas, il s’en­ga­ge­ra à ré­étu­dier le dos­sier à nou­veau vers la moi­tié de l’an­née fis­cale et pour­ra consa­crer un cré­dit sup­plé­men­taire, se­lon la per­for­mance du sec­teur » , pour­suit- il.

Les membres de l’as­sem­blée du peuple s’at­taquent de front à ce sys­tème de sou­tien et sou­lignent une né­ces­si­té ur­gente de l’an­nu­ler. « Les hommes d’af­faires ont lon­gue­ment pro­fi­té du sou­tien du gou­ver­ne­ment, que ce soit un sou­tien di­rect, en tant que sub­ven­tions mo­né­taires, ou in­di­rect, avec des sub­ven­tions à l’éner­gie. Il est temps de par­ti­ci­per à la fac­ture de la re­lance éco­no­mique » , dit Mo­ha­mad Gou­da, membre de la com­mis­sion éco­no­mique à l’as­sem­blée du peuple.

Ce pro­gramme a tou­jours fa­vo­ri­sé les grands ex­por­ta­teurs, puisque le mon­tant du sou­tien est fonc­tion de la fac­ture des ex­por­ta­tions. Alors que ceux mé­ri­tant vé­ri­ta­ble­ment un tel sou­tien n’en ont ja­mais pro­fi­té. « Mal­gré les mul­tiples pro­messes de ré­for­mer ce sys­tème tout au long d’une an­née, rien n’a été fait à cet égard » . De­puis son ap­pli­ca­tion en 2002, le fonds de sou­tien aux ex­por­ta­tions manque de trans­pa­rence, en dé­pit d’une pro­gres­sion des sommes al­louées de quelque 2 mil­liards de L. E. à sa créa­tion, pas­sées à 4,3 mil­liards en 2010.

Maintes re­ven­di­ca­tions lan­cées

Des ac­cu­sa­tions de né­po­tisme ter­nissent éga­le­ment l’ad­mi­nis­tra­tion du fonds. L’an­cien mi­nistre du Com­merce et de l’in­dus­trie, Ra­chid Mo­ha­mad Ra­chid, en était l’un des grands bé­né­fi­ciaires avec la mul­ti­na­tio­nale Uni­le­ver, dont il pos­sé­dait une part, en plus de sa soeur oc­cu­pant le poste de pré­sident de la ré­gion du Pro­cheO­rient, et qui a été sou­te­nu à la hau­teur de 900 mil­lions de L.E.

Idem pour Ga­lal Al-zor­ba, que Ra­chid avait nom­mé pré­sident de l’union des in­dus­tries pour 3 man­dats consé­cu­tifs. Il a bé­né­fi­cié du pro­gramme en tant que pro­prié­taire d’usines de prêt-à-por­ter.

Maintes re­ven­di­ca­tions ont été lan­cées ré­cla­mant une dis­tri­bu­tion équi­table tout au long des an­nées de fonc­tion­ne­ment du fonds, mais le gou­ver­ne­ment fai­sait la sourde oreille. « Le lob­by des af­faires était plus fort à ce mo­ment », dit Gou­da. Le manque de ré­forme im­plique que ce lob­by soit tou­jours aus­si puis­sant.

De­puis la ré­vo­lu­tion de jan­vier 2011, le gou­ver­ne­ment in­té­ri­maire a an­non­cé une meilleure dis­tri­bu­tion des fonds, mais sans in­ten­tion de les ré­duire. En­suite, faute de res­sources, les sommes consa­crées à ce pro­ces­sus sont pas­sées de 4 à 2,5 mil­liards de L.E. pour l’exer­cice 2011-2012. Le mi­nistre du Com­merce et de l’in­dus­trie pro­met aus­si un nou­veau sys­tème de dis­tri­bu­tion des aides. « Nous éla­bo­rons ac­tuel­le­ment un nou­veau mo­dèle pour l’at­tri­bu­tion du sou­tien », ex­plique Ah­mad Al-ama­wi, di­rec­teur exé­cu­tif du fonds. Il s’agit en fait de 10 condi­tions à rem­plir afin de re­ce­voir le sou­tien. Avec, entre autres, la va­leur ajou­tée réa­li­sée par chaque ex­por­ta­teur, la pro­gres­sion du vo­lume des ex­por­ta­tions, le pour­cen­tage des pro­duits lo­caux uti­li­sés. Des pro­messes qui n’ont pas été te­nues. Du coup, les bé­né­fi­ciaires restent les mêmes, à quelques ex­cep­tions près

Le sec­teur tex­tile s’em­pare de la plus grande ma­jo­ri­té des res­sources du fonds.

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