Un pied dans le bu­si­ness

FRÈRES MU­SUL­MANS .

Al Ahram Hebdo - - Economie - Mar­wa Hus­sein

Coo­pers, « Nous n’avons pas vou­lu de noms por­tant une

LES AN­NÉES où les biens des Frères mu­sul­mans étaient su­jets à des confis­ca­tions sont bel et bien fi­nies. Les hommes d’af­faires de la confré­rie af­fichent dé­sor­mais leurs ri­chesses au grand jour. Sous le nom d’eb­da, qui si­gni­fie « com­mence », des hommes d’af­faires is­sus en grande par­tie des Frères mu­sul­mans ont inau­gu­ré, sa­me­di 24 mars, l’as­so­cia­tion égyp­tienne pour le dé­ve­lop­pe­ment des af­faires.

L’évé­ne­ment a eu lieu dans un hô­tel 5 étoiles en pré­sence de quelque 600 in­vi­tés dont des po­li­ti­ciens, des par­le­men­taires, des am­bas­sa­deurs et des hommes d’af­faires égyp­tiens et étran­gers. L’as­so­cia­tion, pré­si­dée par Has­san Ma­lek, membre émi­nent des Frères mu­sul­mans ré­cem­ment blan­chi des ac­cu­sa­tions por­tées contre lui par une cour mi­li­taire, compte dé­jà 150 membres.

« On a re­çu 500 de­mandes d’adhé­sion qu’on étu­die ac­tuel­le­ment », ré­vèle Ah­mad Ab­del-ha­fez, membre du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’eb­da. Se­lon lui, les cri­tères les plus im­por­tants pour adhé­rer à Eb­da se basent sur la ré­pu­ta­tion du pos­tu­lant. « Eb­da peut of­frir ses ser­vices à tout le monde : membres ou non-membres de la confré­rie. Mais nous vou­lons être cré­dibles et res­ter loin des mi­lieux cor­rom­pus. Les membres doivent être ac­tifs et im­pli­qués », pré­cise-t-il.

Pour­tant, l’as­so­cia­tion compte des noms d’hommes d’af­faires proches du ré­gime Mou­ba­rak. Y fi­gurent aus­si des so­cié­tés à la ré­pu­ta­tion par­fois mise en cause par cer­tains ac­teurs po­li­tiques, à l’ins­tar d’el­se­we­dy Elec­tric, de Ju­hay­na (pre­mier pro­duc­teur de pro­duits lai­tiers en Egypte), du Groupe Al­kan, (tech­no­lo­gie de com­mu­ni­ca­tion et d’in­for­ma­tion, immobilier, tou­risme et avia­tion) ou en­core Hill In­ter­na­tio­nal, une so­cié­té ba­sée aux Etats-unis.

Par­mi les autres spon­sors de l’as­so­cia­tion fi­gurent l’homme d’af­faires Ah­mad AbouHe­chei­ma, ou en­core Price Wa­te­rhouse

un géant in­ter­na­tio­nal de l’au­dit.

Ils viennent de lan­cer une as­so­cia­tion d’hommes d’af­faires. Si elle s’avère dé­jà

un suc­cès, ses ob­jec­tifs réels restent ce­pen­dant obs­curs.

mau­vaise ré­pu­ta­tion comme par exemple Ah­mad Ezz », pré­cise Ah­mad Ab­del-ha­fez.

Plu­sieurs membres d’eb­da sont par ailleurs membres d’autres as­so­cia­tions aux ob­jec­tifs dif­fé­rents. « Il n’y a pas de contra­dic­tion entre cette as­so­cia­tion et les autres », es­time Saf­wan Sa­bet, membre des Chambres de com­merce amé­ri­caine et al­le­mande et de l’union des Chambres de com­merce.

Il avance qu’eb­da jouit d’une grande marge de ma­noeuvre né­ces­saire au contexte ac­tuel. « Dans l’union des Chambres de com­merce par exemple, il y a d’an­ciennes lois qui n’ont pas chan­gé de­puis long­temps et qui ne fonc­tionnent plus de nos jours », re­grette-t-il.

Lan­cer une nou­velle dy­na­mique

« Toute nou­velle ini­tia­tive est la bien­ve­nue », lance Alaa Ezz, se­cré­taire gé­né­ral de la Con­fé­dé­ra­tion des as­so­cia­tions d’af­faires égyp­to-eu­ro­péenne et an­cien membre du Par­ti Na­tio­nal Dé­mo­crate (PND). « Je ne peux pas en­core ju­ger cette nou­velle as­so­cia­tion mais je pense qu’ils (les Frères mu­sul­mans, ndlr) ont une im­por­tante ca­pa­ci­té de mo­bi­li­sa­tion », pré­cise-t-il. Alaa Ezz, qui n’est pas membre d’eb­da, sou­ligne que les af­fi­lia­tions po­li­tiques ne comptent pas plus que ça dans le mi­lieu des af­faires. « Peu im­porte le conduc­teur du train ! Je se­rai tou­jours un pas­sa­ger », conclut-il.

Lors de son dis­cours d’in­tro­duc­tion, Has­san Ma­lek s’est concen­tré sur le re­jet de la cor­rup­tion : « On s’adresse à tout homme d’af­faires hon­nête pour lui dire qu’il est temps de prendre le re­lais. Notre ré­vo­lu­tion a cas­sé le cercle de la cor­rup­tion ». Il a par ailleurs in­sis­té sur le dé­ve­lop­pe­ment des droits des em­ployés et sur la bonne gou­ver­nance des en­tre­prises.

L’as­so­cia­tion cherche aus­si à at­ti­rer les jeunes hommes d’af­faires pro­prié­taires de pe­tites et moyennes en­tre­prises. Ceux-ci peuvent de­ve­nir membres as­so­ciés de l’as­so­cia­tion moyen­nant une co­ti­sa­tion an­nuelle de 500 L.E. contre 2 500 L.E pour les membres plus âgés. « On veut don­ner l’exemple de l’homme d’af­faires in­tel­li­gent qui lie les in­té­rêts du pays à ses propres in­té­rêts et qui dé­fend les va­leurs hu­maines », in­siste Ous­sa­ma Farid, membre du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’eb­da. Trois ini­tia­tives ma­jeures se­ront mises en place : un pro­jet de sou­tien aux pe­tites et moyennes en­tre­prises, un pro­jet de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle et la te­nue d’une confé­rence in­ter­na­tio­nale vi­sant à at­ti­rer les in­ves­tis­se­ments étran­gers. « On veut dire à tout le monde que l’egypte est ou­verte ! », s’est en­thou­sias­mé Has­san Ma­lek. La confé­rence in­ter­na­tio­nale — dont la date n’a pas été an­non­cée — mon­tre­ra avant tout à quel point les Frères mu­sul­mans sont connec­tés hors du pays dans les mi­lieux d’af­faires. Les membres de la confré­rie ont dû pen­dant des an­nées ca­cher leurs biens de peur d’une confis­ca­tion éta­tique. Ma­lek Has­san et Khaï­rat Al- Cha­ter, homme d’af­faires et ad­joint du guide su­prême de la confré­rie, ont en ef­fet connu une forte ré­pres­sion de la part du ré­gime Mou­ba­rak. En avril 2008, les deux hommes ont été condam­nés à 7 ans de pri­son par un tri­bu­nal mi­li­taire. Ils n’ont été ac­quit­tés qu’après la ré­vo­lu­tion. Leurs biens avaient été confis­qués à tra­vers des ac­cu­sa­tions de blan­chi­ment d’ar­gent et d’ap­par­te­nance à une or­ga­ni­sa­tion in­ter­dite.

Ce­pen­dant, peu reste connu sur les biens des deux hommes, tous deux consi­dé­rés comme des mil­liar­daires. S’il est clair que l’as­so­cia­tion vise à ras­su­rer les in­ves­tis­seurs, il est moins évident d’af­fir­mer que ses ob­jec­tifs sont pu­re­ment éco­no­miques. A l’ap­proche des pré­si­den­tielles, cette as­so­cia­tion ap­pa­raît comme un moyen de trou­ver au­tant de sou­tiens pos­sibles au sein des mi­lieux d’af­faires égyp­tiens et étran­gers

500 hommes d’af­faires ont as­sis­té à l’inau­gu­ra­tion de l’as­so­cia­tion.

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