Le sym­bole et le sens

Al Ahram Hebdo - - Opinion - Ma­kram M. Ah­mad Editorialiste

AVEC la dis­pa­ri­tion du pape Ché­nou­da III, l’egypte a per­du l’un de ses grands hommes et l’un de ses sym­boles re­li­gieux, qui a pré­ser­vé l’in­dé­pen­dance de l’eglise égyp­tienne et qui a dé­fen­du son iden­ti­té na­tio­nale pour de­meu­rer une ins­ti­tu­tion pu­re­ment égyp­tienne.

Les coptes d’egypte ont per­du un pape de grande va­leur qui a dé­fen­du les droits de ses confrères en une ci­toyen­ne­té com­plète. Il a éga­le­ment te­nu à étouf­fer toute sé­di­tion confes­sion­nelle re­fu­sant les po­si­tions ex­tré­mistes et re­ven­di­quant le res­pect des lois de l’etat. L’union du pays a tou­jours été par­mi ses prio­ri­tés ma­jeures. Du­rant son man­dat, les ac­ti­vi­tés de l’eglise copte se sont élar­gies et son pou­voir s’est éten­du en de­hors du pays aux coptes d’egypte en Eu­rope, aux Etats-unis et au Ca­na­da. Ce­pen­dant, elle a pré­ser­vé son iden­ti­té et son patrimoine cultu­rel qui ont su gar­der son in­dé­pen­dance.

Le pape Ché­nou­da III était un intellectuel égyp­tien arabe qui ren­fer­maient par­fai­te­ment l’his­toire de son pays et qui ap­pre­nait par coeur de nom­breux vers de la poé­sie arabe. Il li­sait beau­coup dans les livres de patrimoine. Il ai­mait plai­san­ter. Il riait de tout coeur et ses prêches ren­fer­me­raient de nom­breux conseils pé­da­go­giques qu’il adres­sait à toutes les fa­milles. Il était ce­pen­dant très conser­va­teur en ce qui concerne le texte re­li­gieux re­la­tif au di­vorce, car il re­fu­sait de bri­ser une re­la­tion qu’il ju­geait éter­nelle.

Je l’ai connu de près de­puis qu’il a ac­cé­dé à la tête de l’église Saint-marc, il y a 40 ans. J’ai eu de longues dis­cus­sions avec lui. Lors­qu’il s’est re­ti­ré dans le couvent d’an­ba Bi­choy, dans un iso­le­ment im­po­sé par l’etat à cause de son re­fus de la dé­ci­sion de Sa­date et lors­qu’il s’est ré­pan­du en Egypte que les cou­vents se sont trans­for­més en ré­ser­voirs d’armes, j’ai pas­sé avec lui toute une jour­née dans un dis­cours franc et cou­ra­geux, où il a dé­cla­ré qu’il était prêt à ou­vrir tous les cou­vents d’egypte à l’ins­pec­tion. Il a confir­mé que les coptes ne lè­ve­raient ja­mais l’arme face à leur na­tion quels que soient les dif­fé­rends. Il était un fort al­lié de la cause pa­les­ti­nienne. Il a re­fu­sé de dé­cul­pa­bi­li­ser les juifs du sang de Jé­sus-ch­rist. Il a consi­dé­ré cette po­si­tion comme une par­tie de l’in­dé­pen­dance du patrimoine de l’eglise égyp­tienne au­quel il est im­pos­sible de re­non­cer. Il a éga­le­ment re­fu­sé toutes les pres­sions des coptes pour al­ler faire le pè­le­ri­nage à Jé­ru­sa­lem après la con­clu­sion du Trai­té de paix égyp­to-is­raé­lien in­sis­tant à ajour­ner le pè­le­ri­nage jus­qu’à la con­clu­sion d’une paix glo­bale qui mette un terme à tous les as­pects du conflit ara­bo-is­raé­lien. Cette dé­ci­sion a ain­si uni les po­si­tions des coptes et des mu­sul­mans de l’egypte face à la nor­ma­li­sa­tion.

Mal­gré les ten­sions dans les re­la­tions entre les coptes et les mu­sul­mans à la suite de cer­tains pro­blèmes, le pape Ché­nou­da III a tou­jours te­nu à pré­ser­vé le dia­logue avec l’etat re­fu­sant l’in­gé­rence d’une tierce par­tie et re­fu­sant aus­si de cher­cher ren­fort à l’étran­ger, car il était convain­cu en lui­même qu’il n’y a d’autre al­ter­na­tive à la co­exis­tence entre les deux élé­ments de la na­tion et qu’il est im­pos­sible de les dis­so­cier

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