Dis­pa­ri­tion d’un grand homme

Al Ahram Hebdo - - Opinion - Fa­rouq Go­wei­da Ecri­vain

L’EGYPTEa per­du l’un de ses grands amou­reux. Le pape Ché­nou­da III nous a quit­tés lais­sant en nous un énorme cré­dit d’amour qui se trans­met­tra de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion.

Tout en Egypte a ai­mé cet homme, les mu­sul­mans avant les chré­tiens, les choses avant les hommes. Il était hu­main, se­lon le sens propre du terme. Il était une personnalité riche dans sa com­po­si­tion, dans sa culture et dans sa clar­té évi­dente. Il re­pré­sen­tait un sym­bole re­li­gieux pour nos confrères chré­tiens, mais un sym­bole égyp­tien pour tous les Egyp­tiens. Il a ai­mé cette pa­trie de tout son coeur. Il avait une pro­fonde foi en elle. On pou­vait le conce­voir dans dif­fé­rents as­pects, comme un homme de re­li­gion de haut ni­veau dans la com­pré­hen­sion, la conscience et le mes­sage. Il s’unis­sait avec ses com­pa­triotes dans chaque foyer, dans chaque église et dans chaque couvent. C’était aus­si un ci­toyen égyp­tien qui por­tait les sou­cis de mil­liers de pauvres. Il n’a ja­mais été loin de la po­li­tique et s’est brû­lé de ses flammes pen­dant de longues pé­riodes pour dé­fendre l’homme et sa di­gni­té. Il était un pas­sion­né de la langue arabe, pro­fon­dé­ment convain­cu que la culture arabe re­pré­sente la source et l’ob­jec­tif de tous les Arabes de dif­fé­rentes re­li­gions et de dif­fé­rents pays. Il croyait pro­fon­dé­ment en l’union entre l’uni­vers et l’homme quelle que soit sa langue ou sa pen­sée. Il a étu­dié l’his­toire et a voya­gé dans ses ho­ri­zons, no­tam­ment l’his­toire de son pays. Il a étu­dié la lit­té­ra­ture an­glaise et a re­joint les rangs de l’ar­mée égyp­tienne puis le syn­di­cat des Jour­na­listes, car il a tou­jours été un pas­sion­né de la pa­role. Il écri­vait par­fois de la poé­sie dont il était un grand lec­teur. Le pape Ché­nou­da III a conci­lié le pres­tige de l’homme de re­li­gion aux in­ter­ro­ga­tions de l’homme de pen­sée, à l’hé­si­ta­tion du poète et à la conscience du saint. Il était un homme dans tout ce­la. Il était d’une sim­pli­ci­té étrange, d’une foi in­ébran­lable et d’une jo­via­li­té qui re­flète sa pu­re­té et sa trans­pa­rence. Je l’ai ren­con­tré pour la pre­mière fois en 1986.

Nous avons par­lé de tout, de la poé­sie, des re­li­gions, de l’art et de la phi­lo­so­phie. Il re­pré­sen­tait tout un sys­tème intellectuel aux dif­fé­rents as­pects, où il a réuni le patrimoine d’une na­tion gran­diose à la ci­vi­li­sa­tion d’un pays éter­nel. Le pape Ché­nou­da III man­que­ra à tout en Egypte, les gens, la terre et les choses. Un grand homme de ce pays est mort

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