Le centre-ville fes­tif

Al Ahram Hebdo - - Arts - Propos recueillis par Men­ha el Ba­traoui

A: Comment est née l’idée du fes­ti­val ?

L- AH­RAM Ah­med Al-at­tar : De­puis des an­nées j’ai un pro­blème, di­sons un vrai sou­ci avec la scène théâ­trale égyp­tienne où l’on ne voit pas as­sez ou pas du tout de théâtre et de danse ve­nus de l’étran­ger ; la pro­duc­tion théâ­trale pré­sen­tée, au ni­veau in­ter­na­tio­nal, n’est pas va­riée. Je pense que « voir » est un élé­ment très im­por­tant dans la for­ma­tion des co­mé­diens, et dans un sens plus large pour les pro­fes­sion­nels qui pra­tiquent le théâtre et la danse mais aus­si pour les spec­ta­teurs. Moi, per­son­nel­le­ment, quand je suis par­ti en France pour y vivre un mo­ment (et ob­te­nir un mas­ter de la Sor­bonne nou­velle en ges­tion cultu­relle), une des choses qui m’ont fait évo­luer comme ar­tiste et comme met­teur en scène, c’était jus­te­ment de voir deux ou trois spec­tacles par se­maine pen­dant deux ans (j’avais une amie qui était di­rec­trice de cas­ting ; du coup j’avais des places gra­tuites). J’en ai beau­coup pro­fi­té et ai été énor­mé­ment for­mé, pour­tant j’avais ter­mi­né mes études et j’avais dé­jà exer­cé la mise en scène. L’ex­pé­rience est l’un des élé­ments es­sen­tiels dans la vie ar­tis­tique des hommes et femmes de théâtre et des spec­ta­teurs éga­le­ment, mais aus­si pour le dé­ve­lop­pe­ment de la créa­tion théâ-

HEB­DO

ÉVÉ­NE­MENT . Down­town Con­tem­po­ra­ry Arts Fes­ti­val est at­ten­du au centre-ville du 29 mars au 14 avril. Un fes­ti­val mul­ti­dis­ci­pli­naire qui prend le par­ti de

l’ex­cel­lence : les troupes in­vi­tées, les met­teurs en scène, les mu­si­ciens et les cho­ré­graphes sont re­con­nus au ni­veau in­ter­na­tio­nal. En­tre­tien avec

Ah­med Al-at­tar, di­rec­teur ar­tis­tique du fes­ti­val.

trale. En Egypte, en fait, on ne voit rien. Rares sont les troupes en tour­née ; et sou­vent elles sont choi­sies par des fonc­tion­naires dont ce n’est pas le mé­tier. Donc, l’idée de faire un fes­ti­val ou une pro­gram­ma­tion per­ma­nente est une chose qui m’in­té­resse de­puis des an­nées.

Il y a plus d’un an, j’ai ren­con­tré Ka­rim Cha­fei de la Is­maï­lia Real Es­tate Com­pa­ny (so­cié­té de dé­ve­lop­pe­ment immobilier du centre-ville) qui a ache­té plu­sieurs bâ­ti­ments dont le ci­né­ma Ra­dio et l’hô­tel La Vien­noise, uti­li­sé comme ga­le­rie en ce mo­ment. Son idée était de mettre en place un fes­ti­val pour re­do­rer le bla­son du centre-ville en re­vi­go­rant sa dy­na­mique cultu­relle. On m’a de­man­dé de prendre en charge ce pro­jet. Tout de suite, j’ai pen­sé à un fes­ti­val mul­ti­dis­ci­pli­naire : théâtre, mu­sique, danse, arts plas­tiques, ci­né­ma … On a choi­si cette date car, ayant sui­vi le ca­len­drier des ac­ti­vi­tés ar­tis­tiques des autres pays arabes, nous avons consta­té qu’à cette pé­riode de l’an­née, il y a la bien­nale de Shar­jah, le Du­baï Art Fair, le Fo­rum au Li­ban …, on s’est dit qu’il était bon de s’in­sé­rer dans cette dy­na­mique afin de don­ner la pos­si­bi­li­té à ce­lui qui va à Du­baï de faire es­cale au Caire (pour as­sis­ter au fes­ti­val bien en­ten­du).

— Quels ont été vos cri­tères de choix concer­nant les spec­tacles in­vi­tés ?

— Dès le dé­part, il a été dé­ci­dé qu’en tant que di­rec­teur ar­tis­tique qui gère le fes­ti­val, je pou­vais aus­si choi­sir les troupes des arts de la scène (étant moi-même met­teur en scène in­dé­pen­dant de­puis les an­nées 1990). Pour la danse contem­po­raine, j’ai col­la­bo­ré avec une as­so­cia­tion spé­cia­li­sée ins­tal­lée à Bar­ce­lone car notre pro­gramme est très par­ti­cu­lier : il s’agit de spec­tacles dans des lieux pu­blics. Si­non chaque dis­ci­pline a son propre di­rec­teur ar­tis­tique qui dé­cide de sa pro­gram­ma­tion. Mah­moud Re­faat s’oc­cupe de la mu­sique, Mia Jan­ko­wicz des arts plas­tiques.

Comme cri­tère gé­né­ral, nous vou­lons don­ner un aper­çu des dif­fé­rentes dis­ci­plines contem­po­raines avec les­quelles le pu­blic égyp­tien n’est pas fa­mi­lier. Pour le théâtre par exemple, comme nous voyons en Egypte une scène stag­nante de­puis des dé­cen­nies, je vou­drais donc pro­po­ser de nou­velles fa­çons de faire du théâtre. Ain­si, nous pré­sen­tons la com­pa­gnie an­glaise For­ced En­ter­tain­ment qua­li­fiée par le jour­nal The Guar­dian comme « la troupe bri­tan­nique de théâtre ex­pé­ri­men­tal la plus brillante » ; c’est au­jourd’hui une com­pa­gnie icône. Il y au­ra aus­si un spec­tacle qui dure six heures, un autre sans ac­teurs (sur­prise !), un troi­sième de Omar Ghayat, un Egyp­tien qui vit en Suisse dont le tra­vail est ba­sé sur un texte de Alaa El-as­wa­ny, le Li­ba­nais Es­sam Abou-kha­led qui est très pen­ché sur les artifices et la théâ­tra­li­té, mais avec une concep­tion très dif­fé­rente de la nôtre. On ter­mine avec le Ko­weï­tien So­lay­man AlBas­sam avec son der­nier spec­tacle The Spea­ker’s Pro­gress. —

— Le bud­get ini­tial était de 4 mil­lions de L.E. Nous avons réus­si à faire notre fes­ti­val à 1,5 mil­lion ! Grâce au sou­tien de presque tous les centres cultu­rels, le sou­tien de l’union eu­ro­péenne qui va cou­vrir les frais des com­pa­gnies, le ca­chet des co­mé­diens, et au sou­tien éga­le­ment de la so­cié­té Is­maï­lia et à ce­lui du mi­nis­tère égyp­tien de la Culture. Quant à ce­lui du mi­nis­tère du Tou­risme, nous l’at­ten­dons tou­jours, à cinq jours de l’inau­gu­ra­tion (nous avons un trou de 250 000 livres que l’on n’ar­rive pas à cou­vrir). Ce fes­ti­val est cer­tai­ne­ment le

Qu’en est-il du fonds bud­gé­taire ?

plus grand ja­mais mon­té en Egypte. Je ne le com­pare pas à ceux or­ga­ni­sés par l’etat qui a tous les moyens …

Les spon­sors po­ten­tiels égyp­tiens ont tous sans ex­cep­tion re­fu­sé de nous sub­ven­tion­ner, c’est dom­mage car je pense que ce fes­ti­val ar­rive dans un contexte his­to­rique très im­por­tant si l’on consi­dère l’ave­nir proche comme une pé­riode à risques, di­sons une pé­riode « sombre ». C’est le mo­ment au­jourd’hui de mettre des garde-fous contre l’obs­cu­ran­tisme. Nous sou­hai­tons mon­trer comment les Egyp­tiens après la ré­vo­lu­tion sont ca­pables de mettre en oeuvre un évé­ne­ment de stan­dard in­ter­na­tio­nal et d’ac­cueillir ces troupes pres­ti­gieuses.

— Pour ter­mi­ner, vous ci­blez quel pu­blic ?

— Une dé­ci­sion prise dès le dé­part : ce ne se­ra pas un fes­ti­val gra­tuit. Ce n’est pas une ques­tion d’ar­gent, car si tous les billets étaient payants, ce­la ne fe­rait pas 10 % du bud­get. L’idée est d’ins­tau­rer le res­pect de la va­leur ar­tis­tique. (Je pense à ceux qui payent 30 L.E. pour un billet de ci­né­ma où ils vont voir un film « peu ar­tis­tique »). Notre idée à propos du billet qui est un contrat entre le spec­ta­teur et le fes­ti­val, je la dé­fi­nis ain­si : vous payez, on vous donne le meilleur Voir pro­gramme du fes­ti­val à la page Ca­len­drier

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.