Les re­tom­bées du Prin­temps arabe en dé­bat

Al Ahram Hebdo - - Livres - Di­na Mandour

SA­LON DU LIVRE DE PA­RIS . La 32e édi­tion s’est te­nue du 16 au 19 mars, avec 2 000 au­teurs et 1 200 édi­teurs de 40 pays. En met­tant à l’hon­neur le Ja­pon, elle n’a tou­te­fois pas ou­blié

les ré­vo­lu­tions arabes. Pa­ris, De notre envoyée spéciale —

L

Edu livre de Pa­ris a été inau­gu­ré le 15 mars, en ren­dant hom­mage à la lit­té­ra­ture ja­po­naise, l’in­vi­té d’hon­neur de sa 32e édi­tion. Il af­fiche aus­si une pré­sence ren­for­cée de la lit­té­ra­ture sous forme nu­mé­rique. C’est l’un des grands en­jeux de cette édi­tion qui se dé­roule dans un environnement éco­no­mique mo­rose.

La ma­ni­fes­ta­tion ac­cueille à la fois grands et pe­tits édi­teurs et re­pré­sen­tants des mé­tiers du livre. 2 000 au­teurs et 1 200 édi­teurs de 40 pays sont ain­si pré­sents.

Son ori­gi­na­li­té est d’être ou­verte aux pro­fes­sion­nels et au grand pu­blic. Sur plu­sieurs jours, de nom­breuses ren­contres sont or­ga­ni­sées avec des écri­vains, au­teurs, scé­na­ristes, des­si­na­teurs, etc. La di­ver­si­té des par­ti­ci­pants, les séances de dé­di­caces, les dé­bats thé­ma­tiques et les ani­ma­tions ont contri­bué à faire de ce ren­dez-vous un grand mo­ment cultu­rel et fes­tif. Plu­sieurs su­jets d’ac­tua­li­té ont fait l’ob­jet de dis­cus­sions, par­mi les­quels la si­tua­tion po­li­tique dans le monde arabe. A cet égard, une table ronde in­ti­tu­lée « Les ré­vo­lu-

SA­LON

tions arabes ont-elles un ave­nir ? » s’est te­nue di­manche 18 mars, a réuni Sa­mar Yez­bek, As­ma Gue­ni­fi et Ma­thieu Gui­dere. Ce der­nier, professeur de sciences po­li­tiques à l’uni­ver­si­té de Tou­louse et spé­cia­liste du monde arabe, au­teur de Le choc des ré­vo­lu­tions arabes et At­las des pays arabes, des ré­vo­lu­tions à la dé­mo­cra­tie ?, es­time que « le Prin­temps arabe s’est ache­vé le 20 oc­tobre avec l’as­sas­si­nat de Kadhafi, mo­ment à par­tir du­quel s’est ou­verte une pé­riode ca­rac­té­ri­sée par la mon­tée en puis­sance des cou­rants is­la­miques ». Sur l’ave­nir de la ré­vo­lu­tion égyp­tienne, l’ana­lyse de Ma­thieu Gui­dere est que « au­pa­ra­vant, il y avait trois ac­teurs pré­sents : l’ar­mée, les Frères mu­sul­mans et les ré­vo­lu­tion­naires, mais à présent, seuls les deux pre­miers ac­teurs de­meurent en place. Les ré­vo­lu­tion­naires et les cou­rants li­bé­raux ont be­soin d’au moins 5 ou 6 ans pour re­ve­nir au de­vant de la scène, ils doi- vent ab­so­lu­ment re­nou­ve­ler le re­gard qu’ils portent sur la scène po­li­tique, et par­tant leurs moyens d’ac­tion, comme ils doivent se rap­pro­cher le plus pos­sible du peuple ».

Nou­velle dy­na­mique cultu­relle ?

Sur le même stand, le Centre na­tio­nal du livre de Pa­ris a éga­le­ment or­ga­ni­sé une table ronde au­tour du thème « L’egypte, le livre et la culture après la ré­vo­lu­tion », ani­mée par l’an­cien ré­dac­teur en chef du jour­nal Le Monde, le jour­na­liste et ro­man­cier d’ori­gine égyp­tienne Robert So­lé, avec Claude Gui­bal, cor­res­pon­dante au Caire et jour­na­liste à France culture, Agnès De­biage, li­braire d’oum Al-do­nia au Caire, et Na­bil Bou­tros, pho­to­graphe. Le dé­bat s’est ar­ti­cu­lé au­tour de la ques­tion de sa­voir : l’éman­ci­pa­tion de la pa­role a-telle sus­ci­té une force créa­trice et une nou­velle dy­na­mique cultu­relle ? Quelle li­ber­té pour les écri­vains et les ar­tistes dans un ave­nir proche ? So­lé a com­men­cé son in­ter­ven­tion en sou­li­gnant sa der­nière vi­site au Caire, la­quelle eut lieu la veille de la table ronde, fai­sant re­mar­quer le faible sen­ti­ment de sé­cu­ri­té res­sen­ti par la rue égyp­tienne et la peur d’un ave­nir am­bi­gu. La pa­role est en­suite pas­sée à Claude Gui­bal, qui a re­le­vé l’im­por­tance du rôle joué par cer­tains ar­tistes ( écri­vains, mu­si­ciens, pho­to­graphes et peintres) dans la ré­vo­lu­tion, in­sis­tant sur le fait que ce sont eux qui ex­priment et trans­mettent la voix de la rue. Elle a en­suite poin­té du doigt le fos­sé gé­né­ra­tion­nel qui existe dans le pays. On le re­trouve no­tam­ment au sein de l’ar­mée et des Frères mu­sul­mans. Et même dans les pro­grammes té­lé­vi­sés et les en­tre­tiens de per­son­na­li­tés dans les mé­dias qui, bien qu’elles soient sou­vent fa­vo­rables à la ré­vo­lu­tion, ne sont pas elles les fi­gures re­pré­sen­ta­tives du ré­vo­lu­tion­naire. Agnès De­biage, pour sa part, a ra­con­té son ex­pé­rience propre de li­braire et la ma­nière dont la cen­sure sé­vis­sait avant la ré­vo­lu­tion. A l’oc­ca­sion de la pré­sence de jeunes tra­duc­trices au Sa­lon du livre, elle a in­vi­té la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale a prê­té l’oreille à la voix des jeunes ar­tistes, écri­vains et in­tel­lec­tuels égyp­tiens. Quant à Na­bil Bou­tros, il a pro­je­té une sé­rie de pho­to­gra­phies don­nant à voir dif­fé­rentes images des Egyp­tiens dans leur di­ver­si­té. En con­clu­sion de la table ronde, Robert So­lé, en ré­ponse à la ques­tion « Et main­te­nant, que faire ? » qui a éma­né du pu­blic, a in­vi­té l’au­di­toire à se rendre en Egypte car, si le pays a en ef­fet be­soin de vi­si­teurs et de tou­ristes, nous avons nous aus­si be­soin de connaître l’image mo­derne de l’egypte et des Egyp­tiens

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