Qui est l’ab­bé Bi­choy ?

Al Ahram Hebdo - - Voyages - D. E. Doaa El­ha­mi

Il est né au dé­but du IVE siècle, pré­ci­sé­ment en 320, à Chén­ché­na, pe­tit vil­lage du gou­ver­no­rat de Me­nou­fiya, en Basse-egypte. Ca­det de 7 en­fants, il avait per­du pré­ma­tu­ré­ment son père, pour être éle­vé par sa mère. A 20 ans, il est par­ti pour le dé­sert de Chi­hite, dans les en­vi­rons de l’ac­tuelle ré­gion de Wa­di Al-na­troun. Il avait ap­pris pen­dant 3 ans les prin­cipes de la vie mo­nas­tique de l’ab­bé Be­moi, élève de l’ab­bé Ma­caire. Dé­sor­mais, le jeune er­mite avait ac­quis la no­mi­na­tion re­li­gieuse « Bi­choy » qui si­gni­fie en langue copte « émi­nent » ou « juste ». L’eglise le sur­nomme aus­si « l’homme im­pec­cable, l’amou­reux de notre bon sau­veur » et « l’astre du dé­sert ».

La vie de l’ab­bé Bi­choy était riche en évé­ne­ments im­por­tants sur le plan ar­chéo­lo­gique et re­li­gieux. Après la mort de son maître, l’ab­bé Be­moi, le jeune er­mite avait pré­fé­ré la so­li­tude en s’iso­lant dans la grotte de la Vierge, qui se trouve jus­qu’à nos jours au mo­nas­tère des Sy­riaques, l’un des mo­nas­tères les plus connus de Wa­di Al-na­troun. Vou­lant pas­ser plus de temps pos­sible dans la prière et l’évo­ca­tion de Dieu, il at­ta­chait ses che­veux à une corde liée au pla­fond qui le ti­rait, afin d’évi­ter le som­meil pour pour­suivre ses prières. Il ou­bliait aus­si de man­ger plu­sieurs jours en fai­sant nour­rir l’âme par la prière, la mé­di­ta­tion et l’ob­ser­va­tion de la na­ture qui l’en­toure. Au fil des jours, l’ab­bé Bi­choy a été connu par sa dé­vo­tion et sa bé­né­dic­tion, at­ti­rant en fait un nombre consi­dé­rable de dis­ciples qui avaient élu do­mi­cile dans les grottes des alen­tours. Par consé­quent, l’ab­bé Bi­choy de­vait fon­der un

«L’église de l’ab­bé Bi­choy, qui se dresse au sein du mo­nas­tère qui porte son nom, est la plus grande de toutes les églises de Wa­di Al-na­troun », ex­plique l’égyp­to­logue He­lal AbouHennes, ex­pert en mo­nu­ments coptes. Cette église fait par­tie de 5 autres églises que ren­ferme le mo­nas­tère dont la su­per­fi­cie dé­passe les 2 fed­dans (0,84 ha), et ce, sans ou­blier l’hô­tel, la bi­blio­thèque, les er­mi­tages, le Puits des mar­tyrs, l’an­tique ré­fec­toire et le vaste jar­din.

En ef­fet, le mo­nas­tère Bi­choy a été fon­dé par l’ab­bé lui­même en l’an 397. A cette époque, le mo­nas­tère se com­po­sait d’un en­semble d’er­mi­tages qui en­tou­rait l’église de l’ab­bé, bâ­tie dans les en­vi­rons de sa grotte, où l’er­mite Bi­choy s’iso­lait pour la prière. L’église an­tique a été com­plè­te­ment dé­truite par les tri­bus ber­bères qui avaient en­va­hi tous les mo­nas­tères de Wa­di AlNa­troun en 407. Cet en­semble ar­chi­tec­tu­ral, qui n’a pas été pro­té­gé par des mu­railles, a fa­ci­li­té sa des­truc­tion. En fait, ce n’était pas la der­nière des­truc­tion de l’église et du mo­nas­tère puisque les deux éta­blis­se­ments ont su­bi plu­sieurs des­truc­tions. L’église a été re­cons­truite pour être dé­truite une deuxième fois par les at­taques des ber­bères dans les an­nées 434 et 444. Les er­mites ont alors été contraints d’édi­fier un fort pour pro­té­ger leur église. Ces deux der­niers, l’église et le fort, avaient connu le même sort vers la fin du VIE siècle. En 645 et sous le règne du pape Ben­ja­min Ier, le mo­nas­tère Bi­choy a été re­bâ­ti. En re­vanche, le mo­nas­tère a été dé­truit en 817, au cours de la cin­quième at­taque des ber­bères contre les mo­nas­tères de Wa­di Al-na­troun. Mais le pape Yaa­qoub Ier l’avait re­cons­truit et res­tau­ré. Son tra­vail a été ac­com­pli par le pape Yous­sab Ier en 840. Rai­son pour la­quelle les plus an­ciens bâ­ti­ments du mo­nas­tère re­montent à cette date « qui a vu le dé­pla­ce­ment des dé­pouilles des moines Bi­choy et Paul Al-ta­mou­ghi qui étaient nou­veau mo­nas­tère qui porte son nom en 397. Le nou­veau mo­nas­tère est re­lié à la grotte de la Vierge Marie, du mo­nas­tère des Sy­riaques, par un tun­nel, à tra­vers le­quel morts et en­ter­rés au Ve siècle à An­se­na, dans le gou­ver­no­rat de Mi­nya en Moyenne-egypte », re­prend Hennes.

En­tou­ré d’une mu­raille so­lide en cal­caire de 10 m de hau­teur, le mo­nas­tère a pris la forme car­rée. Son en­trée se trouve au cô­té nord de cette mu­raille. Le mo­nas­tère se com­pose de plu­sieurs bâ­ti­ments, dont le plus im­por­tant est ce­lui d’une for­te­resse construite au XIE siècle sur les ves­tiges d’une autre for­te­resse plus an­cienne bâ­tie au Ve siècle par l’em­pe­reur ro­main Zé­non. Elle se com­pose de 3 étages. Le rez-de-chaus­sée com­prend un puits, un mou­lin de blé, un pres­soir d’huile et des dé­pôts. Le deuxième étage com­prend l’en­trée de la for­te­resse, à tra­vers un pont mou­vant, ain­si que l’église de la Vierge. Quant au troi­sième et der­nier étage, il com­prend l’église de l’ar­che­vêque Mi­chel.

L’église de l’ab­bé Bi­choy, qui oc­cupe le sud de l’en­ceinte, est consi­dé­rée comme le deuxième bâ­ti­ment du mo­nas­tère en im­por­tance. En style de ba­si- s’échap­pait le moine pour prier. Il existe jus­qu’à main­te­nant.

Les prières et la mé­di­ta­tion le sti­mu­laient à tra­vailler afin d’as­su­rer sa nour­ri­ture en in­ci­tant ses élèves à l’imi­ter afin de don­ner l’au­mône aux pauvres. Outre la cha­ri­té, il était aus­si connu par sa mo­des­tie et sa dé­vo­tion pour les autres. Il la­vait les pieds des vi­si­teurs. De même, Il dé­fen­dait et pro­té­geait la dé­vo­tion contre l’hé­ré­sie, qui avait en­va­hi le pays à l’époque, avec po­li­tesse et mo­des­tie. En 407, Wa­di Al-na­troun et ses mo­nas­tères ont été en­va­his par des tri­bus ber­bères qui avaient at­ta­qué les fron­tières égyp­tiennes. Ain­si, l’ab­bé Bi­choy a alors quit­té sa de­meure pour la Moyenne-egypte, à An­se­na, près de Mal­la­wi dans le gou­ver­no­rat de Mi­nya. Un an plus tard, l’ab­bé Yah­nos Al-qas­sir (le Pe­tit), son com­pa­gnon, l’avait re­joint dans la même ré­gion, bâ­tis­sant cha­cun un mo­nas­tère. Alors que l’ab­bé Bi­choy avait fon­dé son mo­nas­tère au mont d’an­sé­na, au sein du mo­nas­tère Al-ber­cha, l’ab­bé Yah­nos Al-qas­sir avait pré­fé­ré la construc­tion du sien au sein de la ville elle-même. A cette époque, l’ab­bé Bi­choy avait fait la connais­sance de l’ab­bé Paul Al-ta­mou­ghi. Ils étaient tel­le­ment in­sé­pa­rables que leurs icônes les pré­sen­taient en­semble. On peut consta­ter ce­la aus­si sur les gra­vures des dif­fé­rents mo­nas­tères. L’ab­bé Bi­choy avait vé­cu à An­se­na 10 ans et y a été en­ter­ré en 417. En 841, le pape Yous­sab Ier avait dé­ci­dé de trans­fé­rer le corps de l’ab­bé Bi­choy à son ac­tuelle tombe qui se trouve au sein de son mo­nas­tère à Wa­di Al-na­troun lique, l’église rec­tan­gu­laire se com­pose d’une cour, de deux ailes ain­si que d’un sanc­tuaire. Elle com­prend 3 au­tels, dont le prin­ci­pal ap­par­tient à l’ab­bé Bi­choy qui date ap­proxi­ma­ti­ve­ment des VIE et VIIE siècles. A sa droite se trouve ce­lui de la Vierge tan­dis qu’à sa gauche, on peut trou­ver ce­lui de JeanBap­tiste. Ces deux au­tels sont ul­té­rieurs à cette date. Les or­ne­ments et le vi­trail ont été ajou­tés aux Xe et XIE siècles. En 1330, et sous le règne du 82e pape, Ben­ja­min II, le pla­fond, dont le bois avait été dé­vo­ré par les four­mis blanches, a été com­plè­te­ment rem­pla­cé et re­nou­ve­lé. D’ailleurs, la forme ar­chi­tec­tu­rale de l’église a été dé­for­mée au fil des siècles à cause des cha­pelles qui y ont été ajou­tées. Il s’agit de la cha­pelle du pape Ben­ja­min, celle de la Vierge, celle de Mar Guir­guis (saint Georges), uti­li­sée ac­tuel­le­ment comme dé­pôt et celle d’abis­kha­ron construite au sud, et ce, sans ou­blier la cha­pelle de l’ar­che­vêque Mi­chel. Par­mi les an­nexes an­tiques de l’église, il y a le ré­fec­toire qui date des XIE et XIIE siècles.

Le mo­nas­tère a re­trou­vé sa splendeur sous le règne du pape Ché­nou­da III. Ce­lui-ci y a vé­cu un cer­tain temps du­rant sa vie ec­clé­sias­tique. Il l’a res­tau­ré et re­nou­ve­lé, et y a édi­fié des er­mi­tages et une bi­blio­thèque. De même, il a creu­sé des puits, construit des ré­ser­voirs d’eau po­table et éta­bli plu­sieurs fermes et l’éle­vage des ani­maux do­mes­tiques, sans ou­blier la fon­da­tion d’une cli­nique et d’une phar­ma­cie. D’ailleurs, le pape Ché­nou­da III y a pré­pa­ré l’huile sainte dite le saint « chrême » qui est uti­li­sée dans le bap­tême et la dé­di­cace des au­tels et des icônes. Se­lon Hennes, l’huile sainte est pré­pa­rée par le pape lui-même au mo­nas­tère pour la dis­tri­buer aux autres églises et mo­nas­tères dans les quatre coins de l’egypte.

Etant don­né son im­por­tance his­to­rique et mo­nas­tique, le pape Ché­nou­da III avait de­man­dé à être en­ter­ré dans ce mo­nas­tère

La tombe de l’ab­bé Bi­choy à Wa­di Al-na­troun.

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