« La sa­gesse m’im­pose de com­po­ser avec les Frères mu­sul­mans »

Al Ahram Hebdo - - Egypte - Propos recueillis par Mag­da Bar­soum

AL- AH­RAM

HEB­DO

:

Quelles de­vraient être, se­lon vous, les ca­rac­té­ris­tiques du pro­chain pré­sident d’egypte ?

Amr Mous­sa : Beau­coup de choses. D’abord, il faut qu’il réa­lise qu’au­cun pays au monde ne peut vivre iso­lé de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale, que ce soit au ni­veau po­li­tique, éco­no­mique ou autre. Ce­la étant le cas, le futur pré­sident ne peut pas en­vi­sa­ger des po­li­tiques ou des lois contraires aux prin­cipes hu­mains qui bé­né­fi­cient d’un consen­sus mon­dial et qui se cris­tal­lisent sous forme de chartes in­ter­na­tio­nales comme la Dé­cla­ra­tion uni­ver­selle des droits de l’homme. Il n’est plus pos­sible pour un chef d’etat de re­je­ter l’éga­li­té entre les hommes et les femmes ou de res­ter pas­sif face à l’op­pres­sion des mi­no­ri­tés. Ain­si, le futur pré­sident doit être ca­pable de for­mu­ler une po­li­tique consen­suelle sus­cep­tible de faire sor­tir l’egypte de l’état de po­la­ri­sa­tion et d’ex­tré­misme où elle se trouve et de fa­vo­ri­ser son ou­ver­ture sur le monde. Alexan­drie ou plus ré­cem­ment de­vant le bâ­ti­ment de la ra­dio­té­lé­vi­sion (Mas­pe­ro) ne doivent pas res­ter im­pu­nis. Ces crimes ne doivent ja­mais être consi­dé­rés comme des af­faires clas­sées. Pour moi, la dis­cri­mi­na­tion re­li­gieuse est un crime com­mis contre l’etat, et je fe­rai en sorte que la loi an­ti-dis­cri­mi­na­tion soit stric­te­ment ap­pli­quée. —

Quelles se­ront vos prio­ri­tés si vous êtes élu pré­sident ?

— J’ac­cor­de­rai une prio­ri­té au dé­ve­lop­pe­ment de cer­tains gou­ver­no­rats-clés comme le Si­naï, la Nu­bie, Suez, Is­maï­liya et PortSaïd, ain­si qu’au dé­ve­lop­pe­ment des zones sau­vages et des bi­don­villes. J’adop­te­rai éga­le­ment les po­li­tiques né­ces­saires pour ré­ta­blir la sé­cu­ri­té et re­lan­cer l’éco­no­mie dans les meilleurs dé­lais. La créa­tion de banques pour le fi­nan­ce­ment des mi­cro-pro­jets, no­tam­ment au ser­vice des jeunes et des pay­sans, est très im­por­tant.

Il n’est plus pos­sible pour un chef d’etat de re­je­ter l’éga­li­té entre les

hommes et les femmes ou de res­ter pas­sif face à l’op­pres­sion des

mi­no­ri­tés.

— Quand vous par­lez des mi­no­ri­tés, pen­sez-vous que le dos­sier de la mi­no­ri­té copte en Egypte ait été mal gé­ré par l’an­cien ré­gime ?

— Les coptes font par­tie in­té­grante de la pa­trie. En Egypte, il n’existe pas de ci­toyens de se­conde zone. Si je suis élu pré­sident, je don­ne­rai une prio­ri­té à leurs pro­blèmes. Les mas­sacres per­pé­trés contre les coptes comme ceux qui ont eu lieu à l’église des Deux saints à

Qu’est-ce que vous at­ten­dez de la nou­velle Cons­ti­tu­tion ?

— J’es­père que la nou­velle Cons­ti­tu­tion ga­ran­ti­ra au pré­sident de la Ré­pu­blique le pou­voir de dis­soudre le Par­le­ment dans des cir­cons­tances pré­cises, s’il juge cette dé­marche dans l’in­té­rêt du pays. A mon avis, l’egypte n’est pas en­core prête pour adop­ter un ré­gime par­le­men­taire, ce se­rait peut-être le cas dans dix ou quinze ans, pas tout de suite. —

Mais en de­hors de ces cir­cons­tances qui exigent la dis­so­lu­tion du Par­le­ment, comment al­lez- vous tra­vailler avec un Par­le­ment do­mi­né par les is­la­mistes, vous qui ne l’êtes pas ?

— Je vais tra­vailler avec le Par­ti Li­ber­té et jus­tice des Frères mu­sul­mans en tant que par­ti de la ma­jo­ri­té. La sa­gesse m’im­pose de com­po­ser avec eux, tout en res­tant à dis­tance égale de toutes les forces po­li­tiques. —

Quel est à votre avis l’en­ne­mi nu­mé­ro un de l’egypte ?

— Sû­re­ment la pau­vre­té. Les sta­tis­tiques in­diquent que 40 % des Egyp­tiens vivent en des­sous du seuil de pau­vre­té. C’est un vrai dé­fi. —

La pau­vre­té est l’en­ne­mi nu­mé­ro un de l’egypte. C’est

un vrai dé­fi.

Et comment en­ten­dez­vous le re­le­ver ?

— Il faut s’en­ga­ger à réa­li­ser des ob­jec­tifs aux court, moyen et long termes. Non seule­ment au ni­veau de la po­li­tique in­té­rieure et ré­gio­nale, mais aus­si aux ni­veaux so­cial et cultu­rel. Il faut aus­si dé­ve­lop­per l’ap­pa­reil bu­reau­cra­tique vers plus de dé­cen­tra­li­sa­tion. Si je suis élu, je vais m’en­ga­ger à pré­sen­ter un pro­gramme dé­taillé au bout de 100 jours. Du­rant ces pre­miers mois, je met­trai sur pied des ate­liers de tra­vail for­més d’ex­perts dans les di­vers do­maines : l’en­sei­gne­ment, la san­té, l’agri­cul­ture, l’in­dus­trie, le lo­ge­ment, l’environnement, les trans­ports. Les re­com­man­da­tions de ces ex­perts se­ront le pro­gramme de mon man­dat de quatre ans. —

Pour fi­nir, quel est votre mes­sage aux Egyp­tiens à la veille des élec­tions ?

— J’ap­pelle les Egyp­tiens en Egypte et à l’étran­ger à se rendre aux urnes non seule­ment pour choi­sir une per­sonne à qui ils font confiance mais avec la convic­tion que leur choix dé­ci­de­ra de l’ave­nir de leur pays et de sa voie vers la dé­mo­cra­tie, la li­ber­té et le dé­ve­lop­pe­ment

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