Du rôle d’ami à ce­lui d’en­ne­mi

Après des an­nées d’ami­tié, les re­la­tions entre la Syrie et la Tur­quie se sont for­te­ment dé­té­rio­rées. Les contacts s’orientent au­jourd’hui vers da­van­tage d’hos­ti­li­té.

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - M. S.

AN­CIEN ami du ré­gime de Ba­char AlAs­sad, le pre­mier mi­nistre turc, Re­cep Tayyip Er­do­gan, est de­ve­nu très cri­tique vis- à- vis de Da­mas et af­fiche son sou­tien aux pro­tes­ta­taires sy­riens.

A cet égard, le pre­mier mi­nistre turc a vi­si­té pour la pre­mière fois un camp de ré­fu­giés sy­riens, à la frontière entre les deux pays.

Au cours de cette vi­site, Er­do­gan a af­fir­mé aux Sy­riens qui ont fui les vio­lences du ré­gime de Da­mas que leur vic­toire n’était pas loin. « Vous êtes chaque jour un peu plus forts » , a lan­cé le di­ri­geant turc de­vant plu­sieurs cen­taines de ré­fu­giés du camp de Ki­lis, dans le sud- est de la Tur­quie, qui hé­berge en­vi­ron 10 000 per­sonnes dont de nom­breux en­fants.

« Ba­char ( Al- As­sad) perd de sa force chaque jour qui passe. Nous sommes avec le peuple sy­rien, et ja­mais du cô­té du gou­ver­ne­ment sy­rien » , a en­core lan­cé le di­ri­geant turc. « Une nou­velle ère va com­men­cer en Syrie tôt ou tard. Tant que la vo­lon­té du peuple n’au­ra pas gain de cause en Syrie, nous conti­nue­rons à dé­fendre les droits de nos frères ve­nant de ce pays, et à les ac­cueillir » , a aus­si as­su­ré M. Er­do­gan au cours d’une réunion de son par­ti.

La Tur­quie ac­cueille au to­tal 23 000 ré­fu­giés sy­riens, de même que l’op­po­si­tion po­li­tique sy­rienne et les di­ri­geants des re­belles ar­més, pour la plu­part des dé­ser­teurs des forces ré­gu­lières sy­riennes.

En avril, des tirs en pro­ve­nance de la Syrie avaient bles­sé six per­sonnes, dont quatre Sy­riens, dans ce camp de Ki­lis, se­lon les au­to­ri­tés turques. Cet in­ci­dent, sui­vi de plu­sieurs autres, avait pro­vo­qué de vives pro­tes­ta­tions d’an­ka­ra contre le ré­gime sy­rien.

Er­do­gan avait af­fir­mé que la Tur­quie pour­rait évo­quer l’ar­ticle 5 du trai­té de l’otan pour pro­té­ger sa frontière avec la Syrie. « L’otan a la res­pon­sa­bi­li­té de pro­té­ger les fron­tières de la Tur­quie » , avait- il dé­cla­ré lors d’une vi­site en Chine en avril der­nier.

L’ar­ticle 5 du trai­té de l’at­lan­tique Nord sti­pule que si un pays de l’otan est vic­time d’une at­taque, chaque membre de l’al­liance doit consi­dé­rer cet acte comme une at­taque di­ri­gée contre l’en­semble des membres et doit prendre les me­sures né­ces­saires pour ve­nir en aide au pays al­lié at­ta­qué. Ré­cla­mant avec in­sis­tance et sans suc­cès des ré­formes po­li­tiques à Da­mas pour apai­ser la contes­ta­tion, la Tur­quie a fi­ni par cou­per les ponts avec son an­cien al­lié po­li­tique et éco­no­mique à Da­mas, et a de­man­dé avec ses al­liés oc­ci­den­taux la dé­mis­sion du pré­sident As­sad.

La Tur­quie, qui par­tage une frontière de 900 km avec la Syrie, a ins­tal­lé des camps dans trois pro­vinces li­mi­trophes de la Syrie.

Pour faire pres­sion, Er­do­gan a ac­cu­sé le ré­gime sy­rien « d’atro­ci­té » en août 2011 tout en an­non­çant que la Tur­quie ne fai­sait plus confiance au ré­gime et avait rom­pu le dia­logue avec Da­mas.

L’op­po­si­tion sy­rienne avait an­non­cé de­puis Is­tan­bul la créa­tion du Conseil Na­tio­nal Sy­rien ( CNS), coa­li­tion de cou­rants po­li­tiques op­po­sés au ré­gime. Le co­lo­nel Riad Al- As­saad, qui avait an­non­cé sa dé­fec­tion fin juillet, s’est ré­fu­gié en Tur­quie et a for­mé une force d’op­po­si­tion ar­mée, l’ar­mée Sy­rienne Libre ( ASL). Après cette dé­ci­sion, une di­zaine de hauts gra­dés de l’ar­mée sy­rienne ont fait dé­fec­tion et trou­vé re­fuge en Tur­quie. La Syrie au­rait po­sé des mines à la frontière pour em­pê­cher le pas­sage de ré­fu­giés.

Pour ac­cen­tuer ses pres­sions, la Tur­quie a im­po­sé ses pre­mières sanc­tions, avec l’ar­rêt des ex­plo­ra­tions pé­tro­lières en Syrie. Elle a aus­si in­ter­rom­pu les tran­sac­tions com­mer­ciales avec le gou­ver­ne­ment sy­rien et les échanges avec la Banque Cen­trale, et a ge­lé les avoirs de Da­mas en Tur­quie.

En outre, Da­mas a sus­pen­du un ac­cord de libre- échange pas­sé en 2004 avec An­ka­ra. Mais la Tur­quie a pris son temps pour fer­mer son am­bas­sade à Da­mas. Au cours du mois der­nier, Is­tan­bul a ac­cueilli la confé­rence des « Amis du peuple sy­rien », an­non­çant ain­si son hos­ti­li­té en­vers ce ré­gime qui était, il y a peu en­core, son prin­ci­pal al­lié

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