Dia­logue de sourds

Al Ahram Hebdo - - Afrique - Sa­bah Sa­bet

MA­LI . La si­tua­tion reste am­bi­guë. Tan­dis qu’au­cun ac­cord n’a été conclu sur la du­rée de la tran­si­tion, le nord du pays est de plus en plus do­mi­né par Al-qaë­da.

LE SOM­MET de la Com­mu­nau­té Eco­no­mique Des Etats d’afrique de l’ouest ( CE­DEAO), te­nu le 3 mai pour dis­cu­ter de la si­tua­tion au Ma­li, n’a don­né au­cun ré­sul­tat. Après deux en­tre­tiens au pa­lais pré­si­den­tiel d’oua­ga­dou­gou, entre la dé­lé­ga­tion de l’ex- junte for­mée de quatre mi­li­taires et deux ci­vils, conduite par le com­man­dant Ab­dou­laye Ma­ka­lou, et le pré­sident Blaise Com­pao­ré, mé­dia­teur ouest- afri­cain dans la crise ma­lienne, au­cun ac­cord sur la du­rée de la pé­riode de tran­si­tion n’a été conclu, ni sur l’en­voi de sol­dats ouest- afri­cains au Ma­li. La CE­DEAO avait fixé à 12 mois la pé­riode de tran­si­tion au Ma­li, en don­nant le temps né­ces­saire à la res­tau­ra­tion de l’in­té­gri­té ter­ri­to­riale et au par­achè­ve­ment du pro­ces­sus élec­to­ral. Mais le chef de l’ex- junte, le ca­pi­taine Ama­dou Haya Sa­no­go, qui avait re­je­té, la se­maine der­nière, cette pro­po­si­tion, a as­su­ré sa dis­po­ni­bi­li­té à pour­suivre le dia­logue avec le mé­dia­teur sur la base de l’ac­cord conclu avec lui le 6 avril der­nier, et qui pré­voyait le trans­fert du pou­voir aux ci­vils et l’adop­tion, « dans les meilleurs dé­lais » , d’un ca­len­drier pour sa mise en oeuvre. Le dé­ploie­ment d’une force d’at­tente au Ma­li est un autre su­jet qui n’a pas été dé­fi­ni­ti­ve­ment dé­ter­mi­né par la CE­DEAO, sur­tout que l’ex- junte l’avait re­je­té. « La force d’at­tente ouest- afri­caine se­ra dé­ployée si les au­to­ri­tés ma­liennes en font la de­mande » , ont an­non­cé les chefs d’etat de la CE­DEAO. Ces der­niers avaient de­man­dé le 26 avril le dé­ploie- ment im­mé­diat de la force d’at­tente au Ma­li. Le dé­ploie­ment est éga­le­ment sou­mis à la consul­ta­tion « des par­te­naires au dé­ve­lop­pe­ment » de la CE­DEAO, en vue de per­mettre le fi­nan­ce­ment de l’opé­ra­tion, dont le coût s’élè­ve­ra à 577 mil­lions de dol­lars. Par ailleurs, et se­lon cer­tains ob­ser­va­teurs, c’est le dia­logue de sourds qui pré­do­mine entre les dif­fé­rentes par­ties. Les en­tre­tiens d’oua­ga­dou­gou sont in­ter­ve­nus au mo­ment où à Ba­ma­ko, des mi­li­taires fi­dèles au pré­sident Ama­dou Tou­ma­ni Tou­ré, ren­ver­sé le 22 mars der­nier, ont vai­ne­ment ten­té, lors de com­bats la se­maine der­nière, de re­prendre des po­si­tions te­nues par les ex- put­schistes. Les af­fron­te­ments ont fait au moins 22 morts et des di­zaines de bles­sés, prin­ci­pa­le­ment des mi­li­taires des deux camps. Plu­sieurs hauts gra­dés de l’ar­mée ma­lienne, tels le co­lo­nel Ab­dou­laye Cis­sé, com­man­dant de la ré­gion mi­li­taire de Si­kas­so ( sud), et le com­man­dant Ma­la­mine Konaré, pi­lote de l’ar­mée de l’air, ain­si qu’une tren­taine de ci­vils ont été ar­rê­tés.

Outre la pé­riode de tran­si­tion, la crise du nord a été au centre des dis­cus­sions entre la CE­DEAO et la junte mi­li­taire. Le chef de la di­plo­ma­tie bur­ki­na­bé, Dji­bril Bas­so­lé, a an­non­cé que les pre­miers contacts sont en cours avec les mou­ve­ments ar­més qui oc­cupent le nord du Ma­li. « Quant au dia­logue lui- même, entre le gou­ver­ne­ment de tran­si­tion du Ma­li et l’en­semble des mou­ve­ments ar­més vi­sant à les ame­ner à ac­cep­ter l’ob­jec­tif pre­mier, qui est de réuni­fier le pays, les contacts sont en cours, et je pense que très bien­tôt, nous au­rons les pre­miers en­tre­tiens » , conclut- il. Se­lon des sources sé­cu­ri­taires, Al- Qaë­da au Magh­reb is­la­mique ( Aq­mi) oc­cupe dé­sor­mais une po­si­tion do­mi­nante au nord du Ma­li. « Grâce à son al­liance avec le groupe is­la­miste ar­mé An­sar Dine et au ren­fort de com­bat­tants tu­ni­siens, li­byens et ma­ro­cains, ar­ri­vés dans ses rangs, au­jourd’hui, c’est Al- Qaë­da au Magh­reb is­la­mique ( Aq­mi) qui oc­cupe une po­si­tion do­mi­nante dans les trois ré­gions du nord du Ma­li », a dé­cla­ré une source sé­cu­ri­taire. Par ailleurs, Tom­bouc­tou, ville my­thique du nord ma­lien, est sous le choc après la pro­fa­na­tion par des membres d’aq­mi du mau­so­lée d’un saint mu­sul­man de la ci­té ins­crite au patrimoine de l’unesco, un « acte in­qua­li­fiable » , se­lon les au­to­ri­tés ma­liennes. L’aq­mi, ap­puyée par le groupe ar­mé is­la­miste, An­sar Dine, a dé­truit le mau­so­lée de Si­di ( Mah­moud Ben) Amar. « Ils ont brû­lé le mau­so­lée et ont pro­mis de dé­truire d’autres mau­so­lées. Tom­bouc­tou est sous le choc. Main­te­nant, ils veulent prendre et dé­truire d’autres mau­so­lées et des ma­nus­crits » , a dé­cla­ré sa­me­di, sous cou­vert d’ano­ny­mat, l’un des ad­joints au maire de Tom­bouc­tou.

Dans un com­mu­ni­qué lu sa­me­di à la té­lé­vi­sion na­tio­nale, le gou­ver­ne­ment ma­lien de tran­si­tion a dit avoir ap­pris avec in­di­gna­tion la pro­fa­na­tion d’un mau­so­lée per­pé­trée par des in­di­vi­dus sans foi ni loi. « On condamne avec la der­nière éner­gie cet acte in­qua­li­fiable qui foule au pied les pré­ceptes de l’is­lam, re­li­gion de to­lé­rance, et le res­pect de la di­gni­té hu­maine », a in­di­qué le com­mu­ni­qué. En ef­fet, le nord du Ma­li est cou­pé du reste du pays de­puis le coup d’etat du 22 mars à Ba­ma­ko, qui a ren­ver­sé le ré­gime du pré­sident Ama­dou Tou­ma­ni Tou­ré, long­temps ac­cu­sé par ses voi­sins d’avoir fait preuve de laxisme dans la lutte contre l’aq­mi. Le chef mi­li­taire de la ville de Tom­bouc­tou est ac­tuel­le­ment Abou Yaya Ha­mame, chef d’une uni­té d’élite d’aq­mi. Il di­rige la ville avec à ses cô­tés San­da, un homme qui a une double cas­quette, of­fi­ciel­le­ment porte-pa­role de Iyad Ag Gha­ly — lea­der de An­sar Dine, ex­mi­li­taire et ex-fi­gure des re­belles toua­regs des an­nées 1990 — et sou­tien ac­tif connu de la branche magh­ré­bine d’al- Qaë­da. An­sar Dine (les dé­fen­seurs de la re­li­gion) prône l’im­po­si­tion de la cha­ria dans tout le Ma­li. La ques­tion du nord est l’une des plus épi­neuses à la­quelle les or­ganes de la tran­si­tion de­vront trou­ver une so­lu­tion

Le som­met de la CE­DEAO a échoué à éta­blir un ac­cord sur la du­rée de la pé­riode

de tran­si­tion.

Al-qaë­da au Magh­reb is­la­mique (Aq­mi) oc­cupe dé­sor­mais une po­si­tion do­mi­nante au nord du Ma­li.

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